À quoi rimaient les vraies-fausses négociations PS-PTB?

Le PTB lors d'un point presse à Namur lors des consultations. ©Photo News

Sachant que le parti communiste a décidé, il y a deux ans, de n’intégrer aucune majorité fédérale ou régionale, à quel jeu s’est livrée la gauche wallonne?

Après avoir tourné court, voici que les apparences de négociations wallonnes entre socialistes et communistes tournent en eau de boudin. "Hypocrisie", s’est écrié le PTB, face à un soi-disant partenaire "qui n’a même pas débattu des propositions du PTB". Estimant que tout cela peut se résumer à "une mauvaise pièce de théâtre visant à préparer la future alliance avec le MR". Le camp socialiste n’est pas plus tendre, le grand patron ayant dégainé les références au Politburo et à Staline. Ambiance.

Mais au juste, ce premier tour de table avait-il la moindre chance d’aboutir à un début de coalition? PS et PTB y croyaient-ils, ou s’agissait-il surtout de donner le change, façon "on a vraiment tout essayé"? Amuser la galerie, en quelque sorte.

Sur la forme, il n’est pas très étonnant de voir les deux concurrents se voler dans les plumes. Et si le PTB semble le plus offensif, c’est qu’il a en mémoire la séquence communale de 2018, lorsque le PS a dégainé, sitôt les négociations rompues, "des visuels accusant le PTB de se dégonfler", rappelle le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain).

"Le PTB est d’abord un parti flamand; toute expérience pilote doit avoir lieu en Flandre."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Pour le reste, afin d’y voir clair, il convient de remonter un rien le temps. "La décision a été prise il y a un peu plus de deux ans, précise le politologue Pascal Delwit (ULB). Le PTB ne montera pas dans une majorité, qu’elle soit fédérale ou régionale il n’y a qu’à l’échelon communal que c’est envisageable." Comme à Zelzate. "Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que ce soit en Flandre et non à Bruxelles ou en Wallonie. Le PTB est d’abord un parti flamand; toute expérience pilote doit avoir lieu en Flandre."

Et depuis deux ans, le PTB ne fait que dérouler cette stratégie. La seule différence, souligne Pascal Delwit, c’est qu’avec la progression électorale et la pression qu’elle engendre en faveur d’une prise de responsabilité, le PTB a cessé d’assumer publiquement cette ligne, tout en continuant à la suivre. "Afin de faire porter le chapeau à l’autre, il construit dès lors une posture communicationnelle. Comme tous les autres partis." En attendant, pas question de grimper à bord d’un exécutif.

Voilà pour le PTB. Dans les rangs socialistes, la stratégie semble moins limpide. Et à vrai dire, l’auto-exclusion du cdH a changé la donne. La piste – privilégiée – de l’olivier étant enterrée, le PS se retrouve face à une donne complexe. Pourquoi les socialistes font-ils mine de courir après un gouvernement minoritaire avec Ecolo, ou une coalition mouillant le PTB? Mais pour éviter le MR, pardi, qui, autrement, lui tend obligatoirement les bras. PS-MR, la perspective enchante peu les socialistes. Qui ne peuvent balayer d’une main dédaigneuse l’hypothèse d’une reformation au centre et à droite, voyant MR et cdH unir, d’une façon ou l’autre, leurs forces.

La sanction du vote utile?

Fâchés en 2019, PS et PTB sont-ils pour autant destinés à être irréconciliables, dans la durée? "En politique, tout est possible", sourit Pascal Delwit. PS et PTB ne sont pas condamnés à perpétuellement s’éviter. "Pour autant, il ne faut pas évacuer tout déterminisme. Si l’on part de l’hypothèse que le PTB entend se substituer au Parti socialiste, ce que je crois, alors l’entente entre les deux sera difficile."

Deux éléments peuvent toutefois nuancer ce discours. Le corps électoral, premièrement. "On a entendu un appel venant d’un syndicat, d’organisations ou d’intellectuels, appelant à l’entente. Cette pression se fixe tant sur le PS que le PTB." Ensuite, une situation digne d’un cas d’école pourrait forcer la main du PTB. "Imaginez des circonstances où un refus du PTB mènerait à un gouvernement de droite."

Du coup, à force d’être snobé, ou d’être lui-même réticent à prendre les commandes, le vote PTB ne risque-t-il pas, à la longue, d’être considéré comme inutile, car ne débouchant jamais sur une participation gouvernementale? Ou en sortira-t-il au contraire renforcé? "Difficile à dire, concède Pascal Delwit. Il pourrait même y avoir des deux. La force du PTB, c’est sa discipline interne, et la faiblesse des autres partis, PS en tête. Son point faible est qu’une bonne partie de son électorat aspire à ce qu’il assume des responsabilités."

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