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Un tandem belgo-allemand pour mener l'Union

©Photo News

Charles Michel au Conseil européen, Ursula von der Leyen à la Commission: les Vingt-Huit ont trouvé le délicat équilibre de l’unité. Ils se sont accordés ce mardi au terme d’un sommet marathon sur un "paquet" de noms pour diriger les principales institutions de la communauté.

Charles Michel était dans les petits papiers du couple franco-allemand depuis longtemps, Ursula von der Leyen aura été la surprise du jour. Le premier va devenir président du Conseil européen au terme du mandat de Donald Tusk, en fin d’année, la seconde devrait prendre la succession de Jean-Claude Juncker en novembre. L’accord scellé mardi soir au terme de trois journées de négociations marathon est avant tout une victoire pour l’unité européenne: alors que les Vingt-Huit avaient été lundi à un cheveu de procéder à un vote pour parvenir à une décision, la prolongation des pourparlers aura finalement permis de trouver un consensus.

"Il y a cinq ans, ça avait pris trois mois et deux pays étaient contre. Cette année, ça a pris trois jours et personne n’était contre", a souligné le président du Conseil Donald Tusk, à l’issue du sommet. Avec ce duo à la tête de l’Union – on attend ce mercredi une décision à Strasbourg pour le perchoir du Parlement –, les Européens affichent une unité essentielle pour affronter leurs défis communs, du Brexit au délitement du multilatéralisme sur la scène internationale.

Charles Michel au sommet

"C’est le dialogue, le respect, les compréhensions mutuelles qui sont les bases et les clés pour faire des compromis utiles", a déclaré Charles Michel au cours de sa première conférence de presse de "président élu". La formule transcrit précisément l’issue des négociations au sommet: fut-il interminable, le dialogue aura permis aux dirigeants de l’Union d’aboutir à un consensus, donc au respect de toutes les sensibilités. Le Premier ministre belge y aura vu sa cote gagner en force, puisque le scénario précédent le voyait Haut représentant aux Affaires étrangères.

"Il y a cinq ans, ça avait pris trois mois et deux pays étaient contre. Cette année, ça a pris trois jours et personne n’était contre."
Donald Tusk
Président du Conseil européen

Pour la seconde fois depuis la création du poste de président du Conseil européen, un Belge prendra donc les commandes de l’institution qui réunit chaque trimestre au moins les chefs d’État et de gouvernement de l’Union. Avec Charles Michel comme successeur de Donald Tusk, la famille libérale décroche par ailleurs pour la première fois l’un des postes les plus puissants du cadre institutionnel européen. Chef de l’agenda des Vingt-Huit (tant que le Royaume-Uni n’est pas sorti), il a la tâche délicate de créer les conditions des compromis qui doivent tracer les grandes orientations de l’Union européenne et orienter le travail de proposition de la Commission européenne.

"Charles Michel, avec son expérience de Premier ministre belge, sera idéal pour trouver des consensus parmi les États membres", a assuré Donald Tusk. Le premier intéressé espère de son côté qu’un nouveau gouvernement fédéral sera sur pied d’ici décembre, ce qui lui éviterait d’avoir à démissionner.

La "candidate" au Berlaymont

Peu citée jusqu’alors dans les candidats potentiels pour la tête de la Commission européenne, la conservatrice allemande Ursula von der Leyen a pour sa part obtenu le poste le plus convoité du "paquet". Elle doit encore recueillir une majorité des voix au Parlement européen avant de prendre la tête du Berlaymont, le 1er novembre. Sa désignation sonne officiellement le glas du concept des "spitzenkandidaten", selon lequel c’est le candidat tête de liste du parti au niveau européen qui réunit une majorité qui obtient le poste.

Ursula von der Leyen ©Kay Nietfeld/dpa

Pour les Européens, cette candidature annonce pour la première fois l’arrivée d’une femme à la tête de la Commission européenne. C’est la deuxième fois qu’une personnalité allemande occupera le poste – on note au passage qu’elle est un peu Belge elle aussi, puisqu’elle est native d’Ixelles.

Ce duo permet de satisfaire Angela Merkel bien sûr, qui très tôt avait affiché son souhait de voir une personnalité allemande à la tête de la Commission, et que Charles Michel apprécie. Il permet aussi de satisfaire les autres dirigeants de la famille chrétienne-démocrate (PPE), qui contrairement à elle étaient vent debout contre le paquet négocié précédemment autour d’un Frans Timmermans au Berlaymont.

Une satisfaction encore pour le groupe de Visegrad, les quatre pays d’Europe centrale, mais aussi l’Italie: tous rejetaient avec force la candidature du travailliste néerlandais, celui qui est depuis cinq ans le défenseur en chef l’État de droit à la commission. En faisant capoter le scénario Timmermans, ils rentraient dans leur capitale respective en savourant ce qu’ils présentaient déjà comme "leur" victoire: avoir pesé sur le processus.

Lagarde à la BCE

Pour élargir encore le paquet, et ajouter des poids pour ajuster la balance politique, les Vingt-Huit ont diplomatiquement "pris note" de la volonté d’Ursula von der Leyen de désigner le socialiste Frans Timmermans et la libérale Margrethe Vestager à la vice-présidence de la prochaine commission. La famille socialiste, seconde au Parlement européen, obtient le poste de Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères: c’est l’Espagnol Josep Borrell (72 ans) qui l’occupera.

Christine Lagarde ©AFP

Pour trouver un équilibre satisfaisant, le "paquet" a encore été élargi au poste de président de la Banque centrale européenne (BCE). Même si le poste ne faisait pas initialement partie des négociations, les dirigeants se sont accordés sur le nom de la Française Christine Lagarde pour succéder à Mario Draghi. La nomination d’une Allemande à la tête de la Commission évacuait le scénario d’un Jens Weidmann, Allemand et hostile aux politiques menées par le président italien, à la tête de l’institution. Cette décision permet à la France de décrocher un poste majeur et de réaliser le vœu de son président de désigner deux femmes au sommet des institutions européennes.

L’inconnue de Strasbourg

Un coup d’œil à la liste dégagée par les Vingt-Huit permet de constater que si un équilibre politique semble avoir été atteint, les pays d’Europe centrale et orientale ne décrochent aucun poste. Ce faisant, le Conseil européen appuie lourdement sur les épaules du Parlement européen pour qu’il choisisse à sa tête un candidat issu d’un pays de l’est. Le nom qui circulait mardi était celui du socialiste bulgare Sergei Stanishev. Le vote se tient ce mercredi à bulletins secrets.

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