Comment les partis ont intégré l'écologie à leur programme

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Les partis francophones s’accommodent de l’écologie pour reprendre leur fonds de commerce habituel. Au centre des programmes: l’énergie et la mobilité.

Le climat s’est invité depuis longtemps dans le débat électoral, un peu moins dans les programmes. À deux mois du scrutin, tous les partis n’ont pas encore établi le texte définitif de leurs engagements vis-à-vis des électeurs. L’Echo a cependant pu consulter les volets climatiques de l’ensemble des partis francophones pour comprendre de quoi sera faite l’écologie après mai 2019.

Sans grande surprise, tout l’échiquier politique s’est emparé de la thématique environnementale pour l’intégrer à son programme, chacun à sa façon.

Compétence transversale

Il y a d’abord ceux qui ont voulu l’écologie comme une compétence transversale, l’intégrant directement à leur programme final. Ecolo, forcément, mais aussi le PS et le PTB ont opté pour la formule. En prime, seuls ces trois partis ont publié leur programme validé par leurs partisans.

Tout au long des 200 pages de son programme, Ecolo reste fidèle à sa ligne initiale: l’écologie avant-tout. Les positions avancées par le parti n’ont rien de fondamentalement neuves pour eux, on sent le parti à l’aise avec les questions climatiques. Cette fois-ci, en revanche, Ecolo apparaît comme un incontournable et son combat doit s’adresser à tous, et doit inclure toutes les catégories de la population. Les verts montrent les propositions les plus ambitieuses, du moins sur le plan climatique. Car à mettre la planète au premier plan, Ecolo va vouloir s’adresser à tous, et donc à personne.

Deuxième dans la chronologie de publication des programmes, le PTB débarque sur le front écologique avec une ambition affichée: "Red is the new Green". Un nouveau slogan et un nouveau logo pour tenter de cumuler révolution sociale et climatique. Le PTB se veut ambitieux, propose de réduire les émissions de CO2 de 60% d’ici 2030. Le parti communiste fonce, rue dans les brancards et saisit la vague de changement pour renverser le capitalisme. Le parti va d’ailleurs faire feu de tout bois, allant jusqu’à proposer la fin des coupures d’eau en cas de facture impayée, au nom de l’écologie.

Elio Di Rupo en a fait son leitmotiv: le PS sera le parti de l’éco-socialisme. Sur les 770 pages de son programme complet, le parti tente d’accommoder l’écologie à son combat de toujours. Avec, parfois, des tours de passe-passe, notamment sur leur grande revendication: la baisse de la TVA sur l’électricité (de 21 à 6%). Le parti plaide pour rendre l’énergie plus accessible, d’autant plus que l’électricité constitue une alternative au mazout polluant.

Le PS propose par ailleurs de conclure un nouveau pacte social pour s’adapter aux objectifs climatiques. Disons qu’ici, on veut en finir avec le libéralisme parce qu’en plus d’exploiter, il pollue.

L’écologie comme un volet

Il y a aussi les partis qui ont entendu l’urgence et l’appel des jeunes, mais qui préfèrent ajouter un volet climat à leur programme, avec parfois l’impression qu’il s’agit d’une annexe rajoutée pour ne pas louper le coche.

Niveau timing, on a senti un peu de précipitation du côté du MR. Dans la foulée du week-end de présentation des programmes PS et Ecolo, le MR a sorti son volet écologique dans une sorte d’avant-première qui réunissait les grands acteurs du parti sur la question. Quarante propositions qui veulent une écologie qui stimule l’entreprise. Peu de mention des gains de CO2 enregistrés par chacune des mesures. Mais ça, on ne peut pas leur jeter la pierre car aucun des programmes n’en fait mention. Le MR comptabilise en revanche le nombre d’emplois créés par ces mesures phares. Pour eux, l’écologie sera porteuse de croissance.

DéFI, de son côté, plaide davantage pour un développement durable. L’avenir climatique se décline, chez Olivier Maingain, en trois mots-clés: économie, social, environnement. DéFI table sur une meilleure régulation des énergies: réseau électrique mondial pour collecter l’énergie là où elle est la moins chère, augmenter la performance énergétique des installations renouvelables, etc.

Le parti amarante récupère la colère des gilets jaunes pour proposer une redistribution des taxes sur les énergies fossiles, sans toutefois en préciser la hauteur. Objectif du parti: "Décarboner les économies en satisfaisant aux besoins d’énergie de manière socialement juste."

Au centre, le cdH montre un volet climat axé sur le consommateur et sur le citoyen. Mot d’ordre: responsabiliser les pollueurs et soutenir ceux qui s’engagent dans le durable.

Alain Destexhe (Listes Destexhe) s’était d’entrée de jeu posé en opposition au discours dominant. Sa position s’articule autour de trois points et se résume facilement. Le parti se montre en faveur de la prolongation du nucléaire et contre ce qu’il appelle "l’hystérie climatique". Pour lui, l’écologie doit se régler au niveau international.

Ces trois derniers partis doivent toutefois encore valider leur programme et ne nous ont livré que les grandes lignes d’un programme qu’ils promettent plus complet et plus concret.

Énergie et mobilité

Parmi toutes ces ambitions, deux principales se retrouvent dans chaque programme: la gestion de l’énergie et la mobilité.

Pour cette dernière, l’ensemble des partis se met d’accord pour une amélioration et un renforcement des transports publics. Le PTB fait cavalier seul en plaidant la gratuité totale des transports publics, qu’il présente comme la solution aux embouteillages et comme alternative aux taxes kilométriques.

On se fait plus prudent dans les autres partis en avançant un renforcement de la gratuité pour les publics cibles, notamment les jeunes jusqu’à 25 ans.

Le cdH met en avant sa proposition de gel des prix de la TEC pour tous les usagers.

Le MR en revanche se fait moins explicite et évoque la promotion de la mobilité douce et intermodale, sans toutefois avancer de propositions précises dans son volet climat.

La question de l’énergie se trouve au centre de la lutte contre le réchauffement de la planète.

Sur la question de la fin du nucléaire, tous les partis s’accordent pour quitter ce modèle, avec des échéances parfois différentes. À l’exception notoire des Listes Destexhe, qui veulent un prolongement d’au moins dix ans des centrales belges.

En revanche, les partis se font plus créatifs pour la valorisation des sources d’énergie renouvelable. DéFI et le MR se rejoignent dans leur volonté d’investir dans le système "Power To Gaz". Ce projet transforme l’énergie verte excédentaire en hydrogène, qui peut à son tour être utilisé comme biocarburant.

Le cdH, de son côté, compte sur le niveau local pour assurer une transition vers des énergies plus propres, notamment à travers des systèmes de coopératives pour favoriser leur développement.

Ecolo va plus loin dans ce projet de coopérative et avance le chiffre de 200 millions pour accentuer le développement de ce type d’initiatives.

Le PS préconise également l’encadrement des initiatives locales via un plan d’investissement, sans toutefois en préciser la hauteur du financement.

La plupart des mesures reprises dans les programmes ou ébauches de programmes ne comportaient pas de budget ni de mode de financement précis.

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