Un jour de plus pour mesurer l'ampleur des fractures de l'UE

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Le consensus semble hors de portée alors que doivent reprendre ce mardi matin les négociations entre dirigeants européens. Pour distribuer les hauts postes de l'Union, le Conseil européen doit voter. Et espère réduire l’ampleur de la fracture après une nuit de repos.

L’Union est en crise et la nomination des hauts postes européens va permettre de jauger l’ampleur des fractures qui la divise. Il y avait déjà les francs-tireurs aux penchants illibéraux, peu enclins à jouer collectif. Il y a à présent ces membres du club chrétien-démocrate qui refusent d’entendre parler d’un compromis qui ne placerait pas un des leurs au sommet de la Commission européenne. Résultat, au terme d’une nuit et d'une matinée de négociations, aucun accord sur le nom du prochain président de la Commission européenne. Mais cette certitude: le consensus entre les Vingt-Sept est hors de portée.

Il faudra faire des efforts avant de passer au vote pour ne pas créer des tensions qui perdureraient pour de longues années.
Angela Merkel

Les chefs d’États et de gouvernement auraient pu voter, lundi matin, pour clore le débat. Formellement, le choix du successeur de Jean-Claude Juncker peut se faire par un vote à la majorité qualifiée: seize dirigeants représentant plus de 65% de la population européenne. Mais la fracture apparaissait trop grande. Une source au Conseil indique qu’un compromis aurait pu être adopté par dix-neuf États membres – sans détailler les neuf récalcitrants ni leur poids démographique. Procéder au vote, c’était prendre une photographie de cette division et la brandir au fronton du Berlaymont pour les cinq années à venir.

A la recherche d'un consensus

"Nous cherchons un vaste consensus, a souligné la chancelière allemande Angela Merkel à l’issue de la réunion. "C’est une question de respect mutuel. Je pense que 65,01% ça ne serait pas un résultat suffisant. Il faudra faire des efforts avant de passer au vote pour ne pas créer des tensions qui perdureraient pour de longues années." Temporiser, donc, dans l’espoir de réduire l’écart avec un peu de repos.

Si la chrétienne-démocrate s’est montrée prête à valider une candidature socialiste pour la présidence de la Commission, une partie de son camp, le Parti populaire européen (PPE), avait plus de mal à accepter l’idée d’une telle concession au nom d’une recherche de compromis.

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Lors du précédent sommet, le 20 juin, le Français Emmanuel Macron – apparenté au camp libéral au niveau européen – avait descendu en flèche la candidature de Manfred Weber, que le PPE voyait à la Commission. Il est ressorti cette fois contrarié. "C’est une très mauvaise image que nous donnons à la fois du Conseil et de l’Europe", a déploré le Français. Qui voit la crédibilité du Conseil "profondément entachée" par "ces réunions trop longues qui n’aboutissent à rien".

L’occasion pour Emmanuel Macron de tracer une ligne rouge pour l’avenir: il refusera toute nouvelle forme d’élargissement de l’Union tant qu’une réforme "en profondeur" du fonctionnement institutionnel n’aura pas été adoptée.

Une option sur Timmermans

C’est une très mauvaise image que nous donnons à la fois du Conseil et de l’Europe.
Emmanuel Macron
Président français

En attendant, quel accord pourrait-il se dessiner au Conseil? Le scénario concocté ce week-end au sommet d’Osaka par les quatre leaders présents au G20 – Angela Merkel, Emmanuel Macron, l'Espagnol Pedro Sanchez et le Néerlandais Mark Rutte – voyait le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans emporter la tête de la Commission européenne. Une piste qui permettait de maintenir en vie le processus politique des candidats tête de liste (ou "spitzenkandidaten"), selon lequel le candidat du parti capable de réunir une majorité au Parlement européen prend la tête de la Commission.

Plus qu’un nom, c’est un "paquet" qui se négocie: il s’agit de s’accorder dans le même geste sur le président du Conseil européen, du Parlement, et sur le Haut représentant aux Affaires étrangères. Un des derniers scénarios envisagés lundi voyait ces postes échoir respectivement à la Bulgare Kristalina Georgieva, à l’Allemand Manfred Weber et au Belge Charles Michel – ce dernier ne s’est livré à aucun commentaire. Mais "il y a eu beaucoup de paquets et beaucoup de noms sur la table", affirmait une source au Conseil.

La suite des événements

Face au blocage, le conclave a été suspendue jusqu’à ce mardi matin, 11h. Sera-t-il possible d’élargir la majorité autour d’un paquet qui maintiendrait Timmermans en vedette, ou le président du Conseil Donald Tusk doit-il proposer une formule totalement nouvelle? C’est une question à laquelle le PPE doit à présent répondre.

L’objectif rest en tout cas pour le Conseil de décider avant mercredi, jour de l’élection du président du Parlement européen. L’hémicycle de Strasbourg doit le pourvoir au cours de sa première session plénière. Or, si ce vote a lieu avant un accord plus global au Conseil européen, le parti politique qui le décrochera perdra un levier pour la suite du grand marchandage.

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