analyse

MR et Ecolo sont-ils fâchés pour de bon?

Allez, quand ils le veulent - ici, à l'occasion d'un débat organisé par l'UWE - Jean-Marc Nollet et Charles Michel peuvent presque se montrer complices. Tout n'est pas perdu. ©BELGA

MR et Ecolo sont à couteaux tirés dans cette campagne électorale. Et, quelque part, le sont depuis cinq ans, les relations ayant été plutôt rudes entre le MR et l'opposition francophone sous la suédoise. Pour autant, écologistes et libéraux sont-ils brouillés au point de ne pouvoir envisager de gouverner ensemble? Pas si sûr.

À ma droite, un parti de millionnaires, à la fois marionnette de la N-VA et grand amateur de mensonges et autres manœuvres de désinformation.

À ma gauche, une formation politique qui dissimulerait le véritable visage de son programme, fait de communautarisme, d’accommodements raisonnables et d’un déluge de taxes visant à étouffer la classe moyenne. Voilà comment se décrivent mutuellement Ecolo et MR – en résumé, mais garanti 100% sans exagération.

Vous avez pu le constater durant cette campagne pas très glorieuse: entre les écologistes et les libéraux, c’est la guerre. Ouverte. Jusqu’au 26 mai, tous les coups, ou presque, sont permis. Mais après? Mots durs et incessantes attaques pourraient-ils aller jusqu’à ruiner toute chance d’alliance entre verts et bleus après le scrutin, lorsque les partis devront se mettre à jouer les cartes distribuées par l’électeur? Ecolo et MR sont-ils fâchés pour de bon?

"En politique, rien n’est jamais fait, tempère le politologue (ULB) Pascal Delwit. Oui, la campagne est dure, mais cela ne jouera pas de manière rédhibitoire." Parce que le nombre de sièges décrochés par les uns et les autres pèsera nettement plus que les amabilités échangées durant les semaines qui précèdent. 

À quoi ressembleront les prochains gouvernements?

Rien que pour vous, L'Echo a dressé la liste des coalitions possibles au Fédéral, à Bruxelles et en Wallonie. En privilégiant les plus vraisemblables et rayant les plus improbables. Promenez-vous donc dans cette forêt de gouvernements grâce à notre outil interactif, disponible ici

"Mensonge et désinformation"

"Durant cinq ans, Ecolo ne s’est guère préoccupé de sa relation avec le MR. Il est drôle de dénoncer, aujourd’hui, la guerre des mots, après avoir passé son temps à traiter l’adversaire de fasciste ou de marionnette."
Un libéral

Rien n’est perdu, donc? Tel est le message qui prévaut chez Ecolo, même si l’enthousiasme n’est pas de mise. L’électeur a la main, disent en substance les verts. C’est donc lui qui décide. Cela dit, à la tête d’Ecolo, on confesse qu’il ne sera pas aisé de "faire confiance" au MR, ce parti qui a pour fonds de commerce "le mensonge et la désinformation". Voilà pour les cicatrices de campagne. "Ce que nous voulons, c’est un gouvernement climat." L’alliance privilégiée par les écologistes sera donc celle qui permettra d’aller le plus loin dans une "transition écologique et solidaire".

Son de cloche similaire de l’autre côté du miroir. "Tout est possible", résume ce ministre libéral. "Le MR a déjà exercé des responsabilités gouvernementales avec tous les partis", ajoute cet autre. Qui précise: les libéraux n’ont que deux exclusives. L’extrême gauche et l’extrême droite – sur un pied d’égalité.

Oui, le climat est tendu, reconnaissent les bleus. "Même si pas plus qu’avant. Je me souviens d’échanges bien plus durs entre Didier Reynders et Elio Di Rupo. C’est de la musculation de campagne. Qui ne devrait pas générer d’inimitiés fortes au point de rompre des relations existantes." Et puis, glisse ce libéral, n’est-il pas cocasse de voir l’état-major écologiste s’émouvoir de la tonalité actuelle? "Durant cinq ans, Ecolo ne s’est guère préoccupé de sa relation avec le MR. Il est drôle de dénoncer, aujourd’hui, la guerre des mots, après avoir passé son temps à traiter l’adversaire de fasciste ou de marionnette."

Collé au PS et au PTB?

Voilà pour la forme. Quant au fond, bien sûr, pointent les libéraux, il existe de solides antagonismes entre les deux programmes. Mais tout dépend de "la facette" qu’Ecolo montrera lors des négociations. "Aura-t-on affaire au PTB déguisé, ou à un parti capable d’envisager un ‘green deal’ emploi-social-climat?" Charles Michel ne disait pas autre chose, vendredi soir sur la RTBF, à l’occasion de son duel face à Jean-Marc Nollet. "Tout dépend du projet. Ecolo collera-t-il aux positions PS-PTB ou soutiendra-t-il un projet en faveur de la classe moyenne et d’une baisse de la fiscalité sur le travail?"

Tout n’est pas perdu, donc. Même si ce n’est pas gagné. "À Bruxelles, vu la performance attendue du MR et la campagne actuelle, une alliance avec le MR semble compliquée", glisse Pascal Delwit. Surtout que chez les verts, c’est la base qui a le dernier mot. "Or si les électeurs d’Ecolo ne sont pas forcément de gauche, relève le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain), les militants, eux, ont le cœur plutôt à gauche."

En Wallonie, même si une coalition mêlant MR et Ecolo – comme la Jamaïcaine, avec le cdH – n’est pas la plus plausible, il ne faut pour autant pas la balayer. D'autant plus que la situation fédérale pourrait rendre ce scénario un tantinet plus consistant. C’est que si se dessine un scénario laissant la N-VA de côté, la Jamaïcaine est la tripartite la moins improbable – à condition évidemment qu’elle décroche une majorité à la Chambre.

Prudence, donc. MR et Ecolo ne sont pas littéralement faits pour s’entendre. Mais il n’est pas exclu qu’ils finissent par se mettre à table ensemble. Ne jamais dire jamais, paraît-il.

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