analyse

Depuis la Flandre, Bart De Wever tend la main aux socialistes

©BELGA

La note rédigée par le patron de la N-VA à l’attention des autres partis flamands comprend un passage sur la baisse de la TVA sur l’électricité. Un tabou, jusqu’ici, pour la N-VA. Et donc un signe de bonne volonté à l’adresse du sp.a.

C’est ce qui s’appelle changer d’avis. Dans la note politique qu’il aurait soumise aux différents partis flamands – visuellement, rapporte la petite histoire, afin qu’aucune version écrite ne circule et ne s’ébruite –, le grand patron de la Flandre plaide en faveur d’une baisse du taux de TVA sur l’électricité, alors que jusqu’ici, la N-VA s’y était toujours opposée.

600
millions d'euros
Faire passer le taux applicable à l’électricité de 21% à 6% représente une chute de quelque 600 millions d'euros des recettes TVA.

Est-ce à dire que la machine politique se remet en marche, au nord du pays? Et que Bart De Wever, qui dispose de la plupart des atouts dans son jeu, a relancé le processus de formation du gouvernement flamand, après l’avoir mis sur pause, le temps que le brouillard fédéral se dissipe un peu? Pas exactement: même si la N-VA se refuse à tout commentaire, il se dit que la fameuse note n’aurait guère évolué ces dernières semaines. Et que la nouveauté tient dans le fait que De Morgen et Het Laatste Nieuws ont rapporté jeudi qu’elle contenait un revirement nationaliste en matière de TVA.

La parenthèse de la TVA à 6%

Un bref retour en arrière s’impose. En 2013, aux prises avec la compétitivité de la Belgique, le gouvernement Di Rupo fait valser de 21% à 6% la TVA sur l’électricité. Une mesure temporaire et qui, sous couvert officiel de pouvoir d’achat, permet surtout de retarder l’indexation automatique des salaires, offrant une bouffée d’oxygène aux entreprises. En 2015, à l’heure d’évaluer l’impact de la chose, c’est Michel aux commandes. Qui, ni une ni deux, fait repasser le taux de TVA à 21%. Fin de la parenthèse à 6%. Dans les faits, mais pas dans la tête de la gauche qui en a fait l’une de ses rengaines récurrentes. Et un des thèmes de la campagne de 2019.

Afin d’éviter un scénario de blocage entre niveaux de pouvoir, Bart De Wever s’inscrit dans une logique de symétrie.
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

Pour le reste, l’affaire est à la fois économique et politique – et complexe dans un cas comme dans l’autre. Repasser à 6% reviendrait à se priver, à la grosse louche, de 600 millions d’euros en provenance de la TVA – 572 millions pour le Bureau du plan, 630 millions pour l’économiste Philippe Defeyt. Coût qui serait partiellement compensé par le recul qu’afficheraient d’autres dépenses de l’État, salaires et prestations sociales en tête.

Si les finances publiques y perdent tout de même, les particuliers seraient-ils les grands gagnants de l’affaire? Perdu. Ils ne le seraient qu’indirectement, note le Plan, par le biais de la hausse de l’emploi et de l’activité économique. Parce que l’éventuel gain qu’ils pourraient en tirer à court terme se verrait vite effacé par une indexation retardée. "Il s’agirait avant tout d’un transfert budgétaire en faveur des employeurs", a déjà ramassé par le passé l’économiste Étienne de Callataÿ. Ce qui n’empêche toujours pas les partis de gauche de mener ce combat sous la bannière du pouvoir d’achat.

Un double message politique

Politiquement, les apparences pourraient bien s’avérer, elles aussi, trompeuses. Il est peu probable que les nationalistes flamands aient réellement revu leur position en la matière; que ce soit dans l’opposition sous Di Rupo ou aux affaires sous Michel, la N-VA s’est toujours opposée à cette baisse de TVA. Simplement, il s’agit d’envoyer un message politique.

Aux électeurs, peut-être, s’agissant de soigner davantage son visage social, le parti ayant perdu pas mal d’électeurs au profit du Vlaams Belang, la formation d’extrême droite ayant promis monts et merveilles sur le plan social.

 

Aux socialistes, certainement, le sp.a ayant fait de la TVA électrique un élément de rupture, comme on dit, pour une participation gouvernementale. "Et sans doute au PS aussi", glisse le politologue Dave Sinardet (VUB). C’est que la reconduction de la majorité flamande sortante, mariant N-VA, CD&V et Open Vld, ne coule pas de source. "Afin d’éviter un scénario de blocage entre niveaux de pouvoir, Bart De Wever s’inscrit dans une logique de symétrie." Puisque l’échelon fédéral risque de marier socialistes et nationalistes, et que N-VA et sp.a sont déjà liés au sein de la coalition dite "bourguignonne", à Anvers, pourquoi ne pas, dès lors, envisager pareille alliance en Flandre, et troquer le CD&V pour le sp.a? "D’autant plus que de nombreux dossiers de mobilité importants pour Anvers doivent être tranchés en Flandre."

Au risque de fâcher l’Open Vld? Pas certain, puisque les libéraux ont déjà avalé cette pilule sous Di Rupo. Et que celle-ci pourrait passer sans trop de difficultés, au vu de son impact positif sur la compétitivité.

La facture au Fédéral

Et puis, notons la prudence de Bart De Wever qui propose une petite partie de lobbying depuis la Flandre, afin d’inciter le Fédéral à agir sur la TVA, et à prendre la facture à sa charge. S’il n’était question que de baisser le prix de la facture, la Flandre disposait, elle aussi, de quelques leviers.

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