interview

"Deux tiers des partis francophones agressent la classe moyenne" (Didier Reynders)

©Siska Vandecasteele

À une semaine des élections, Didier Reynders se réjouit de voir que la campagne est enfin entrée dans le vif du sujet. "On commence seulement à obtenir un peu de précisions sur ce que chacun veut concrètement."

Ce qui étonne Didier Reynders, c’est que "deux tiers des formations politiques à Bruxelles et en Wallonie présentent des mesures agressives à l’égard des entreprises et de la classe moyenne (...) On s’en prend au pouvoir d’achat de la classe moyenne à travers l’épargne et le cadastre des fortunes. Ce cadastre est en réalité le cadastre de tous les Belges, puisqu’on inclut les bibliothèques et les caves à vin. Pourquoi pas, tant qu’on y est, aller voir dans les chambres à coucher? C’est toujours la même chose: on attaque les gens qui travaillent." Autre exemple avec la globalisation des revenus. "Lorsque je fais remarquer que c’est toute la classe moyenne qui est visée, on me répond qu’on pourrait éventuellement soustraire l’immobilier ou les comptes épargne. Il faudrait savoir: soit c’est global, soit ce ne l’est pas."

L’ancien ministre des Finances fait remarquer qu’on est déjà taxé à 50% à partir de 40.000 euros de revenus bruts par an. "Et on voudrait désormais y inclure la taxation des loyers et les revenus de l’épargne? Voyez DéFI qui passe de 4 à 6 tranches de taxation, mais dont la plus élevée commencerait à 35.000 euros bruts par an. Cela signifie taxer à 50% des gens qui gagnent moins de 2.000 euros nets par mois. Je n’imagine pas une seconde tenir un tel discours en Flandre…"

Pour le MR, les priorités n’ont pas changé: emploi et pouvoir d’achat. Au niveau de l’emploi, le parti promet 50.000 emplois par an. Pour ce faire, il mise sur une extension de l’exonération de charges sur le premier emploi. L’idée est d’étendre cette exonération aux trois premiers emplois. Pour ce qui est du pouvoir d’achat, l’intention est de relever la quotité exemptée d’impôt à 13.500 euros. Le Bureau du Plan a chiffré le coût de cette dernière mesure à 8 milliards d’euros. "Comme c’est sur 5 ans, cela fait 1,5 milliard d’euros par an, soit 0,3% à 0,4% du PIB. C’est tout à fait gérable", assure-t-il.

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Appel du pied au cdH

Pour l’après-26 mai, le MR entend se positionner comme meneur de jeu. "En Flandre, deux tiers des formations politiques vont du centre droit à l’extrême droite. En Wallonie et à Bruxelles au contraire, deux tiers des formations politiques vont du centre gauche à l’extrême gauche. Le MR, lui, se retrouve en quelque sorte au milieu de l’échiquier."

"Voyez DéFI qui passe de 4 à 6 tranches de taxation, mais dont la plus élevée commencerait à 35.000 euros bruts par an. Cela signifie taxer à 50% des gens qui gagnent moins de 2.000 euros nets par mois. Je n’imagine pas une seconde tenir un tel discours en Flandre…"

Didier Reynders abat une première carte: il souhaite poursuivre avec un gouvernement de centre droit "pour soutenir les entreprises, créer de l’emploi et soutenir le pouvoir d’achat". "Or ces objectifs se retrouvent principalement dans les programmes des partis flamands. Nous sommes le seul parti francophone à tenir ce discours. Les autres partis francophones sont dans le registre de la pénalisation et de la sanction, sauf peut-être une certaine frange du cdH", observe-t-il.

Il abat ainsi une deuxième carte: embarquer le cdH au fédéral. Dans une interview, hier pour Het Laatste Nieuws, le président du cdH Maxime Prévot a mis son veto à Jan Jambon (N-VA) comme Premier ministre. Ce que Didier Reynders interprète comme suit: "J’ai compris que Maxime Prévot est prêt à gouverner avec la N-VA, il ne veut juste pas de Jan Jambon comme Premier ministre. J’ai assez d’expérience en politique pour savoir comment interpréter ce genre de déclaration. C’est un gros progrès dans le chef du cdH."

Reynders ne veut du reste pas non plus de Jambon au 16. "C’est mieux d’avoir un MR", lance-t-il, de façon presque sérieuse.

Encore faudra-t-il recoller les morceaux avec la N-VA, avec qui des mots très durs ont été échangés ces derniers mois. Pour Didier Reynders, ce n’est pas insurmontable, mais à une condition – et il abat une troisième carte: "Si on veut poursuivre les réformes socio-économiques entamées, il faudra laisser le communautaire de côté. Pas de nouvelle aventure institutionnelle. Je constate que le cdH est prêt à s’inscrire dans une telle logique."

En vingt ans de carrière ministérielle, Didier Reynders considère le gouvernement Michel comme "le meilleur en termes de contenu même si la communication était parfois problématique".

Contenir Ecolo

Mais pour rééditer une telle configuration, il faudra contenir la poussée écologiste. C’est pourquoi Didier Reynders réserve la grosse artillerie à Ecolo.

Il commence par enfoncer un coin dans le camp des Verts qui se veulent "le plus grand groupe parlementaire", alors qu’il y a des "différences notables" entre Ecolo "qui a mis un veto à l’égard de la N-VA" et Groen "qui est en coalition avec la N-VA à Ostende, à Hasselt et à Sint-Niklaas, par exemple".

©Siska Vandecasteele

Reynders conserve d’ailleurs un souvenir mitigé de sa collaboration avec Ecolo. "En 1993, les verts ont monnayé leur soutien à la réforme de l’État contre l’approbation des écotaxes qui se sont traduites par des hausses de prix pour plein de produits de première nécessité. Ensuite, on a eu Jean-Marc Nollet et les panneaux photovoltaïques."

Sur le fond, il regrette le flou entretenu par Ecolo. "Jusqu’ici, on a eu droit à des grands discours sans s’engager. Au lieu de cela, on va marcher avec des jeunes qui n’étaient pas nés lorsque les dirigeants actuels d’Ecolo étaient déjà ministres. Sur la nécessité d’une nouvelle ligne de métro nord à Bruxelles, j’ai essayé de percer les intentions de M. Gilkinet à la radio et de Mme Khattabi à la télévision, sans succès jusqu’ici."

"Je suis fier d’être en phase avec les populations urbaines tout en respectant nos valeurs."

Le tract distribué sur le marché de Laeken ne fait qu’accentuer ce sentiment d’ambiguïté. "J’observe qu’Ecolo ne s’est pas distancié du contenu du tract. Ils ont juste dit qu’ils n’auraient pas dû le distribuer. À Uccle, à Rhode et dans le Brabant wallon, je n’ai pas vu ce tract. Donc chez Ecolo, on véhicule un certain type de message pour le nord de Bruxelles et un autre type de message ailleurs. Ecolo est favorable à l’abattage sans étourdissement. Or je pensais que le bien-être animal était dans l’ADN des écologistes. J’espère que les jeunes ne vont pas voter comme des moutons et suivre Ecolo sur tous les sujets, car cela risque de mal se terminer."

Le MR n’a-t-il au contraire pas été trop frileux sur ces questions, ce qui expliquerait en partie la contre-performance aux communales? Non, rétorque Reynders: "Je suis fier d’être en phase avec les populations urbaines tout en respectant nos valeurs. J’ai toujours dénoncé le communautarisme, j’ai eu de nombreux débats avec Philippe Moureaux sur cette question. Je comprends fort bien que quelqu’un qui a eu une éducation musulmane ait des problèmes avec la façon dont nous voulons faire évoluer l’intégration. Mais nous devons faire respecter un minimum de valeurs communes."

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