analyse

Michel, un pro-européen convaincant

©Photo News

Le Premier ministre belge est perçu en Europe comme un pro-européen à la fois convaincu et capable de diplomatie. Son nom est revenu systématiquement dans les paquets de nominations successivement étudiés par les Vingt-Huit.

La valse des scénarios n’aura pas eu raison de lui. Weber? Timmermans? Von der Leyen? Quel que soit le nom avancé pour la tête de la Commission dans le package négocié par les Vingt-Huit, le nom du Belge Charles Michel revenait systématiquement dans la liste. Le plus souvent comme candidat pour la présidence du Conseil, qu’il a donc obtenue; parfois pour le costume de Haut représentant de l’Union; voire pour la présidence de la Commission européenne. Dans le scénario où on l’aurait finalement accordée à la famille libérale, Margrethe Vestager ne tenait pas la corde aux yeux de tous.

Charles Michel, dont le succès a été grossièrement boudé par les présidents de parti francophones, aura donc été une constante de ces négociations, soulignant son succès d’estime parmi ses pairs européens. Comment l’expliquer? Un début de réponse avec la presse française. "Le choix du Premier ministre belge, Charles Michel, pour présider le Conseil européen rappelle celui de l’un de ses prédécesseurs, Herman Van Rompuy, dont les qualités de bâtisseur de compromis servent aujourd’hui de référence pour ce poste", note le quotidien français Le Monde. Tandis que Le Figaro dresse la liste de ses "indéniables atouts": expérience des situations de crise et des coalitions ingérables, engagement pro-européen. Sans parler de son aisance dans les sommets européens.

L’homme de Macron

"Il est vu comme un conciliateur efficace, qui a du sang froid."
Irish Times

Que les fleurs viennent de Paris n’étonnera personne: Charles Michel est naturellement perçu comme l’homme de Macron – les deux affichent depuis la présidentielle française leur amitié. Sa candidature a bien sûr été portée par les autres libéraux, mais plus largement aussi par le centre-gauche, souligne une source européenne: deux familles dont Emmanuel Macron prétend faire la synthèse. Ainsi, le Portugais Antonio Costa ou l’Espagnol Pedro Sanchez faisaient-ils partie du groupe de leaders unis autour de sa candidature. Sans parler de la chancelière allemande Angela Merkel, pour qui il n’a jamais caché son respect et qui le lui aura bien rendu.

Le départ de la N-VA du gouvernement fédéral l’aura sans doute aidé. Le jeune Premier ministre – le plus jeune depuis 1845, rappelle l’Irish Times, "a été largement critiqué et, selon certains, politiquement compromis pour être entré dans une coalition avec les nationalistes flamands de droite". Mais, même s’il a un temps "semblé" endosser la politique anti-immigrants de la N-VA, sa prise de position en faveur du Pacte migratoire de l’ONU, l’an dernier, a marqué les esprits souligne encore le quotidien irlandais. Sa défense très remarquée du pacte, mais aussi d’indispensable solidarité entre États membres face aux migrations, sont peut-être des éléments qui ont pu contribuer à réunir un groupe d’États membres sur son nom.

Négocier "des assiettes"

"Il est vu comme un conciliateur efficace, qui a du sang froid", reprend l’Irish Times. Qui rappelle qu’il est l’un des premiers à avoir répondu avec fermeté à l’opposition de pays d’Europe centrale à la solidarité européenne sur la répartition des migrants. On vient à ce qui est peut-être le plus étonnant dans ce plébiscite. Paradoxalement, les pays d’Europe centrale n’ont eu aucune difficulté à valider la cooptation de Charles Michel. Cela aura été une surprise de voir le contraste entre, d’une part, l’animosité déployée à l’encontre de Frans Timmermans en raison de sa défense de l’État de droit, et d’autre part la bienveillance à l’égard d’un Charles Michel qui ne s’est pas toujours montré tendre vis-à-vis des Viktor Orban et consorts.

On pourrait tenter de l’expliquer par la méthode que Charles Michel défend de longue date – négocier des "assiettes" dans lesquelles chacun puisse se retrouver au moins en partie. Ou par un sens de l’écoute et du dialogue, aiguisé par la vie politique belge. Et peut-être, enfin, à écouter cette journaliste polonaise, parce que les pays de Visegrad avaient besoin d’un trophée connu de leurs opinions publiques, Timmermans, et qu’ils n’avaient rien à gagner à s’en prendre au Belge. Un pro-européen convaincu, et convaincant pour ses pairs.

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