Quand De Wever parlait de "razzias" pour "Air Francken"

Bart De Wever. ©BELGA

Dans un enregistrement datant de 2016 et diffusé ce mardi par la RTBF, Bart De Wever évoque des "razzias" de migrants menées à Anvers et destinées à remplir les avions de "Air Francken" pour les expulser.

"Air Francken". C'est ainsi que Bart De Wever qualifiait ironiquement les vols rapatriant les étrangers en situation illégale lorsque Theo Francken était secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration. L'enregistrement date de 2016. Il est diffusé par la RTBF, sur base d'un article publié par le Vif/L'Express. 

Quand nous allons par exemple faire une razzia dans le Quartier Rouge, nous lui demandons: combien de places avez-vous pour nous?
Bart De Wever
Président de la N-VA

Le président de la N-VA et bourgmestre d'Anvers Bart De Wever participe à une réunion interne à Hoboken (Anvers). Un journaliste indépendant est infiltré dans la salle.

Il capte le moment: Bart De Wever évoque explicitement un arrangement avec Theo Francken pour faciliter les expulsions en avion sur base de "razzias" à Anvers visant de préférence des nationalités correspondant à ce qu'attendait le secrétaire d'Etat. Bart De Wever se plaint du manque de places de détention pour les criminels en situation irrégulière dans la région anversoise.

"Ne le criez pas sur tous les toits, mais ça va si loin que, quand nous planifions des interventions, nous devons réserver des places", affirme le bourgmestre d'Anvers. "C'est l'avantage d'avoir un secrétaire d'État comme ami. Quand nous allons par exemple faire une razzia dans le Quartier Rouge, nous lui demandons: combien de places avez-vous pour nous? Combien pouvez-vous en expulser? Vers quel pays volent les prochains avions?", selon l'enregistrement sonore.

Face aux rires de l'assemblée, Bart De Wever poursuit: "Vous pouvez rire, mais c'est vraiment comme ça! Alors, vous continuez jusqu'à ce que la prison soit remplie. Et de préférence, les nationalités prévues pour 'Air Francken'. Si tu peux remplir l'avion, ce serait fou de ne pas le faire!"

Ce faisant, le président de la N-VA affirme que des actions policières à Anvers ont été menées sur une base discriminatoire, en visant de préférence certaines nationalités en vue de leur expulsion rapide. En 2017, des associations avaient déjà évoqué l'existence de rafles et de quotas d'arrestations de migrants au Parc Maximilien à Bruxelles, mais le ministre de l'Intérieur de l'époque, Jan Jambon (N-VA), les avait réfutées.

"Ca sent la déshumanisation"

"Bart De Wever avait l'habitude d'exclure le Vlaams Belang, mais maintenant ils se ressemblent de plus en plus."
Kristof Calvo
Groen

Les propos du président de la N-VA avaient déjà été publiés en 2016 dans l'hebdomadaire Knack, au coeur d'un article annonçant l'ouverture d'un nouveau centre fermé pour criminels en situation irrégulière en Belgique. A cinq jours des élections, ils ont été republiés, cette fois avec des extraits sonores. Une republication qui a suscité des réactions indignées de la part de la classe politique. Le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, a qualifié cette vision politique d'"abjecte et intolérable". "La lutte contre la criminalité, qui est un objectif d'intérêt général, ne se fait pas en visant certaines nationalités ou origines, en stigmatisant certaines parties de la population". Ahmed Laaouej y voit une preuve que la N-VA a dévoyé les institutions.

Kristof Calvo, chef de groupe Ecolo à la Chambre et tête de liste à Anvers, dénonce le langage utilisé. "Ca sent la déshumanisation, tout comme le 'tsunami de migrants' de Theo Francken le week-end dernier." Le leader écologiste fait aussi le lien avec les élections de ce dimanche. "Il y a une forte crainte que l'on assiste à un 'dimanche noir' (une référence aux bons sondages pour le Vlaams Belang, NDLR), mais il y a aussi une préoccupation envers la N-VA elle-même", a ajouté Kristof Calvo. "Bart De Wever avait l'habitude d'exclure le Vlaams Belang, mais maintenant ils se ressemblent de plus en plus."

Interrogé par la RTBF, le Premier ministre Charles Michel a dit ne pas avoir connaissance des propos visés. Il a défendu la ligne de son gouvernement en matière de migration ("ferme dans l'application des règles de l'Etat de droit, ne pas permettre un Calais bis, dire qu'on a besoin de centres fermés") et a rappelé le conflit avec la N-VA sur le Pacte de l'Onu sur les migrations, qui a conduit à la chute de la Suédoise. "J'ai fait le choix de mettre en avant les valeurs de la Belgique. Donc la ligne du MR, elle est très claire", a-t-il affirmé. 

"Fier du travail avec Francken"

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De son côté, Bart De Wever a réagi en se disant "fier du travail mené avec Theo Francken". "Apparemment, cela choque tout le monde que nous menions une politique efficace d'expulsion des criminels en situation illégale", a-t-il ajouté. Il note que l'expulsion de criminels en situation illégale constitue une priorité de son parti. "A Anvers, les services de police et l'Office des étrangers ont coopéré étroitement à ce sujet".

Selon lui, c'est grâce à ce travail mené avec Francken que "plus de 6.250 criminels illégaux" ont été renvoyés, "un record absolu". "Un centre fermé pour criminels illégaux est construit dans la ville pour renforcer encore cette politique et si l'électeur le permet, je poursuivrai volontiers cette politique".

 

 

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