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Après 100 jours et un été, la Belgique ne voit pas plus clair

Les informateurs royaux Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ©Photo News

Pas de négociations en vue à une semaine du prochain rapport des informateurs royaux. On spécule sur des élections anticipées. Mais elles ne doivent pas arriver trop vite.

Cela fait cent jours que l’on a voté et, au niveau fédéral, le brouillard dispersé par le résultat des urnes ne semble pas moins épais qu’au lendemain du 26 mai. Cent jours et toujours les deux mêmes informateurs sans que ne pointe à l’horizon le moindre début de négociation. Le petit historique des négociations qui ont suivi les élections législatives depuis 2003 illustre les difficultés récurrentes à faire fonctionner le modèle belge de constitution des majorités.

PS et N-VA, les deux partis les plus importants, ne semblent pas en mesure de s’entendre à court terme.

En 2003, Guy Verhofstadt n’avait mis que quelques semaines à mettre d’accord les partis de son deuxième gouvernement. En 2007, les tensions communautaires avaient fini par remettre en selle le libéral flamand pour faire vivre un gouvernement temporaire de trois mois, le temps que l’équipe d’Yves Leterme soit en mesure de prendre le pouvoir.

Suite à la chute du gouvernement Leterme, les élections de 2010 avaient plongé le pays dans la plus longue crise de son histoire. Mais à l’époque, les partis avaient moins de scrupules à discuter de fond avec les pires de leurs adversaires. PS et Ecolo n’avaient pas rechigné à parler dossier avec la N-VA. En 2014, l’avènement relativement rapide du gouvernement Michel a été facilité par la montée du MR comme seul parti francophone de l’attelage fédéral.$

Aujourd’hui, un sentiment de surplace prédomine. Le nœud du problème de Johan Vande Lanotte et Didier Reynders, informateurs royaux depuis la fin du mois de mai, demeure: PS et N-VA, les deux partis les plus importants, ne semblent pas en mesure de s’entendre à court terme. Les alternatives à une alliance contre nature entre socialistes et nationalistes ne sont guère plus faciles à mettre en œuvre tant elles mettent les autres partis flamands en difficulté.

Effets pervers

Le débat fédéral a tendance à phagocyter les débats régionaux et communautaires.

Bref, le Fédéral semble dans l’impasse, ce qui fait surgir de temps à autre l’idée que, faute d’accord, il faudra se résoudre à retourner aux urnes. La perspective d’élections anticipées vit dans les partis et parfois dans la presse. C’est d’autant plus le cas que le petit monde politique perçoit aujourd’hui plus que jamais les écueils d’une idée qui avait pourtant été largement saluée avant les élections de 2014: regrouper les scrutins. Dans un souci de cohérence, avec pour objectif de constituer plus facilement des majorités miroir aux différents niveaux de pouvoir, les élections européennes, fédérales et régionales ont été couplées.

La formule pose plusieurs problèmes au monde politique. Premièrement, le débat fédéral a tendance à phagocyter les débats régionaux et communautaires. "Les partis risquent beaucoup plus en un seul jour d’élections", ajoute un politique. Et puis les dernières séquences l’ont montré: on assiste à une interconnexion grandissante entre les négociations gouvernementales.

Cet été, Bart De Wever n’a pas hésité à geler la formation du gouvernement flamand faute d’y voir clair au fédéral. Dans le même temps, le MR conditionnait – via l’Open Vld – sa bonne volonté à sa participation au pouvoir à la Région bruxelloise. En 2014, le Fédéral avait déjà été le marchepied de l’Open Vld à la Région flamande.

Vers des élections anticipées?

L’organisation d’élections anticipées peut donc séduire dans les partis politiques. Le problème est de savoir quand. Voter trop tôt risquerait d’accentuer les évolutions constatées le 26 mai, à savoir la montée des extrêmes. "Cela ne résoudrait rien", dit-on. En coulisse, un scénario de plus long terme est parfois évoqué. Des élections anticipées? D’accord, mais pas trop. Une année, voire deux, pourrait permettre aux partis en difficulté de se refaire une santé dans un gouvernement transitoire et de redistribuer les cartes. Mais on en est encore loin. Et puis, pour convoquer une élection, il faut aussi une majorité à la Chambre.

©MEDIAFIN

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