chronique

Vous avez des réponses? On a des questions.

Benoît Mathieu

Où il est question de communautarisme, de passoires et de doute. Et de la Pride, aussi, en filigrane.

Certains prient pour y voir le tournant de la campagne. À défaut, cela aura au moins constitué le fait politique de la semaine. Ce fameux tract bruxellois d’Ecolo sur le port du foulard et l’abattage rituel aura fait couler beaucoup de salive et d’encre. Générant un flot d’affirmations et de vérités sûres d’elles-mêmes. De notre côté, le tout a plutôt suscité un solide troupeau d’interrogations. Qu’on vous livre, un peu en vrac.

Qu’est-ce que le communautarisme? Ou plutôt celui qui mérite le débarquement de la cavalerie Ducarme & Frères?

Qu’est-ce, au final, le communautarisme? Ou plutôt, celui qui mérite le juste courroux et le débarquement immédiat de la cavalerie Ducarme & Frères? Doit-on parler de communautarisme lorsqu’un parti s’adresse expressément à une communauté ethnique ou religieuse? Autre que musulmane? Lorsque des élus font la tournée des chapelles, mosquées ou synagogues? Se coiffent d’une kippa? Notre belle laïcité serait-elle à géométrie variable? Au passage, pourquoi personne ne se couvre-t-il jamais d’une passoire?

Et quid d’autres types de communautés? LGBT? Les cyclistes?

Une autre salve. Toutes les formations ne vont-elles pas chercher les électeurs avec les dents? Quitte à se salir, et effectuer du ciblage un peu limite? Parce qu’on ne vient tout de même pas d’inventer le communautarisme électoral à Bruxelles, hein. Certains s’y adonnent depuis des lustres. Et nombreux sont les partis à ne pas forcément tenir le même discours, selon que ce soit Bruxelles ou la Wallonie qui ait la parole.

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Quant à ceux qui n’en font guère, du communautarisme. On est en droit de se demander pourquoi. Parce qu’ils sont droiture et probité? Ou parce qu’ils ne peuvent que fulminer sur un train à bord duquel ils auraient bien voulu embarquer mais a filé sans eux? N’a-t-on pas vu, il y a peu, le MR hurler au loup à la vue d’un tract rédigé en turc? Avant que les internets ne recrachent quelques jolis exemplaires de prose bleue dans le même idiome?

Un peu de politique, à présent. Davantage que ce ciblage malheureux, ne se situe-t-elle pas là, l’erreur d’Ecolo? Passer le plus clair de son temps à clamer que tout est compliqué, mérite de la nuance, pour finir par faire rentrer à la truelle des thématiques ultra-sensibles sur un tract aussi binaire qu’imbécile?

Tant qu’à faire: ne tient-on pas là ce qui unit, en somme, MR et Ecolo? À savoir cette redoutable incapacité à mener campagne sans se prendre les pieds dans le tapis? Cet irrésistible attrait pour la gaffe?

Ne serait-ce d’ailleurs pas le thème du battage écologiste actuel: effrayer puis faire fuir l’électeur bruxellois que les verts avaient chipé au MR à l’occasion des dernières communales? À coup d’impôt sur la fortune, de doutes sur le bien-être animal ou de relativisme vis-à-vis de la laïcité de l’État? Ceci encore: à qui profite le crime? Au MR, peut-être, à force de beugler sur tous les toits. On aurait envie de pointer DéFI aussi, qui se montre plutôt tatillon sur cette question de laïcité.

Beaucoup (trop) de questions? C’est qu’on a tendance à penser que le monde est fait d’une infinité de nuances de gris, plus que de blanc ou de noir. On se permettra même ceci. Si pour chacune de ces questions vous disposez d’une réponse ferme et carrée, peut-être auriez-vous intérêt à essayer le doute. Rien qu’un peu.

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