interview

Willy Borsus: "Je suis favorable à une plus large privatisation du Tec"

©Dieter Telemans

Attaqué par le PS (qui accuse son gouvernement MR-cdH d’avoir plombé les finances de la Wallonie) et titillé par la FGTB (qui a paralysé une partie du réseau des bus du Tec mardi), le libéral Willy Borsus, ministre-président de la Région wallonne, répond, non sans mordre, en mettant en avant ses priorités économiques pour la prochaine déclaration de politique régionale.

Après les élections, votre intention est-elle de rempiler comme ministre-président?
Oui, je suis prêt à rempiler. Notre bilan est exceptionnel tant au niveau socio-économique que des actions menées au niveau du climat, du pouvoir d’achat et du retour à l’équilibre budgétaire. Le but est de poursuivre les réformes. Je suis convaincu de pouvoir remettre la Wallonie dans une situation de croissance. On a fait la démonstration en l’espace de 20 mois qu’une autre Wallonie est possible avec le retour de meilleurs indicateurs. Si on change des orientations, on peut vraiment être les instruments d’un nouvel avenir pour la Wallonie.

Le socialiste Pierre-Yves Dermagne accuse pourtant votre gouvernement d’avoir mis les finances wallonnes dans un état déplorable et réclame un audit de la Cour des comptes...
Chiche, je suis d’accord de prendre ce rendez-vous avec la Cour des comptes. Notre budget 2019 est à l’équilibre. Ce n’était pas le cas avant nous!

Vous réfléchissez déjà à la prochaine déclaration de politique régionale wallonne. Qu’est-ce qui doit s’y retrouver?
Il faut poursuivre les réformes de manière à investir dans la formation continue, dans la formation technique et professionnelle. Une partie de l’avenir de la Région repose sur la capacité des hommes et des femmes à pouvoir être formés.

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Vous pointez la formation. Mais dans l’immédiat, comment comptez-vous régler les pénuries d’emplois dans certains secteurs?
Il y a en Région wallonne un peu moins de 200.000 chômeurs et on a 28.000 emplois vacants. Je m’attends à une rentrée meilleure dans certaines filières dites en pénurie mais il faut aller plus loin. On veut neutraliser le coût des études et payer le minerval pour celles qui débouchent sur des métiers en pénurie. On propose également de rendre les heures supplémentaires défiscalisées dans les secteurs en pénurie. On a déjà fait cela dans l’horeca où 360 heures sont immunisées du point de vue fiscal et au niveau des cotisations sociales. Il faut faire la même chose dans une série de métiers en pénurie. Le but est de favoriser les heures supplémentaires pour le personnel existant dans ces entreprises, le temps de former les gens que l’on veut amener vers ces filières.

©Dieter Telemans

Cela ne risque-t-il pas de créer un manque à gagner pour le Fédéral qui perçoit ces recettes?
Non, aujourd’hui ces heures ne sont pas prestées car largement découragées. C’est une mesure qui ne coûte pas mais qui rapporte. L’argent qui va être rémunéré va permettre aux travailleurs d’investir. Il est vraiment important de régler ce problème des métiers en pénurie. C’est pourquoi je propose au Forem de se concentrer en priorité sur les métiers en pénurie.

Entendez-vous réformer le Forem?
Le Forem doit mobiliser ses forces vers les métiers en pénurie. La prochaine législature va être une législature de réformes pour le Forem. Il faut se poser la question de son rôle. Doit-il être l’organisateur direct de certaines formations ou doit-il contractualiser ces formations à l’extérieur? Sa structure n’est-elle pas trop lourde par rapport à la souplesse et la réactivité qu’on attend du Forem? S’il y a bien une structure où l’on doit repenser l’ensemble du fonctionnement, c’est le Forem. De manière à coller au marché de l’emploi.

Le Forem doit-il encore s’occuper des formations?
Il doit être davantage l’organisateur des formations que le prestataire qui dispense les formations.

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Êtes-vous toujours favorable à une régionalisation de l’enseignement qualifiant logé en Fédération Wallonie-Bruxelles?
Oui. Le rapatriement de cette compétence doit être sur la table des prochaines majorités. Les formations dépendent déjà de la Région wallonne. Ramener l’enseignement technique et professionnel à la Région permettrait de déplacer plus fortement la formation au cœur de l’entreprise. Il faut glisser vers un modèle de formation en alternance. L’article 138 de la Constitution permet de transférer l’exercice de la compétence vers la Wallonie.

L’ancien ministre socialiste de l’éducation Jean-Claude Marcourt vous accuse d’avoir cassé une dynamique à travers la fin du plan Marshall. Est-ce une accusation injuste?
Il faut effectivement une vision pour la Wallonie qui se décline en mesures concrètes. Mais tout le passé de la Wallonie, ce sont des plans. Aujourd’hui, il y a une urgence et des mesures à prendre autour de la formation, de l’innovation, de la recherche et du soutien aux entreprises. On a besoin de faire grandir la part de l’emploi privé. Je voudrais dire à Jean-Claude Marcourt qui a l’air de dire que tout allait bien en Wallonie en 2017, que les chiffres ne correspondent pas à la réalité. À l’été 2017, on a trouvé une Région qui était à la peine. L’ancien gouvernement a mis une casquette "plan Marshall" sur toutes une série de mesures qui n’avaient rien à voir. Il faut mettre les priorités là où elles sont nécessaires. Nous avons les ingrédients pour réussir. Des changements sont déjà perceptibles et il faut poursuivre les réformes.

©Dieter Telemans

Votre gouvernement se penche, ce jeudi, sur le sort du Tec suite aux grèves de mardi et l’absence de service minimum prévu par le contrat de gestion. Que va-t-il se passer?
Un service public est un service prioritaire qui doit être assuré comme l’a fixé le gouvernement dans le contrat de gestion. Certains au Tec, singulièrement la FGTB, ne l’ont pas encore compris. On a eu le 13 mai une grève totalement inutile, totalement politique. C’est presqu’une action de campagne qui vient prendre en otage l’usager. Le contrat de gestion prévoit des pénalités au niveau de l’OTW (la maison-mère du Tec, NDLR). Mais le but n’est pas de pénaliser l’OTW avec des restrictions de budget. Le contrat de gestion permet aussi au gouvernement de prendre toutes les dispositions qu’il jugera utiles pour suppléer au défaut de service lorsqu’on a des situations de grève comme mardi. C’est ce dispositif que l’on doit mettre en place. Le gouvernement pourrait convenir de contractualiser à l’extérieur des prestations de services, de privatiser plus largement certains pans de l’activité ou de faire d’autres choix sur certains dossiers symboliques comme le tram de Liège.

Ce que vous suggérez, c’est de privatiser certaines lignes?
Oui, mais cela peut être fait de manière temporaire. On a eu une attitude positive de dialogue avec les syndicats. Je dois cependant constater que les services concédés ne sont jamais en grève. Si certains à la FGTB voulaient encourager le gouvernement à privatiser, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

Personnellement, pensez-vous qu’il faille privatiser à 100% le Tec?
Je suis favorable à une plus large privatisation du Tec. On a laissé le temps au dialogue. Aujourd’hui, le gouvernement doit choisir la voie de la fermeté. Les gens paient pour que leurs bus roulent.

Les 10 priorités du MR en Wallonie

- Priorité sur le capital humain en développant les compétences des travailleurs dans dessecteurs porteurs d’emploi.

- Une nouvelle réforme fiscale dont la mesure phare consiste en un abattement de 500 euros sur le précompte immobilier afin d’encourager l’accès à la propriété.

- Soutien à l’économie en réformant notamment le système des primes à l’investissement et aidant les PMR à s’internationaliser.

- Parvenir à isoler l’ensemble du parc de logements à l’horizon 2050 pour arriver à un niveau de basse énergie.

Lutter contre la pauvreté.

- Mobilité: mise en œuvre de la vision FAST qui favorise l’intermodalité et la transition vers la mobilité douce.

- Poursuite de l’assainissement budgétaire.

Réinvestir dans les infrastructures (hôpitaux, routes) en Wallonie.

- Accompagner les PME dans leur digitalisation et apprendre la langue numérique dès le plus jeune âge.

- Gouvernance:supprimer la liste des suppléants lors des élections et les provinces.

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