analyse

Démissions des présidents de parti, symbole d'obsolescence politique?

©Photo News

Après Wouter Beke (CD&V), John Crombez (sp.a) a lui aussi présenté sa démission refusée par son parti. Le signe d’une crise existentielle pour les formations du nord du pays? Tout dépend de laquelle. Elle tient plus au sens qu’à un leadership défini.

Il n’y a pas que le cdH qui souffre à la suite du triple scrutin du 26 mai dernier. Et doit se réinventer – ce qu’il fera depuis les rangs de l’opposition. Au nord, les partis traditionnels aussi commencent à accuser le coup. Les têtes menacent de tomber.

"Aujourd’hui, l’on constate un contexte général d’obsolescence politique et, en conséquence, un turnover plus important du leadership dans les partis."
Nicolas Baygert
Chercheur

Après l’annonce de l’intention, il y a une petite quinzaine de jours, de Wouter Beke de quitter la tête du CD&V, refusée par plusieurs ténors du parti dont la ministre flamande Hilde Crevits et la commissaire européenne Marianne Thyssen, c’était au tour de John Crombez (sp.a) de présenter, en début de semaine, une démission (pour raison de cumul impossible) refusée unanimement par les instances du parti – malgré les critiques vives de l’ancien homme fort, Bruno Tobback. L’intéressé devrait donc rester en poste jusqu’à la nomination d’un nouveau président, qui devrait se décider lors d’élections à l’automne. Fort des résultats de l’Open Vld, l’on pourrait même poser la question de la continuité pour Gwendolyn Rutten, occupant la tête des libéraux flamands.

Mais qu’importe, se pose in fine une question de fond: quel est le phénomène qui frappe les formations historiques du nord du pays?

55.678
Avec 55.678 voix à la Chambre, John Crombez (sp.a) se classe septième dans le royaume. Ce qui ne l’empêche d’être critiqué au sein de son parti, mais aussi soutenu… jusqu’à la formation d’un gouvernement.

"Aujourd’hui, l’on constate un contexte général d’obsolescence politique et, en conséquence, un turnover plus important du leadership dans les partis", lance Nicolas Baygert, chercheur et professeur en communication politique à l’ULB et à l’Ihecs. En bref, après l’échec, l’électeur zappe. Ce qui touche en particulier "les partis traditionnels, faits pour occuper le pouvoir, évoque Vincent Laborderie, politologue à l’Université catholique de Louvain, qui se préoccupent plus de gestion et d’alliances que de la campagne, ce qui a laissé le champ libre au Belang par exemple. Ils ont perdu de vue au fil du temps d’avoir une ligne et un programme clairs du fait de ne plus être dans l’opposition".

Pour autant, il ne faudrait pas voir de remise en question des hommes et des femmes politiques en Flandre. "Il n’y a pas de crise de leadership, malgré son affaiblissement", martèle Carl Devos, politologue à l’université de Gand, du moins ici, car "la stabilité est demandée à court terme pour permettre les formations de gouvernements".

Crise de sens

Non, le problème est plus profond et tient non pas à une "crise interne propre à l’organisation partisane mais à une crise de sens" qui touche particulièrement la social-démocratie, selon Nicolas Baygert. Pour ne citer que John Crombez par exemple, face à l’importance de certains sujets au nord du pays, l’homme a quelque peu dévié de la ligne du sp.a, estimant en janvier qu’une baisse de la migration en Europe était nécessaire, de même qu’évoquant l’idée d’interdire à certains parents (toxicomanes) d’avoir des enfants.

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"En fait, on est aujourd’hui, au niveau européen, face à une sorte de parti zombie du côté de la social-démocratie. Prenez l’exemple de la France. Le PS se nourrit du cerveau de Raphaël Glucksmann, qui sert de caution intello-médiatique d’une offre politique mort-vivant." Pour autant, les sociaux-démocrates sont absents du débat sur plusieurs sujets.

Côté démocrates-chrétiens, Nicolas Baygert dit moins s’en faire pour le CD&V qui a pour sa part conservé sa dominante spirituelle, marqueur clair pour l’électeur, à la différence du cdH "qui s’est lui vidé d’une doxa confessionnelle qui, jusqu’ici, structurait ses idées militantes". Pour autant, les deux partis conservent un problème d’image centriste sur leur "difficulté à trancher", tacle Vincent Laborderie.

À la différence de l’Open Vld qui est parvenu, lui à développer une voie claire, incarnée par de nombreux visages au niveau local.

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