interview

"Rester au sommet jusqu'au 26 mai, voilà la principale difficulté pour les Verts"

©debby termonia

Selon le dernier sondage politique, la vague verte semble prendre toujours plus d'ampleur, alors que les partis traditionnels perdent du terrain. Pour décrypter les enjeux du scrutin, on a posé trois questions au politologue Pascal Delwit.

1/ Quels sont les trois principaux enseignements du sondage?

Pour la première fois, les trois grandes familles politiques historiques n'auraient pas ensemble la majorité des sièges, ce qui serait totalement inédit dans la vie politique belge.

Le premier, c'est l'accroissement de la fragmentation du paysage politique, en particulier dans l'espace francophone, puisque vous avez de manière concomitante un recul annoncé des trois grandes familles historiques: la famille sociale-chrétienne, la famille socialiste et la famille libérale. En extrapolation de sièges, pour la première fois, ces trois familles politiques n'auraient pas ensemble la majorité des sièges, ce qui serait totalement inédit dans la vie politique belge.

> Les résultats du sondage → La vague verte se précise, le MR n'y arrive plus

Le deuxième, c'est que le gouvernement fédéral sera difficile à former si on part de l'hypothèse qu'il faut une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone, voyant les résultats annoncés dans le spectre francophone. Après, si on dépasse l'idée d'une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone, il y a plus de possibilités qu'on ne l'imagine parfois. 

Si les résultats du sondage se vérifient, il s'agirait d'un niveau de performance pour la famille verte qui serait le meilleur dans l'histoire des Verts belges, mais aussi en proportion le meilleur qu'un parti vert aurait décroché à l'échelle européenne.

Le troisième, c'est qu'on atteindrait un niveau de performance pour la famille verte qui serait le meilleur dans l'histoire des Verts belges, à la fois francophones et néerlandophones, mais qui serait aussi en proportion le meilleur qu'un parti vert aurait décroché à l'échelle européenne, à l'exception partielle d'une situation en Lituanie. Si un tel pourcentage de votes devait bien se traduire dans les urnes, ce serait un phénomène d'autant plus marquant que si on regarde deux ou trois ans auparavant, les performances électorales tendancielles des Verts plafonnaient, voire régressaient un peu, par rapport à la fin du 20e siècle.

2/ Quelle sera la stratégie de la N-VA lors de la formation du gouvernement?

La N-VA part avec deux possibilités. La première, c'est de dire qu'on peut être dans une configuration proche de la reconduction de la majorité qui a vu le jour en 2014 et qui, dans une certaine mesure, existe encore. Une indication de la distribution en sièges montre que ce sera vraiment très difficile, voire impossible, mais c'est un sondage. Il faudra voir après les élections si on peut aller dans cette voie-là et la N-VA le fera si c'est possible. C'est la configuration de Jan Jambon, candidat Premier ministre déclaré. 

→ Les clés pour comprendre la campagne électorale, c'est par ici

La deuxième possibilité, c'est si le premier scénario n'est pas possible. Alors, vous aurez la tentative d'une formation du gouvernement régional flamand assez rapide et une forme de pourrissement de la situation au niveau fédéral qui pourrait amener le parti à pousser cette idée de modèle confédéral, même si c'est difficile à mettre en pratique compte tenu qu'il faudrait modifier la Constitution et que plusieurs articles qui le nécessitent ne sont pas ouverts à révision. 

Après, c'est vrai qu'il y a peut-être d'autres scénarios possibles. Certains imaginent le scénario anversois (la N-VA avec les libéraux et les socialistes, NDLR), mais à titre personnel, je n'y crois vraiment pas du tout. Et puis, il ne faut pas oublier que la N-VA pourrait aussi ne pas avoir la main à la Région flamande. Si ils font 23% au lieu des 28% qu'on leur annonce dans les sondages, ce n'est pas évident qu'ils seront dans la majorité au gouvernement régional flamand.

3/ La vague verte ne semble pas faiblir. Quoi pour l'arrêter?

Imaginez un attentat ou un accident dans une de nos centrales nucléaires, cela peut casser ou conforter la dynamique.

Il peut y avoir des événements inattendus qui bouleversent l'agenda. Imaginez un attentat ou un accident dans une de nos centrales nucléaires, cela peut casser ou conforter la dynamique. Il y a une dynamique pour les Verts, c'est évident, mais il faut encore voir sa portée. Annoncer un vote Ecolo est tendance et ne coûte rien socialement. Dans les sondages, c'est toujours plus dur de dire qu'on va voter pour un parti d'extrême-droite que pour les Verts. Il faut donc faire attention à une surévaluation des Verts dans les sondages.

→ Pour lire ou relire l'ensemble des articles de notre série sur le bilan des gouvernements, rendez-vous ici.

Quand vous êtes à ce qui peut apparaître comme le sommet d'une dynamique, le problème, c'est que vous ne pouvez, au mieux, que rester au sommet, mais plus probablement diminuer un peu. Une des choses complexes pour Ecolo, ça va être de maintenir la dynamique jusqu'aux élections. On peut se dire qu'il ne reste que 4 semaines, mais dans une élection, c'est long. La vraie difficulté pour les Verts, c'est qu'ils vont devoir entretenir une dynamique en restant au sommet. S'ils baissent dans un prochain sondage, cela peut être difficile à gérer pour eux, d'autant que, comme acteur de la dynamique, ils sont au centre de toutes les attentions et de toutes les critiques, en particulier dans le chef du cdH et du MR. 

La portée pour les Verts pourrait être encore plus grande, ce que je ne crois pas, mais possiblement un peu plus petite.

On a peu de chances d'avoir une contradiction de la dynamique, mais on est sur une question de portée. Si Ecolo obtient 16% en Wallonie, ce serait un excellent résultat, mais ce ne serait pas la même chose que s'il atteint 22% comme on lui annonce aujourd'hui en termes de traduction en sièges. Si on regarde le sondage, une majorité PS-Ecolo est possible, mais si Ecolo n'est qu'à 16% au lendemain du scrutin, il y a peu de chances que ce soit possible. La portée pourrait être encore plus grande, ce que je ne crois pas, mais possiblement un peu plus petite. Les traductions en sièges, cela peut donner des choses très différentes dans la recherche d'une majorité.

Quelle est la valeur d'un sondage à un mois des élections?

Il faut tenir compte du fait que ce sondage a été réalisé la semaine passée, à 5 semaines du scrutin et pendant une période électorale en pause avec les vacances de Pâques. Cela dit, les tendances qu'on observe dans ce sondage sont des tendances qu'on a pu observer aux élections communales et provinciales. Après, il faut être prudent sur la portée des dynamiques.

Les scores à Bruxelles sont par exemple régulièrement assez éloignés de la réalité des chiffres. En 2014, PS et MR avaient été sous-évalués dans les sondages, à l'inverse du PTB qui avait été surévalué. Il faut donc être prudent.

 

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