interview

"Il faut mettre fin à l'inégalité salariale entre hommes et femmes" (Charles Michel)

©jonas lampens

Charles Michel est en confiance. Après un début de campagne compliqué, la mise permanente de vert sur le gril a permis de maintenir Ecolo dans une posture défensive qui n’est pas pour déplaire aux libéraux. Le Premier ministre en affaires courantes livre, pour L’Echo, sa dernière interview avant les élections.

Ce tract électoral communautariste d’Ecolo, une aubaine pour le MR?
C’est une aubaine pour le citoyen qui peut enfin savoir quelles sont les propositions réelles et concrètes d’Ecolo pour l’intégration, pour les questions de migration, de vivre ensemble, comme pour les questions économiques et sociales. Le MR défend un programme transparent et assumé. Nous disons que la gratuité n’existe pas, que lorsqu’on veut mettre en place un cadastre de l’épargne, c’est qu’il y a une intention de taxer davantage. Nous voyons des convergences entre les partis de gauche qui sont saisissantes sur tous les thèmes.

Les phrases clés

"Nous bannissons les signes convictionnels des administrations et des écoles."

"Un saut d’index n’est pas à l’ordre du jour."

"Les convergences entre les partis de gauche sont saisissantes. Sur tous les thèmes."

Quelles sont les positions du MR sur les sujets du tract?
La neutralité de l’État exige que les signes convictionnels soient bannis dans un certain nombre d’endroits. Je ne parle pas seulement du voile, c’est la même chose pour un badge MR. Nous les bannissons des écoles, des administrations. Le MR a été parmi les premiers à demander à ce que la question de l’étourdissement soit réglée. Je suis stupéfait de cette idée de donner des jours de congé dans les écoles au libre choix des familles. On imaginerait un prof de maths, lorsqu’il veut organiser un contrôle, devoir prendre les agendas des uns et des autres pour savoir qui serait présent, c’est insensé.

Certains libéraux ont ouvert la porte à l’autorisation du voile dans les écoles pourtant.
Nous avons une position stable, nous avons mené ce débat en interne. À l’époque, on nous a traités de racistes en considérant qu’il ne fallait pas ouvrir les yeux sur le problème des accommodements raisonnables. Nous ne voulons pas d’une société où les communautés vivent les unes à côté des autres sans se parler, nous voulons un vivre ensemble dans le respect mutuel et dans une démarche d’intégration.

Elections | Comparez les programmes

L'Echo a épluché et comparé pour vous le programme des huit principaux partis francophones pour que vous n'ayez pas à le faire. Voici l'essentiel, en 100 questions.

Certains candidats MR distribuent des tracts en langues étrangères.
Les tracts exclusivement en langue étrangère ne sont pas tolérés au MR. Il y a eu une tolérance aux élections communales, lorsqu’une traduction était présente sur le tract.

Vous proposez des mesures conséquentes en matière de baisses d’impôts, accompagnées de contrôle des dépenses de l’État. Après 5 ans au pouvoir, avez-vous identifié des endroits où ces économies sont potentiellement importantes?
Nous voulons injecter 10 milliards d’euros dans l’économie en baissant les impôts de ceux qui travaillent et en baissant les charges de ceux qui embauchent. Parce que ce sont des mesures qui marchent. Alors premier point, les 250.000 emplois que l’on peut créer avec nos mesures ont un effet mécanique positif sur le budget. Ils allégeront les dépenses de chômage et élargiront l’assiette fiscale. Deuxième point: tout n’a pas été compté par le Bureau du plan. Notamment le Pacte d’investissements qui peut être un levier de croissance majeur, ce qui aura un impact sur le budget. Troisième point, c’est le budget base zéro. Il y a, dans pas mal de départements, une nécessité d’investir pour la digitalisation avec des effets bénéfiques de simplification des processus administratifs. Le gouvernement a lancé cette dynamique mais cela n’a pas réussi autant que l’on aurait souhaité. Il a manqué une stratégie d’investissements pour faire baisser les coûts de fonctionnement de l’État.

"Ma préférence est de ne pas être le seul parti francophone au fédéral mais l’important, c’est le programme."

Y a-t-il trop de fonctionnaires en Belgique?
Certainement pas au niveau fédéral. Les derniers gouvernements ont mis en œuvre des stratégies pour atteindre un nombre de fonctionnaires globalement adéquat. Dans certains départements on a du mal à recruter. Comme dans la police, l’argent est là mais les recrutements prennent trop de temps. C’est un enjeu pour l’avenir. Par contre ce qui pose problème, c’est la multiplication ahurissante des structures publiques et parapubliques au départ de la Wallonie. Idem à Bruxelles où les gouvernements de gauche ont multiplié les structures dont l’objet principal est d’embaucher des anciens chefs de cabinet. La plupart du temps en dehors des procédures objectives avec des rémunérations qui dépassent les barèmes de la fonction publique. Ça ne va pas. En 20 mois, Willy Borsus, avec le cdH, a mené une réforme des outils économiques wallons, ce qui a amené la suppression de 200 postes. On a enfin réformé les TEC qui comptaient plus d’une centaine d’administrateurs. Il faut libérer l’économie de cette pesanteur.

Le PS attaque le MR en disant que vous minez le plan Marshall.
C’est faux. Les moyens des pôles de compétitivité, qui sont des leviers positifs, ont été maintenus et même renforcés. Nous encourageons le Forem à offrir des solutions sur mesure pour soutenir les PME confrontées à des pénuries de main-d’œuvre.

Vous avez augmenté certains impôts indirects. Faut-il encore s’attendre à ce que la consommation soit mise à contribution avec le MR?
Je constate que chez les partis de gauche, il y a la volonté de taxer les produits nocifs pour l’environnement sans dire lesquels. Le tax shift a opéré une baisse globale de la fiscalité. Nous avons aligné les accises sur le diesel sur celles de l’essence et on a décidé la non-indexation. On l’a fait de manière progressive.

Vous êtes pour le principe du pollueur payeur?
C’est un principe qui paraît sympathique mais qui est simpliste. Si cela suppose que l’on retire des centaines d’euros par mois aux personnes qui jouissent d’une voiture de société et qui ont besoin d’une voiture je suis contre. Par contre si c’est pour verdir le parc automobile, mettre en place un budget mobilité, alors ça va dans le bon sens. Le libre choix est un élément important pour nous. Je n’accepte pas que l’État décide quand et comment vous devez vous déplacer. Son rôle est d’offrir une palette de possibilités en matière de mobilité en encourageant le respect de l’environnement. Il n’est pas question pour nous d’appauvrir les travailleurs sous couvert du principe du pollueur payeur.

Est-ce que vous fermez la porte à un nouveau saut d’index?
Ce n’est pas à l’ordre du jour et ce n’est pas dans le programme du MR.

Vous diriez que vous êtes contre?
Si ce n’est pas dans le programme, c’est que je suis contre.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Suivez la campagne pas à pas dans notre dossier >

Etes-vous prêt à revivre une législature comme seul parti francophone au gouvernement fédéral?
Ma préférence est de ne pas être le seul parti francophone mais ce qui compte c’est le projet.

Quel message adressez-vous à Maxime Prévot, président du cdH, à cet égard?
Si j’ai un message à faire passer à un collègue je lui téléphone. Le cdH est un bon partenaire avec qui nous avons bien travaillé au gouvernement wallon. Il a mené une opposition plutôt constructive au fédéral. Surtout ces derniers mois.

La plupart des partis francophones, cdH compris, préféreraient que la N-VA soit contournée. Le MR aussi?
J’essaye de ne pas trébucher sur la même pierre. Ce qui compte, c’est le programme. Mon expérience des coalitions me dit qu’on peut difficilement anticiper les points sur lesquels les partis sont prêts à faire des compromis. Il y a cinq ans, j’étais convaincu – et c’était une erreur – que la N-VA ne pouvait pas renoncer à son projet séparatiste pendant cinq ans. Avec le CD&V et l’Open Vld nous l’avons forcée à le faire.

Vous semblez isolé côté francophone.
Nous sommes la seule formation qui est le rempart contre la gauche. Une des conditions de notre participation au pouvoir sera un plan sur la qualité de vie. Avec une conviction forte: le féminisme est peut-être d’abord une affaire d’hommes. L’égalité salariale entre hommes et femmes est une bataille que nous devons mener. Il faut un plan en dialogue avec les entreprises pour les encourager à réaliser l’égalité salariale.

Avec des obligations, des contraintes?
Je suis partisan de l’encouragement et de la stimulation. Je suis rarement convaincu par la logique de la pénalité mais cet encouragement doit être suffisamment vigoureux.

Comment régler les problèmes des migrants autour de la gare du Nord?
La difficulté est liée à des personnes en situation irrégulière, nous les encourageons à demander l’asile. Certains, avec le soutien de personnes et d’ONG, ne veulent pas demander l’asile. Nous n’avons pas un problème de place pour les accueillir. Si ces personnes ne veulent pas demander l’asile, la seule option c’est de quitter le territoire.

Avec des ordres de quitter le territoire sans effet?
Nous voulons les exécuter, avec des places en centres fermés, ce que je regrette, quand certains ne veulent pas s’inscrire dans une procédure de retour volontaire.Il y a des migrants originaires de pays avec lesquels nous n’avons pas d’accord de coopération. C’est pour cela que j’ai validé le pacte des Nation unies (le fameux Pacte de Marrakech, NDLR), car il favorise les accords pour les retours et permet d’élever l’exécution des ordres de quitter le territoire. Nous devons combattre l’immigration irrégulière avec des contrôles stricts aux frontières de l’Europe car elle alimente le business model des passeurs et fait prendre des risques inouïs à ces gens. C’est une honte pour l’humanité. Ensuite, il faut des canaux de migrations contrôlés.

À l’extérieur des frontières de l’UE?
Il faut des espaces à proximité des conflits qui sont gérés par les Nations unies pour garantir un accès à la santé et l’éducation plutôt que de jeter des personnes dans les bras des passeurs dans des conditions indignes de notre époque. Ces structures doivent permettre à ces familles de retourner vers leurs terres une fois le conflit terminé.

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