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Comment ont évolué les partis francophones en 30 ans?

Le député PS Ahmed Laaouej en discussion avec les députés PTB Raoul Hedebouw et Marco Van Hees. ©Photo News

Quels sont les résultats pour chacun des partis francophones au lendemain de ce 26 mai? Et comment ont-ils évolué au fil du temps? Nous avons décortiqué pour vous les scores de chacun d'entre eux. Analyse.

Tous les partis n’ont pas affiché la mine réjouie des grands gagnants au soir du 26 mai. Le score du Vlaams Belang en Flandre a pesé sur l’ambiance, et contrairement à d’autres soirées électorales, on était loin d’avoir l’impression d’être face à un remake de l’Ecole des fans, où tout le monde a gagné. Et pour cause, à part le PTB, le Vlaams Belang, et dans une moindre mesure les Verts, tout le monde a perdu.

PS: 1er mais perdant

Dimanche soir, le président du PS Elio Di Rupo n’avait qu’un mot à la bouche pour commenter le score de son parti: "un signal clair de l’électeur", maintenant les socialistes comme "la première force politique du côté francophone".

Ce n’est pas faux. Et en cela, le PS a gagné son enjeu: garder la main dans les négociations pour la formation des gouvernements. Dès la fin de la semaine, il convoquera les autres partis démocratique afin d’entamer les négociations pour former des majorités en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles, et à Bruxelles.

Il y a deux manières d’analyser le score des socialistes: voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein.

Mais il y a bel et bien deux manières d’analyser le score des socialistes: voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein. Le verre à moitié plein, on vient de l’évoquer. Ajoutons à cela que les socialistes capitalisent dans leur camp les deux meilleurs scores en termes de voix de préférence: le grand champion reste le président des socialistes, Elio Di Rupo, qui a raflé 125.009 voix francophones, ainsi que Frédéric Daerden qui fait le second score avec 54.898 voix de préférence.

Mais le verre à moitié vide, le plus criant sur le plan historique, c’est le fait que le PS affiche son score le plus bas depuis près de 30 ans. Si les socialistes restent le premier parti francophone, ils sont en recul. Ils n’ont capté que 26,2% des voix en Wallonie, 18,7% à Bruxelles (en 1999, ils avaient néanmoins fait pire à la région avec 16%). On est loin de l’époque où les socialistes scoraient à près de 40% (39,2% en 1991, 37,6% en 2010). Comparé au dernier scrutin, les socialistes perdent 3 sièges au Fédéral, 3 à Bruxelles et 7 en Wallonie.

MR: la sanction

On peut tourner les choses comme on veut, afficher un optimisme béa, pratiquer la méthode Coué jusqu’à en torturer les chiffres – ce qu’a fait le Premier ministre sortant Charles Michel dimanche soir en annonçant (à raison) les bleus comme étant la deuxième famille politique francophone – le MR est bel et bien à classer dans le camp des grands perdants de ces élections fédérales et régionales.

Sur le plan historique, la courbe du parti est moins chahutée que celle des socialistes ou des Verts, et ne s’effondre pas comme au cdH.

En Wallonie, la majorité qu’ils avaient mis en place avec le cdH s’effondre. Elle est impossible à reconduire. Au Fédéral – sous l’influence des scores de ses partenaires nordistes – c’est pareil. Si la casse est, il est vrai, limitée à Bruxelles (-2 sièges), les libéraux sont sanctionnés davantage au Fédéral (-6 sièges) et en Wallonie (-4 sièges).

Sur le plan historique aussi, la courbe du parti est moins chahutée que celle des socialistes ou des Verts, et ne s’effondre pas comme au cdH. Comparé à 1991, le MR fait même légèrement mieux. Mais il accuse 10% de moins qu’au pic de sa forme, en 2007. Depuis les bleus ont connu des résultats en yoyo, avec la belle remontée de 2014 qui les aura emmenés au pouvoir au Fédéral avec la N-VA. Avant la descente…

cdH: le chemin de croix

10%
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10%, c’est moins de la moitié de l’électorat du cdH d’il y a près de 30 ans.

Le cdH avait pour mission de faire mentir les sondages et stopper sa descente vertigineuse. Le premier enjeu est gagné (si l’on peut dire). Le cdH ne disparaîtra pas du paysage politique, il reste au-dessus de la barre des 10%. Juste au-dessus. Le pire est évité, mais le parti de Maxime Prévot joue aujourd’hui les petits poucets dans le paysage politique wallon. Le président des humanistes a d’ailleurs joué profil bas au soir des élections. Mais il ne faut pas s’y tromper: il pourrait bien être le pivot indispensable pour la formation des coalitions.

Ces 10%, c’est aussi moins de la moitié de l’électorat du cdH d’il y a près de 30 ans. C’est aussi le plus petit score des humanistes sur la même période. Comparé aux élections de 2014, c’est aussi une perte de 5% de leur électorat. Sur la part de marché qu’ils détenaient, c’est beaucoup…

Ecolo: la (mini) vague verte

Les Verts sont adeptes des vagues… et des ressacs. Il n’y a qu’à voir la courbe d’évolution depuis 1991. Ca monte, ça descend, ça fait des montagnes russes à en donner la nausée. Demandez aux Verts il y a cinq ans, leur chute sous les 10% des suffrages à la région wallonne, bruxelloise, et à la Chambre les a rendu malades.

Les Verts font partie des grands victorieux de cette élection.

Aujourd’hui, ca va mieux, nettement mieux. En attestent les différents scores: 21,6% à Bruxelles, près de 15% en région wallonne, la vague verte est au sommet. Ou presque… Les écologistes n’ont pas réédité leur record de 1996 (22,5% à la Chambre). Ils n’ont pas donné raison aux sondages qui les annonçaient premier parti à Bruxelles et deuxième en Wallonie. C’est raté, de justesse le PS leur rafle la première place à Bruxelles et le MR leur chipe la seconde en Wallonie.

Reste que les Verts font partie des grands victorieux de cette élection: ils explosent leur nombre de sièges à tous les niveaux de pouvoirs: +9 en Wallonie, +12 à Bruxelles, +7 au Fédéral. C’est ce qu’on peut appeler un carton plein.

DéFI: du mieux qu'il peut

DéFI reste une formation pivot pour la formation d’un gouvernement bruxellois.

Le parti amarante d’Olivier Maingain aurait espéré mieux. Son enjeu était triple: limiter la casse, se positionner comme "celui avec lequel il faudra compter" à Bruxelles et percer en Wallonie. Les deux premiers enjeux sont remplis: DéFI garde ses deux sièges à la Chambre, limite la casse à Bruxelles (il perd quand même 2 sièges sur les 12 dont il disposait) et reste donc une formation pivot pour la formation d’un gouvernement bruxellois.

Mais pour le reste, on peut parler d’échec. Il recule de 2,3% à Bruxelles comparé à 2014 et reste "anecdotique" au Fédéral (même s'il y a presque… doublé son score à la chambre, avec 4,1% des voix contre 2,4% en 2014) .

PTB: la grande envolée

S’il y a bien un parti, au sud du pays, qui peut lever haut les bras au ciel et crier victoire, c’est le PTB. Certes, les militants d’extrême-gauche ne verront pas leur parti monter au pouvoir. Mais ce n’était pas l’ambition de Raoul Hedebouw, dont la seule volonté est de peser de plus en plus lourd dans le débat démocratique et faire pression sur le pouvoir en place.

L'explosion du PTB aujourd’hui se veut comme un réel coup de pied dans la fourmilière des partis traditionnels.

La pari est gagné, et même au-delà des espérances. Le PTB a fait mentir les sondages qui le voyaient en recul à 9,2%. Il a triplé son score par rapport à 2014, que ce soit à la région wallonne ou au Fédéral. Il affiche aujourd’hui un joli 13,8%, frôlant les Verts et damnant le pion au cdH. Quant à son évolution historique, n’en parlons pas: il y a 30 ans, l’extrême-gauche était quasi anecdotique (il scorait à 0,5%), reléguée au rayon des tout petits partis qui captent l’électorat protestataire.

L’envolée de l’extrême-gauche est toute récente. Elle s’est amorcée en 2014, et l’explosion du parti aujourd’hui se veut comme un réel coup de pied dans la fourmilière des partis traditionnels.

A droite de la droite

Du côté de l’ultra droite francophone, deux partis se disputaient les électeurs. D’un côté, le PP de l’avocat Mischaël Modrikamen, qui avait déjà réalisé un score proche du seuil électoral en 2014 (4,9% en Wallonie, 4,5% à La Chambre) et disposait d’un élu au Fédéral. De l’autre, les Listes Destexhe, fondées par l’ex-sénateur MR Alain Destexhe.

A Bruxelles, les deux partis rivaux avaient même décidé de faire un groupe commun histoire d’espérer franchir le seuil électoral des 5%, ce que leur promettaient les derniers sondages. Pour l’un comme pour l’autre, c‘est l’échec. Le PP a contre-performé comparé à 2014, réalisant 3,2% à la Chambre et 3,7% en Wallonie. Il peut dire adieu à son siège au parlement. Alain Destexhe, lui, jette l’éponge. Il a annoncé renoncer à la présidence de son parti et propose d’en changer le nom.

©MEDIAFIN

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