24 heures chrono pour diriger l’Europe

Le nom de Charles Michel revient comme possible futur président du Conseil européen. ©AFP

Les 28 se réunissent ce jeudi soir pour s’accorder sur les nominations aux principaux postes à la tête de l’UE. Les négociations, de plus en plus intenses ces dernières heures, vont se poursuivre, peut-être jusque tard dans la nuit ou seront reportées à la fin du mois de juin. En cas de blocage, l’UE risque une crise institutionnelle.

Les vingt-huit dirigeants européens se réunissent ce jeudi à Bruxelles pour choisir, au cours d’un dîner, les cinq hommes et femmes qui piloteront les institutions clés de l’Union européenne. La Commission, le Conseil, le Parlement, la Banque centrale et la diplomatie. Au fil des législatures, le rituel est sorti de l’ombre pour se muer en processus quasi démocratique. L’Union compte désormais plus de 500 millions d’habitants, une monnaie commune à 19 États. Ses compétences se sont accrues pour couvrir plus de la moitié des lois régissant nos vies.

"L’essentiel se jouera durant les 24 heures précédant le dîner."
une source proche du conseil

Le Président de la Commission, le poste le plus puissant, n’est plus choisi la nuit dans un couloir, derrière un écran de fumée. Le Conseil propose un nom sur lequel le Parlement vote à la majorité de ses 751 députés. Depuis les élections de mai, dirigeants et chefs de parti se parlent.

Les Vingt-Huit doivent tenir compte des rapports de force sortis des urnes et de la coalition en cours de négociations entre les quatre principaux partis (PPE, S&D, libéraux et Verts) et qui pourrait aboutir à une quadripartie ou une tripartite.

Aucune solution n’est en vue. Ces derniers jours, les discussions se sont accélérées. "L’essentiel se jouera durant les 24 heures précédant le dîner", dit une source proche du Conseil européen.

Charles Michel cité à la présidence du Conseil

Plusieurs scénarios circulent, sans qu’aucun ne soit gravé dans le marbre. L’un d’eux voit un démocrate chrétien (PPE), Manfred Weber ou Michel Barnier, prendre la tête de la Commission. Weber étant désormais hors-jeu (voir ci-dessous), reste Barnier. Ou un candidat surprise. La présidence du Parlement ou le poste de Haut représentant reviendrait aux socialistes et aux Verts.

La présidence du Conseil échoirait à un libéral, poussé par le président français Emmanuel Macron.

La présidence du Conseil échoirait à un libéral, poussé par le président français Emmanuel Macron. Et c’est là que le nom de Charles Michel revient dans certains milieux. Emmanuel Macron avait lui-même souligné l’éligibilité du libéral pour un poste européen.

Si le Premier ministre avait fini par exclure dans nos colonnes sa candidature à la présidence de la Commission, il n’a jamais renoncé à celle du Conseil. "La porte n’est pas fermée", nous avait confié un proche du 16, rue de la Loi. L’hypothèse est à prendre avec des pincettes. Mais elle n’est pas inimaginable. Sachant que le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) suit une voie tracée jusqu’à la présidence du Conseil de l’Europe, il est piquant d’imaginer qu’une partie du destin de l’Europe se jouerait au siège du MR, avenue de la Toison d’Or.

Entre Paris et Berlin

©Photo News

Quant à savoir qui aura le dernier mot, personne n’est dupe. Si tout le monde est consulté, rien ne se décidera, à la dernière seconde, sans Paris et Berlin.

"Cela se passe plutôt entre le Président de la République française et la Chancelière allemande", confie un diplomate français. Or, ces deux-là sont en désaccord. Angela Merkel veut imposer son dauphin, Manfred Weber, à la présidence de la Commission, selon la procédure du "spitzenkandidat". Mais cette méthode inventée en 2014 pour élire Jean-Claude Juncker reste inconnue de la majorité des Européens. Emmanuel Macron ne veut pas de cette procédure, ni de Weber. Il lui préfère la candidate libérale Margrethe Vestager ou Michel Barnier (PPE).

"Le président Macron sera là dans la matinée pour voir plusieurs dirigeants", dont Angela Merkel et Charles Michel.

Une chose est sûre. Le Président français a l’intention de prendre les commandes. Dès jeudi aux petites heures, il multipliera les rencontres à Bruxelles. "Le président Macron sera là dans la matinée pour voir plusieurs dirigeants", dont Angela Merkel et Charles Michel.

Le président du Conseil Donald Tusk, à qui a été confiée la mission de trouver un accord sur les cinq noms, a prévu une porte de sortie. Si les Vingt-Huit échouent jeudi soir, ils se reverront lors d’un sommet extraordinaire, le 30 juin ou le 1er juillet, à la veille de la première session du Parlement. Si aucune solution n’est trouvée d’ici là, l’Europe s’achemine vers une crise.

La fin des espoirs de Manfred Weber

Les chefs des groupes socialiste (S&D) et centriste-libéral (Renew Europe) au Parlement européen ont annoncé au prétendant du PPE, l'Allemand Manfred Weber, qu'ils ne soutiendraient pas sa candidature en cas de vote. C'est donc la fin de ses espoirs de présider la Commission européenne, ont indiqué plusieurs sources chez les libéraux, les Verts et au PPE.

Cette décision signe aussi la fin du système des prétendants à la présidence de la Commission choisis par les groupes politiques ("Spitzenkandidaten", selon le jargon européen). Il était refusé par le président français Emmanuel Macron, par le groupe ALDE de Guy Verhofstadt (devenu Renew Europe), ainsi que par de nombreux autres dirigeants de l'UE, car il plaçait la Commission européenne sous le contrôle du Parlement

Les deux autres prétendants, le Néerlandais Frans Timmermans pour les socialistes et la Danoise Margrethe Vestager pour les libéraux, ne parviendront pas non plus à trouver une majorité au Parlement sans le soutien du PPE, premier parti de l'hémicycle, selon plusieurs sources européennes.

Le candidat qui succèdera le 1er novembre au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker devra obtenir le soutien de 21 des 28 dirigeants européens et rallier une majorité d'au moins 376 voix au Parlement. Le PPE, premier groupe au Parlement, revendique la présidence de la Commission européenne, et cette exigence n'est pas contestée, mais il faudra un autre candidat que Manfred Weber. 

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