interview

"Parler au PS, on est demandeur. Mais à qui?" (Liesbeth Homans, N-VA)

©Siska Vandecasteele

Liesbeth Homans (N-VA) est officiellement devenue "Madame Flandre" cette semaine, coiffant la casquette de première ministre-présidente du nord du pays. Pour elle, le confédéralisme doit être mis sur la table des négociations. Mais à condition d’éviter un échange stérile sans décision à la clé.

La semaine a été pour le moins agitée pour Liesbeth Homans (N-VA). Après un court passage par la case hôpital, suite à un petit problème de santé, celle qui a accompagné Bart De Wever dans son ascension politique (depuis des études communes en histoire) est devenue "Madame Flandre". Elle succède en effet au ministre-président flamand, Geert Bourgeois, parti rejoindre les bancs du Parlement européen où il a été élu.

Une première au nord, mais qui ne fait pas de l’Anversoise une pionnière dans le pays. En 1993 déjà, une certaine Laurette Onkelinx était élue à la tête de la Communauté française. Pour autant, ce visage bien connu de Flandre entend bien prendre les devants sur de nombreux tableaux. Comme l’avenir de la Belgique? Dont elle qualifiait le drapeau de "chiffon", lors de sa prestation de serment. "C’était juste une blague qu’on fait souvent dans les cercles nationalistes, revient-elle à ce sujet. Mais il est vrai que le contexte était différent, tout comme ma fonction. Je n’ai voulu offenser personne et veillerai à tourner ma langue sept fois dans ma bouche à l’avenir."

"On doit reparler communautaire (...) Le PS pense que le confédéralisme, c’est le séparatisme. Ce qui n’est pas vrai."

Ce qui n’empêche que Liesbeth Homans entend parler vrai. C’est dans son ADN et ça, dit-elle, elle ne peut rien y faire. Notamment sur le confédéralisme. Pour elle, le sujet doit être mis sur la table des négociations actuelles. "On a dit en 2014 qu’on mettait les questions communautaires au frigo pour permettre la naissance d’un gouvernement de réformes socio-économiques. On doit désormais reparler du communautaire. Business as usual, après les résultats des élections, ce n’est plus possible. Le Flamand veut une autre politique que le Francophone." Et d’embrayer, sans marquer de pause: "On a choisi de tendre la main au plus grand parti en Wallonie, le PS, afin de parler de ce que l’on peut encore faire ensemble. On en est demandeur. Mais ils refusent cette discussion. Ils pensent que le confédéralisme, c’est le séparatisme. Ce qui n’est pas vrai. Nous voulons juste transvaser le plus possible de compétences vers les entités fédérées et, de là, déterminer ce que l’on peut encore envisager en commun. Ce qui pourrait être bon aussi pour le PS qui serait, dès lors, en mesure de mener ce qu’il veut, à savoir une politique de gauche."

Sauf que la question de la fin des transferts pourrait bloquer un tant soit peu les ardeurs. Une étude récente chiffrait à 6,4 milliards d’euros le flux de solidarité interpersonnelle de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles en 2017, alors qu’en 1995, ce flux n’était encore que de 3 milliards. Liesbeth Homans est catégorique: "Oui, on les trouve injustes, mais on ne les arrêterait pas d’un coup en cas de confédéralisme. Nous ne sommes pas contre le fait que la solidarité se poursuive. Par contre, à un moment, cela doit cesser. Vous pouvez laisser un enfant habiter chez ses parents jusqu’à 25 ans, mais à un moment, il faut qu’il apprenne à voler de ses propres ailes". Et ça, il est difficile de le faire entendre, faute d’interlocuteur, lance la ministre-présidente. "Qui est aux commandes en cuisine au PS: Elio Di Rupo ou Paul Magnette?"

"Deux démocraties"

On lance: le dialogue inter-communautaire pourrait-il faire son retour sur le devant de la scène? "Une énième ‘praatbarak’" (qualificatif employé en flamand pour désigner un organe de concertation où l’on parle beaucoup mais décide peu, NDLR), rétorque l’intéressée, non sans ironie, "Non merci. Nous devons nous parler en direct. Car j’espère qu’aujourd’hui, tous les partis confondus se rendent bien compte que ce pays est une somme de deux démocraties. Les résultats des élections sont clairs comme de l’eau de roche. La Flandre a voté du centre droit à l’extrême droite, quand la Wallonie a fait le choix de la gauche et de l’extrême-gauche."

Et pour cela, pour ce constat, la N-VA se devait d’appuyer sur le bouton "pause" des négociations régionales flamandes, en l’attente d’un dénouement au fédéral? Ironique est cette prise d’otages quand on sait l’importance qu’accordent les nationalistes au sort de la nation, lance-t-on. "Cela n’a rien d’une prise d’otages. C’est une défense d’intérêts. Nous n’embarquerons pas avec des partenaires à la Région tant que nous n’avons pas de garantie quant au fait qu’ils ne monteront pas au Fédéral sans majorité flamande. Ils n’ont pas voulu nous la donner. Or pour nous, il est clair qu’on ne veut pas d’un gouvernement où les partis du nord du pays seraient minoritaires pour permettre de mener une politique wallonne de gauche." Punt aan de lijn.

"Parler au Vlaams Belang, c’est écouter les électeurs"

Reste alors la question de l’écriture d’un semblant de début d’histoire avec le Vlaams Belang. Là, le discours est clair: "Ces discussions servent un objectif: écouter ce que les électeurs veulent. Ce qui serait bien que les autres formations politiques fassent, d’ailleurs. Pour en tirer les conclusions. Car beaucoup, comme le sp.a et Groen par exemple, ont refusé de nommer les problèmes pendant des années durant. Pendant la crise migratoire, Madame Almaci (présidente de Groen, NDLR) nous a dit qu’il en allait de gens hautement qualifiés qui constitueraient une réelle plus-value pour notre économie. Ce n’est tout simplement pas vrai. S’il y en a, effectivement, la majorité est peu éduquée, ce qui demande des investissements conséquents derrière. Le Flamand n’est pas dupe. Nous, nous soulignons le problème et tentons d’amener les solutions adéquates."

Une manière de rattraper la sauce après le revers électoral enregistré par la N-VA lors du dernier scrutin? "C’est vrai qu’on a accusé le coup, mais j’espère que c’est temporaire. Nous restons d’ailleurs le plus gros parti au nord. Mais il faut bien comprendre la raison derrière ce recul: cela tient à la coïncidence de trois élections d’un coup (régionale, fédérale et européenne, NDLR). Ce qui a amené à ce que toute la campagne tourne autour de thèmes fédéraux comme la migration, les pensions et la sécurité sociale. à cela, s’est ajouté le fait qu’on était pieds et poings liés côté communautaire", conclut Liesbeth Homans.

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