interview

"Un audit des finances wallonnes est nécessaire" (Pierre-Yves Dermagne, PS)

©Dieter Telemans

Dans l’opposition en Wallonie depuis juin 2017, le PS mène campagne pour revenir au pouvoir. Au-delà des 10 propositions phares pour la Wallonie qu’il met aujourd’hui en avant, Pierre-Yves Dermagne, l’ancien chef de file des socialistes au parlement wallon, accuse le MR et le cdH d’avoir plombé les finances de la Région !

Vous demandez un audit des finances publiques de la Wallonie, pourquoi?
La Cour des comptes l’a déjà fait au moment de l’arrivée de la coalition MR-cdH. Cet audit  avait montré que la gestion faite par Christophe Lacroix (ancien ministre socialiste en charge des finances, NDLR) avait été sérieuse. Aujourd’hui pourtant, un audit des finances wallonnes est à nouveau nécessaire. Un travail d’inventaire sur l’état des finances wallonnes est indispensable.

C’est la réponse du berger à la bergère?
Non, mais on a des craintes par rapport à la dérive des finances wallonnes. Les doutes qu’on avait soulevés ont été confirmés par l’ICN  avec un dérapage de plus de 77 millions d’euros en 2018. Cet audit est d’autant plus nécessaire que le ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR) a refusé de procéder à un contrôle budgétaire tel que le prévoit le décret WBFIN. En principe, tous les quatre mois, on est tenu de passer en revue l’état des recettes et des dépenses du budget wallon.

Cela n’a pas de sens de donner des primes énergies au propriétaire d’une Tesla pour isoler sa maison.
Pierre-Yves Dermagne
Député wallon (PS)

Vous pensez que le gouvernement sortant MR-cdH a des choses à cacher avant les élections?
On est d’abord convaincu que les chiffres budgétaires présentés par le gouvernement ne tiennent pas la route. On l’était déjà en 2018, et l’ICN nous a donné raison en démontrant qu’il y avait un dérapage de 35%. Pour le budget 2019, MR et cdH sont partis sur base des simulations 2018 en amplifiant encore les effets retours des différentes dispositions fiscales alors qu’ils n’avaient pas été rencontrés en 2018. Il est donc clair que 2019 sera pire que 2018.

Mais ce n’est qu’une supposition?
Si on regarde simplement au niveau des impôts qui sont toujours perçus par le fédéral pour la Wallonie, on est déjà à 100 millions d’euros manquants. Il faut ajouter l’ensemble des dispositifs adoptés par le gouvernement et dont les financements ont été mis sous le tapis. Je pense au plan wallon d’investissement. On est entre 700 et 960 millions d’euros à trouver par an si on veut réaliser ce plan de 5 milliards. Au niveau des maisons de repos, il faut trouver 150 millions d’euros par an jusqu’en 2024. Il faudra trouver 10 millions en 2019 pour respecter l’accord non-marchand. On annonce aussi un dérapage de 77 millions d’euros dans les allocations familiales. On peut encore ajouter les 230 millions par an pour le plan mobilité, 1,5 milliard d’euros sur 5 ans pour le plan d’infrastructures  ou encore un dépassement d’un milliard pour le plan infrastructures hospitalières. Depuis leur arrivée au pouvoir, MR et cdH ont rasé gratis et ont fait des promesses qui ne sont pas financées et dont la facture est renvoyée au prochain gouvernement.

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On ne peut pas dire pour autant que la gestion socialiste ait permis d’améliorer le déficit de la Wallonie ces dernières années…
Il y a eu tout un travail de requalification d’Eurostat qui a obligé la Wallonie à rapatrier dans le périmètre wallon une série de dépenses. Mais en 2014, nous étions à moins 711 millions de déficit pour passer à moins 449 millions en 2015 et  à moins 147 millions en 2016. C’est le travail avec un ministre du Budget socialiste. En 2017, on est remonté à moins 264 millions pour terminer à moins 294 millions en 2018. C’est cela la réalité du MR et du cdh.

Ce gouvernement est néanmoins parvenu à programmer le retour de l’équilibre budgétaire cette année.
Ce retour à l’équilibre est factice et n’intègre pas toutes les promesses faites par le MR-cdH. Mais le juge de Paix sera ce fameux audit ! Il doit dire la vérité des chiffres.

Depuis leur arrivée au pouvoir, MR et cdH ont rasé gratis et ont fait des promesses qui ne sont pas financées
Pierre-Yves Dermagne
Député wallon (PS)

Votre solution est-elle de mettre à terre tous ces plans?
Non, on toujours défendu un plan wallon d’investissement. On n’a pas la volonté de faire table rase du passé. Il y a des investissements qui sont nécessaires au niveau des infrastructures hospitalières ou des maisons de repos. Il faut maintenant arriver à les financer. On l’aurait fait avec des promesses moins généreuses parce qu’on a un sens de l’état. L’argent public ne doit pas servir à faire des cadeaux et des promesses comme l’ont fait le MR et le cdH.

Vous comptez revenir sur certains dossiers?
Il y a des choses qui devront être rediscutées comme la stratégie de mobilité, le financement des infrastructures hospitalières. On est passé de 1,3 milliard à 2,3 milliards. Il va falloir revenir les pieds sur terre et arrêter de gérer la Wallonie avec des promesses électorales qui ne sont pas finançables. Il faudra faire des choix !

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Vous pensez à quoi en particulier?
Prenez l’abattement sur les 20.000 premiers euros au niveau des droits d’enregistrement. Dans l’achat d’une maison, 1.200 euros ou un peu plus de 2.000 euros  ne sont pas déterminants, mais cela crée un manque à gagner important pour les finances. On aurait voulu un système qui soit basé en fonction du revenu des gens et de la valeur du bien acheté pour aider les jeunes ménages et les plus défavorisés. Idem pour les primes énergies. C’est un new deal fiscal qu’on a besoin. A l’approche de la fin des transferts financiers du nord vers le sud, il faut mettre les moyens là où ils ont le plus d’effets et changer le quotidien des gens. Cela n’a pas de sens de donner des primes énergies au propriétaire d’une Tesla pour isoler sa maison.

Mais pourquoi  une personne qui paie ses impôts n’aurait-elle pas le droit de bénéficier de ces aides en matière d’isolation par exemple?
Ce n’est pas une question d’avoir le droit ou pas. Quand on n’a pas besoin d’être aidé par la collectivité, doit-on la solliciter pour effectuer ces travaux ? Si on n’a pas des mesures correctrices des inégalités et de répartition de richesses, on va continuer à creuser le fossé avec ce que cela a comme impact sur la cohésion sociale, sur la vie en société, sur la sécurité, sur le vivre ensemble.

Quelles sont les priorités du PS en Wallonie?
Outre le logement qui doit être une priorité pour le prochain gouvernement avec le lancement d’un véritable plan Marshall logement qui vise notamment à augmenter l’offre de 8.000 logements publics sur 5 ans ou le lancement d’une véritable stratégie pour la rénovation énergétique, nous souhaitons lancer un plan ambitieux de développement économique. En mettant fin au plan Marshall,  l’actuel gouvernement a mis fin à une action mobilisatrice importante à un moment où il faut mobiliser l’ensemble des forces vives. C’était une erreur. On a besoin d’initiatives mobilisatrices et c’est ce qu’ont demandé les patrons dans L’Echo. Le partenaire politique fiable pour accentuer le dynamisme économique wallon, c’est le PS. C’est ce que nous disons aux patrons.

En termes de coalition, l’objectif est de former un axe politique de gauche?
On plaide pour un axe progressiste.

Votre plan de développement économique est-il compatible avec une coalition avec le PTB?
Aujourd’hui, le PTB n’est pas dans une logique de mettre en œuvre un quelconque plan ambitieux  dans n’importe quel domaine ? Ils sont toujours dans une volonté de rester au balcon et de ne pas prendre leurs responsabilités et rentrer dans un exécutif. Mais ce n’est pas moi qui écarte le PTB, c’est le PTB qui s’écarte lui-même !

Les 10 mesures phares du ps pour la Wallonie

Voici les 10 mesures que le parti socialiste entend défendre en Wallonie:

• Un plan de développement économiquele 4 mai dernier, une vingtaine de patrons lançaient dans L’Echo une demande au monde politique pour des projets à long terme. Le PS leur répond par la relance d’un plan pluriannuel de développement économique régional qui repose sur les enjeux de la société comme la transition énergétique ou la révolution numérique. Héritier du plan Marshall, ce projet pousse différents axes comme la transition énergétique, l’innovation, la digitalisation ou la "silver economy" et intègre les nouveaux modes d’organisation du travail. Le PS veut notamment encourager "les entreprises qui produisent des biens et des services protecteurs de l’environnement".

• Un plan Marshall logementce plan d’investissement repose sur une hausse de 8.000 logements publics en imposant notamment aux promoteurs immobiliers privés "de mettre à disposition des pouvoirs publics un quota de 10% de logements dans tout projet de construction d’une certaine ampleur". Cet axe pousse aussi une véritable stratégie pour la rénovation énergétique des bâtiments notamment via le mécanisme du tiers-investisseur.

• Les bus gratuits: avant d’en arriver au 100%, le PS suggère de rendre les bus gratuits pour les jeunes de moins de 26 ans et les personnes de plus de 65 ans.

• 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050 notamment par le soutien aux coopératives actives dans les économies d’énergie et la production renouvelable.

• Un emploi pour tous: il s’agit de garantir à chaque (jeune) demandeur d’emploi dans un délai de 6 mois après son inscription, un emploi, une expérience professionnelle ou une formation.

 

• Un modèle agroalimentaire durable en accompagnant les agriculteurs vers un modèle qui respecte les travailleurs et les écosystèmes.

 

• La lutte contre la pauvreté par la création d’un fonds de garanties locatives permettant d’étaler la constitution de la garantie sur deux ans maximum et un contrôle renforcé des prix du gaz et de l’électricité.

 

• Soutenir les aînés via une assurance autonomie avec des cotisations proportionnelles aux revenus.

 

• Renforcer la participation des citoyens en instaurant notamment le référendum d’initiative citoyenne au niveau régional et local.

 

• Le retour du modèle Mosan qui associe les représentants des travailleurs et des employeurs.

 

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