analyse

Ce qui peut faire décrocher Ecolo en Wallonie

©anthony Dehez

Pour le PS, une bipartite avec le MR fait courir un risque électoral énorme au parti, tandis que le MR semble tenir moins qu’avant au maintien d’Ecolo dans la majorité wallonne. En outre, les élections internes chez les verts et certains dossiers délicats risquent de perturber le jeu francophone.

En ce milieu de semaine, les négociations francophones semblent connaître un léger coup d’accélérateur avec les premières réunions tripartites orchestrées par le formateur-président du PS Elio Di Rupo depuis la trêve estivale. Lundi et mardi, les rencontres furent encore bilatérales sans qu’aucune note de base ou de synthèse ne soit distribuée aux négociateurs des futurs gouvernements wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Sans doute, la discrétion observée par les trois partis invités à se marier – le PS, le MR et Ecolo – y est-elle pour quelque chose dans cette impression de lenteur. Côté wallon, on observe que la Flandre n’est guère plus rapide avec la multitude de groupes de travail mis en place par Jan Jambon, formateur N-VA du futur gouvernement régional. Au PS, on refuse apparemment d’adopter cette technique qui a pour effet de multiplier les participants aux discussions. On veut limiter au maximum les risques de fuites dans la presse et donc, les crispations entre les partenaires qui sont toujours au nombre de trois.

Elio Di Rupo espère accoucher d’un accord avant les Fêtes de Wallonie.

Conserver cette tripartite est un enjeu essentiel, voire vital, pour le tandem Di Rupo-Magnette. L’arithmétique n’a forcément pas changé d’un iota depuis les élections: PS et MR n’ont pas besoin d’Ecolo pour former une majorité en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais le PS, en délicatesse électorale, ne peut se permettre de voir les deux partis de l’alternative de gauche que sont PTB et Ecolo le pilonner durant 5 ans depuis l’opposition régionale.

Au PS, on a assisté à la déliquescence de la social-démocratie dans plusieurs pays européens dont la France, on n’est donc pas loin de la crise existentielle. C’est à travers ce même prisme qu’il faut lire son intransigeance à l’égard de la N-VA au niveau fédéral. Le PS a besoin de tout sauf d’une alliance avec la droite mais le résultat des élections – et le retrait du cdH – a une fâcheuse tendance à l’y contraindre.

Le Fédéral, ce sera d’ailleurs pour après, dit-on au PS. "La balle est dans le camp des informateurs royaux jusque au 9 septembre, etc. etc." Pour l’heure, il s’agit de passer l’obstacle wallon en maintenant le compagnon progressiste Ecolo à bord d’ici la mi-septembre, avec un accord de préférence avant les Fêtes de Wallonie.

Ambiguïté libérale?

Cela n’étonnera pas grand-monde, au MR, on est beaucoup moins accroché à l’idée de travailler avec les verts. Jusqu’au début du mois d’août les libéraux n’ont eu de cesse de préférer publiquement une tripartite. Officiellement, c’est toujours le cas mais en coulisse, il se dit de plus en plus que si Ecolo sautait, ce ne serait pas plus mal. "On ne va pas provoquer de crise mais si Ecolo s’en va, on ne va pas les retenir", dit en substance un cadre MR.

Chez les libéraux, on observe avec attention les élections internes chez Ecolo. Avec l’idée qu’un tandem venant s’opposer à Jean-Marc Nollet pour la coprésidence pourrait durcir sa position au niveau des négociations wallonnes.

Chez les libéraux, on observe avec attention les élections internes chez Ecolo. Avec l’idée qu’un tandem venant s’opposer à Jean-Marc Nollet pour la coprésidence (ce qui est toujours possible d’ici dimanche) pourrait durcir – lisez "gauchiser" – sa position au niveau des négociations wallonnes. Certains vont jusqu’à estimer que ce risque d’interférence explique en partie le rythme peu soutenu de la formation du gouvernement wallon.

À l’évidence, certaines matières sont de nature à bousculer le peuple militant d’Ecolo. Trois dossiers précis sont déjà clairement identifiés comme pierres d’achoppement potentielles: le soutien financier de la Wallonie au Grand Prix de Spa-Francorchamps, la vente d’armes de la FN à l’Arabie saoudite et le développement des aéroports de Liège et Charleroi, clé de voûte du redressement régional. Mais pour l’heure, les discussions se déroulent de la manière la plus constructive du monde.

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