Bruxelles: vers une convergence PS, Ecolo et DéFI

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Souvent évoquée depuis les communales, l’alliance PS-Ecolo-DéFI à la Région bruxelloise est possible arithmétiquement parlant. Et viable sur le plan politique.

Un axe PS-Ecolo avec une touche d’amarante pour former la nouvelle majorité dans la capitale, c’est le scénario le plus évoqué depuis les élections communales d’octobre 2018. Surtout après la décision du bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close (PS) d’ouvrir sa majorité conclue avec les écologistes à DéFI alors que l’arithmétique ne l’imposait pas. Même si les partis concernés ont toujours nié l’existence d’un pré-accord, le PS n’a pour autant jamais fait mystère de sa volonté de constituer des "coalitions progressistes". À l’issue des résultats du scrutin de dimanche, l’éventualité d’une majorité PS-Ecolo-DéFI en Région bruxelloise n’a pas perdu en crédibilité, que du contraire.

Elections 2019 | Quelle coalition pour Bruxelles?

Arrivés légèrement en tête du scrutin malgré une perte de quatre sièges, les socialistes ont la main pour lancer le bal des consultations.

Arrivés légèrement en tête du scrutin malgré une perte de quatre sièges, les socialistes ont la main pour lancer le bal des consultations. Le tour de table de la présidente de la Fédération bruxelloise du PS Laurette Onkelinx et du ministre-président sortant Rudi Vervoort débutera ce mercredi par une rencontre avec Ecolo, désormais seconde force politique de la Région avec une quinzaine de sièges. Il y a beaucoup de chance que ce soit DéFI qui se greffe à terme à cette alliance rouge-verte, nous glisse un socialiste bruxellois. Il s’agirait d’une tripartite confortable avec un total de 42 sièges, éventuellement ramené à 41 si le PS devait se passer du député Emin Özkara, en conflit ouvert avec son parti depuis quelques semaines.

Outre la viabilité mathématique, la tripartite fonctionne également sur le plan politique. Le PS continue d’affirmer qu’il est favorable à des alliances dites progressistes. L’incroyable montée en force du PTB à Bruxelles (10 sièges) peut également être un signal encourageant les socialistes à former une coalition sans la droite. Talonné par Ecolo, le PS pourrait cependant être tenté de faire bloc avec son actuel partenaire de coalition DéFI afin de contrecarrer les ardeurs écologistes dans le cadre de futures négociations.

"À leur place c’est ce que je ferais. Je bétonnerais un maximum de choses avec DéFI afin que les verts rament derrière", analyse un ponte d’Ecolo. Dans ce contexte, les écologistes espèrent que la tête de liste DéFI Bernard Clerfayt clarifiera ses ambitions afin de pouvoir jouer de tout son poids dans les discussions. Alors que Didier Gosuin a laissé passer sans broncher plusieurs dossiers critiques du PS durant la législature écoulée, le bourgmestre de Schaerbeek a la réputation d’être moins accommodant.

Le sort du cdH bruxellois lié à la Wallonie

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La constitution d’un Olivier à Bruxelles n’est même pas évoquée. En raison du faible score du cdH (six sièges), cette coalition serait beaucoup trop courte avec un total de 38 sièges. En revanche, si la participation du cdH s’avérait nécessaire pour une alliance de gauche en Wallonie, on pourrait imaginer que les humanistes rejoignent la majorité PS-Ecolo- DéFI. Cette dernière serait consolidée (48 sièges) et le cdH pourrait par exemple hériter d’un poste exécutif à la Communauté française. Ce qui permettrait au passage de récompenser Céline Fremault qui avait fait preuve de loyauté envers ses partenaires lorsque son président de parti avait débranché la prise en juin 2017. "À ce stade, c’est un scénario qui n’est évoqué qu’en interne du PS", précise un mandataire rouge.

Aux yeux de Céline Fremault, il est prématuré de vouloir savoir si le cdH tentera d’influencer son sort dans la capitale à partir de la Wallonie. "Nous n’essaierons pas d’être au pouvoir à tout prix et par tous les moyens. La perspective de l’opposition n’est pas taboue. Nous sommes sereins et humbles. Un travail de reconstruction doit être opéré à Bruxelles et je le mènerai avec enthousiasme", déclare l’Uccloise.

Les libéraux snobés

Liste Citoyenne | La surprise Agora

C’est David Van Reybrouck avec son livre "Contre les élections" qui aurait inspiré les membres d’Agora à participer aux élections régionales à Bruxelles. En se présentant dans le collège électoral néerlandophone où moins de voix sont nécessaires pour se faire élire, la liste bilingue a décroché un siège.

C’est la tête de liste Pepijn Kennis, 31 ans, qui siégera dans l’hémicycle. Le mouvement Agora ne proposait pas de programme mais plutôt un changement radical de méthode. En effet, l’objectif de ce mouvement citoyen est de créer, en marge du Parlement, une assemblée citoyenne composée de 89 habitants tirés au sort et représentatifs de la population bruxelloise selon des critères d’âge, de genre et de niveau d’éducation.

En tant que député, Pepijn Kennis sera chargé de porter la voix de cette assemblée au sein du Parlement tel un "cheval de Troie". Les membres d’Agora affirment vouloir créer la démocratie du XXIe siècle, délibérative, participative et statistiquement représentative.

Autre majorité confortable sur le plan arithmétique: l’Arc-en-ciel avec 45 sièges. Le duo PS-Ecolo embarquerait alors les libéraux au détriment des amarantes. Une option qui ne semble pas convaincante sur le plan politique à ce stade. Du côté des socialistes, on estime que la base du parti sera contre une telle formule.

Un constat identique est posé par Ecolo où l’on explique que la campagne agressive et mensongère du MR a été très mal vécue par les militants. Même si la fréquentabilité des libéraux bruxellois Françoise Schepmans et Vincent De Wolf n’est pas remise en cause par les verts, ceux-ci pourraient payer le prix de la stratégie de campagne adoptée par leur parti à d’autres niveaux de pouvoir.

Ecolo et PS, pas l’un sans l’autre à ce stade

Si les négociations entre PS et Ecolo devaient tourner au vinaigre, des coalitions excluant l’un ou l’autre pourraient-elles voir le jour? Un attelage PS-MR-DéFI est viable avec un total de 40 sièges. Mais pour l’heure, ce scénario ne fait pas peur aux écologistes. Selon eux, Groen n’accepterait jamais de rejoindre une majorité aussi "contre-intuitive" et de monter sans son pendant francophone.

Groen, premier parti dans le collège électoral néerlandophone, étant indispensable pour contourner la N-VA, les verts estiment ne pas pouvoir être dégagés aussi aisément. À l’inverse, une coalition Ecolo-MR-DéFI, très courte avec 38 sièges, aurait-elle ses chances d’aboutir? Du côté des verts, on y croit peu. "PS et DéFi sont complètement scotchés ensemble, surtout depuis qu’ils ont repêché le fils Maingain à la Ville de Bruxelles." Les socialistes interrogés ne redoutent pas, à ce stade, une trahison de leur partenaire amarante.

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