analyse

À Bruxelles, les communes autour du canal échappent toujours plus au MR

©Belgaimage

Le poids des libéraux devient critique à la Ville de Bruxelles et dans certaines communes du nord et de l’ouest dominées par le PS malgré l’importante progression du PTB. Ville-région dualisée d’un point de vue socio-économique, Bruxelles est aussi fracturée sur le plan électoral.

Ce n’est pas neuf: Bruxelles est une ville-région très dualisée d’un point de vue socio-économique. En regardant la carte des résultats aux élections régionales commune par commune, la fracture saute aux yeux. Bruxelles-Ville et toutes les communes du nord et de l’ouest sont en rouge, le PS étant arrivé en tête. Dans le sud et l’est de Bruxelles, c’est moins monochrome.

©Mediafin

En baisse partout, le MR conserve toutefois la première place dans deux bastions historiques, Uccle et Woluwe-Saint-Pierre, ainsi qu’à Etterbeek. DéFI l’emporte dans les communes où les amarantes détiennent le mayorat, à Woluwe-Saint-Lambert et à Auderghem. Même logique chez Ecolo qui est numéro un à Watermael-Boitsfort, à Ixelles et à Forest. Les Verts détrônent les socialistes à Saint-Gilles, confirmant la percée réalisée aux communales.

"La Région bruxelloise a toujours été très dualisée avec une géographie électorale très marquée entre les communes le long du canal et celles du sud. Avant, c’était une dualité PS et MR et maintenant c’est PS-PTB et MR-Ecolo."
Emilie van Haute
Politologue

Dans le nord de la capitale, le poids des libéraux devient critique. Le MR qui arrivait deuxième à Anderlecht lors du précédent scrutin régional est désormais relégué à la quatrième place, derrière le PS, le PTB et Ecolo. À Molenbeek aussi, les libéraux sont largement dépassés par le parti d’extrême gauche. Même à Koekelberg, où il reste la seconde force politique, le MR s’affaisse lourdement alors que le PS, le PTB et Ecolo affichent tous des scores en augmentation. À la Ville de Bruxelles, qui fut autrefois un fief libéral, la débâcle subie aux élections communales par les bleus se confirme aux régionales avec 12% des suffrages.

"La Région bruxelloise a toujours été très dualisée avec une géographie électorale très marquée entre les communes le long du canal et celles du sud. Avant, c’était une dualité PS et MR et maintenant c’est PS-PTB et MR-Ecolo", constate Emilie van Haute, politologue au Cevipol (ULB). Si au nord, le partage des voix avec le PTB reste favorable au PS qui conserve le lead, ce n’est pas le cas au sud pour le MR, qui subit un réalignement électoral.

"Dépassé par les changements démographiques, le MR est inexistant dans les communes qui regroupent des communautés issues de l’immigration."

"Le MR a été le premier parti à Bruxelles pendant longtemps parce qu’il détenait le sud où il se fait aujourd’hui dépasser par Ecolo à Ixelles, Watermael-Boitsfort, Auderghem… On peut considérer que le sud de Bruxelles se réaligne. Un électorat structurellement attaché à un vote libéral a changé sa préférence politique aux dernières élections communales et maintenant aux régionales."

La politologue estime dès lors que le MR fait face à un double enjeu. "Le réalignement au sud ainsi que la difficulté à s’adresser à un certain électorat et à s’implanter dans les quartiers. Dépassé par les changements démographiques, le MR est inexistant dans les communes qui regroupent des communautés issues de l’immigration. À Saint-Josse, ils ne font que 5%, ce qui est quand même interpellant. Si les libéraux ne parviennent pas à gagner de nouveaux électeurs et que les anciens se détournent, ils ont un problème."

Concernant les difficultés du PS à s’imposer au sud, Emilie van Haute évoque un miroir inversé. "On peut dire que le MR n’intègre pas la diversité bruxelloise sur ses listes, mais le PS fait pareil en n’ayant pas beaucoup de candidats dans le sud de Bruxelles. Fortement implantés le long du canal et dans le nord, les socialistes sont peu présents au sud", ajoute Emilie van Haute.

"Si on tombe dans un certain fatalisme en affirmant qu’on ne sait pas pénétrer dans certains milieux, on participe alors au clivage de la ville."

Pour le président du Parlement bruxellois Charles Picqué (PS), ce phénomène de dualité qui n’est pas nouveau est toutefois confirmé. "Certains pensent qu’il y a une fatalité incontournable dans les communes composées de gens ayant un statut social favorisé et qui, par conséquent, ne seraient pas amenés à voter PS. Mais à l’époque où je réalisais d’importants scores électoraux, j’obtenais des résultats étonnants à Uccle et dans d’autres terres inexplorables", raconte l’ancien ministre-président qui estime que les différentes formations politiques ont une responsabilité en la matière.

"Si un parti n’est pas du tout présent dans certains quartiers, il ne faut pas espérer y faire des voix. Si on tombe dans un certain fatalisme en affirmant qu’on ne sait pas pénétrer certains milieux, on participe alors au clivage de la ville. Il faut éviter d’avoir une ville coupée en zone d’affinités politiques, culturelles, ethniques."

Nouvelle génération au MR

Le Saint-Gillois considère donc qu’il faut que l’offre des partis puisse être présentée partout. "Le PS qui a profité du vote des personnes d’origine étrangère doit veiller à ne pas dépendre du vote communautaire, ce qui pourrait impliquer des concessions de type identitaire. Il faut garder ces électeurs mais rester représentatif de l’ensemble de la Région. Et le MR ne doit pas se confiner aux quartiers qui lui sont sociologiquement favorables. D’autant que les choses bougent dans la communauté étrangère avec, par exemple, le développement d’une classe moyenne turque et marocaine."

"C’était une campagne plus sereine grâce au départ d’Alain Destexhe."

Fraîchement élu au Parlement bruxellois, David Weytsman (MR) dit faire partie d’une nouvelle génération au MR qui a envie de s’ouvrir à tout le monde. "J’ai fait campagne dans le nord de Bruxelles où l’accueil était très chaleureux. C’était une campagne plus sereine grâce au départ d’Alain Destexhe. On a pu se descotcher de cette image blessante de racistes que l’on avait auprès de certaines personnes. Sans tomber dans les excès de communautarisme de certains partis, il faut que l’on s’assure que notre message libéral et urbain puisse être partagé par tous les Bruxellois quelle que soit leur origine. Notre liste était représentative de la diversité, mais un travail de fond et de terrain sera encore nécessaire", admet-il.

Lire également

Publicité
Publicité