analyse

Les gagnants et perdants de la course aux hautes fonctions de l'Union

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Au-delà des personnalités qui décrochent les hauts postes ou qui se sont retrouvés dans la voiture-balais, quels sont les grands vainqueurs et perdants de la course aux hautes fonctions de l’Union?

Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne? Pas si vite. Dans la course aux hauts postes, il n’y a pas qu’Ursula von der Leyen et Charles Michel qui emportent la mise. Ni d’ailleurs que Frans Timmermans ou Manfred Weber qui peuvent faire grise mine. Arbitrage.

Trois gagnants

Il y a, cela va sans dire, les heureux élus, invités surprises dans les discussions du Conseil ou pressentis de longue date. Il y a aussi un grand pas pour l’égalité des genres – Ursula von der Leyen et Christine Lagarde s’apprêtent à faire enfin éclater le plafond de verre de deux institutions majeures. Mais encore...

  • L’Union

L’Union, européenne bien sûr, sort gagnante des tractations entre chefs d’État et de gouvernement. La négociation des nominations s’était muée en une bataille exhibant les fractures entre l’Est et l’Ouest, entre les gouvernements eurosceptiques et europhiles. Le vote actant la fracture des Vingt-Huit n’a finalement pas eu lieu. L’Union part sur de meilleures bases qu’il y a cinq ans.

  • Les fondateurs (et Macron)
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Parce qu’il est difficile de résister à l’appel de la géographie, on ne peut que le constater: avec l’élection mercredi du socialiste David Sassoli à la tête de l’hémicycle européen, les principaux postes de l’Union reviennent à quatre des six pays fondateurs de l’Union (Belgique, Allemagne, France, Italie). L’Allemagne tire la part belle, avec un retour à la présidence de la Commission. Mais si un dirigeant sort renforcé, c’est bien Emmanuel Macron. Il a eu la fin des candidats têtes de liste (spitzenkandidaten), il a placé des francophones à toutes les hautes fonctions, dont une Ursula von der Leyen qui n’aurait pu rêver du poste s’il ne l’avait pas poussée. Sans parler du fait qu’il a placé le plus proche de ses alliés au Conseil européen. Et a fait ajouter un poste au paquet pour une française, Christine Lagarde.

 

  • Les chrétiens-démocrates
Le vote actant la fracture des Vingt-Huit n’a finalement pas eu lieu. L’Union part sur de meilleures bases qu’il y a cinq ans.

Le vent de changement qu’ont fait souffler les élections européennes, poussant les libéraux et les verts dans le dos, n’a finalement pas eu raison de la domination institutionnelle du Parti populaire européen (PPE). Certes, les chrétiens-démocrates sont apparus divisés alors que le premier de ses poids lourds, Angela Merkel, soutenait la candidature d’un travailliste pour le Berlaymont, elle s’est soldée sur un succès pour les chrétiens-démocrates. Le PPE a vu son candidat pour la Commission sortir par la petite porte, il en a vu une autre entrer par la fenêtre.

Trois perdants

On ne reviendra pas sur les déçus, déclarés ou non, qui ont cru jusqu’au bout qu’ils pourraient avoir un haut poste.

  • Les populistes
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Ils clament avoir gagné la partie, mais c’est une victoire à la Pyrrhus. Les pays de Visegrad (Pologne et Hongrie en tête), mais aussi l’Italien Matteo Salvini, qui avait clamé que jamais l’Italie ne voterait pour un socialiste, ont eu la tête de Frans Timmermans. À domicile, c’est un trophée: le défenseur en chef de l'État de droit à la Commission européenne était devenu pour eux l’ennemi politique numéro un. Il a certes été abattu en plein vol, mais à quel prix? Celui d’ancrer le centre de gravité décisionnel chez les pays fondateurs, de faire le jeu de la logique franco-allemande.

  • Le Parlement européen

C’est la situation dans laquelle le Parlement européen aurait aimé ne pas avoir à se retrouver. Le message envoyé à l’électeur depuis les élections de 2014 était : le candidat tête de liste du parti qui emporte la présidence de la Commission. Fin de la blague, a tranché le Conseil, qui seul a le pouvoir de sortir un nom. Le Parlement fait face à ce dilemme: avaler son chapeau ou provoquer une crise institutionnelle.

  • Les verts (et les socialistes)

Avec les libéraux, les autres gagnants pro-européens du scrutin, c’étaient les verts. Avec la fin du duopole chrétien-socialiste, la question de leur entrée dans une large coalition s’était posée. Au lieu de ça, ils auront été tenus à l’écart de bout en bout. Quant aux socialistes, deuxième famille au Parlement, ils ont vu passer leur chance de reprendre la Commission. Ils gardent la diplomatie et une demi-mandature à la tête du Parlement. Maigre.

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