analyse

Diminuer ou assouplir le temps de travail? La position des partis

©BELGA

Voilà le cdH qui, à son tour, apporte sa contribution au débat autour du temps de travail. Il n’est pas question de réduction collective du temps de travail, que portent DéFI, Ecolo, PS et PTB, mais bien de "temps choisi". Un concept finalement pas si éloigné du "travail libéré" prôné par le MR. L’occasion de récapituler qui veut quoi en la matière. Attention, positions contrastées.

Même si, pour l’heure, le climat domine largement la campagne électorale, partageant tout de même la vedette avec le pouvoir d’achat, il y a fort à parier que l’organisation du travail parvienne à faire son trou parmi les thèmes majeurs d’ici le 26 mai prochain.

En la matière, la star incontestable et celle qui, pour ne rien gâcher, divise le plus, c’est la réduction collective du temps de travail, déjà portée, sous une forme ou l’autre, par DéFI, Ecolo, le PS et le PTB. Et honnie, en retour, par le cdH, le MR et le PP. Qu’importe: les deux premiers n’entend pas délaisser ce terrain. Après le MR qui vantait, il y a peu, son "travail libéré", voici le cdH qui lance son "temps choisi". Afin d’y voir clair, nous avons fait la tournée des partis francophones. Voici ce qu’il en ressort.

Pour les employeurs

Il ne faudrait pas l’oublier. Flexibilité et organisation du temps de travail ne concernent pas que les employés; ce serait oublier l’autre versant, fait des outils à disposition des entreprises – en guise de rappel, on vous invite à parcourir le résumé, ci-contre, des réalisations de Michel en la matière.

Une thématique que l’on retrouve pourtant fort peu dans les promesses programmatiques des partis à l’approche des élections – il faut croire que chuchoter à l’oreille des travailleurs est plus porteur. Côté francophone, seul le MR porte ce dossier – du moins dans l’état d’avancement actuel des programmes. Les libéraux prônent ainsi l’extension à d’autres secteurs du système des flexi-jobs et davantage de souplesse pour le travail de nuit dans le secteur du commerce électronique, mais aussi en faveur des heures supplémentaires.

"Les travailleurs ne se substituent pas les uns aux autres!"
Antoine De Borman
Directeur du centre d’étude du cdH

Pour les employés

RCTT. Réduction collective du temps de travail. Voilà le marqueur qui divise l’espace francophone. Il y a, d’un côté, ceux qui l’abhorrent, la dépeignant comme un fléau. "Voir l’économie et l’emploi comme gâteau à taille fixe qu’il faut partager est un non-sens", balaie-t-on au PP. "Une même mesure planificatrice ne peut répondre aux particularités de chaque entreprise et de chaque employé, assure le cdH. D’autant plus que les travailleurs ne se substituent pas les uns aux autres." Sans parler du coût du travail. "Qui bondirait de 20% en cas de semaine de quatre jours", frissonne le MR.

Si le PP se focalise essentiellement sur le coût du travail, cdH et MR ont développé chacun un arsenal de propositions, qui se rejoignent en de nombreux points, qu’il s’agisse de "libérer" le travail ou de le "choisir". Incitants en faveur des horaires flottants et du télétravail, modularité de la semaine de travail pouvant être compacté en quatre journées plus denses, prévention du burn-out: bleus et oranges privilégient le sur-mesure et une forme de flexibilité à la carte.

Ce qui n’empêche pas l’un et l’autre de venir avec des accents spécifiques – qui pourraient toutefois plaire à l’autre. Au cdH, on pousse les heures supplémentaires récupérables durant les congés scolaires, des solutions structurelles pour la garde d’enfants malades ou encore un congé "grand-parental". Chez les libéraux, place au droit à la déconnexion, à une fiscalité adoucie sur les investissements en faveur du "bien-être" des travailleurs (salle de sport, conciergerie, crèche en entreprise, chèques services ou intervention dans les frais de garde et de stage des enfants).

En face, et plus à gauche, on l’a dit: la RCTT est brandie. Assortie systématiquement du maintien du salaire et d’une embauche compensatoire. Voilà pour le tronc commun.

Au PTB, la RCTT est vêtue d’une norme de 30 heures par semaine. Même s’il est question d’y arriver par étapes, en commençant par les secteurs les plus aptes à s’y lancer, comme le public ou la santé. Après quoi, il serait question de se livrer à un test grandeur nature, fort de mille entreprises candidates et "soutenues par un coaching intensif, et pourquoi pas des subsides".

Au PS, il est question de 32 heures, auxquelles on accède par paliers, par le biais de la concertation et en s’adaptant aux besoins des secteurs. Côté financement, les entreprises embauchant bénéficieraient d’une réduction de cotisations et toucheraient les allocations de chômage éventuelles des nouveaux engagés, ne devant au final assumer que la différence avec le salaire versé. Contrôle oblige: les heures supplémentaires seraient regardées de plus près, afin qu’elles ne servent pas à contourner le dispositif.

Chez DéFI et Ecolo, l’idée est similaire, mais sans doute un brin moins contraignante, cette baisse à 32 heures hebdomadaires ne s’effectuant que "sur base volontaire". Spécificité de DéFI? L’accent devrait être principalement mis sur les travailleurs moins qualifiés, qui seraient encouragés à consacrer la journée ainsi libérée à se former.

Bien sûr, il n’y en a pas que pour le temps de travail, même si celui-ci trône au centre des préoccupation électorales. Les socialistes entendent ainsi mettre davantage l’accent sur les congés parentaux et sur le renforcement du crédit-temps. Et se sont trouvés au moins un point commun avec le MR: la création d’un droit à la déconnexion. Pointons la volonté écologiste d’ouvrir le droit aux allocations de chômage aux employés qui démissionnent, ainsi que l’instauration de plans "tandem", permettant à un travailleur âgé de lever le pied, tout en assumant une mission de tutorat et de transmission de connaissances en faveur du jeune engagé afin de le remplacer. Chez DéFI, enfin, on suggère de remplacer les congés de maternité et paternité par un "temps de parentalité" global et obligatoire pour les deux parents. Et on entend soumettre à la concertation sociale le concept canadien de "semaine de travail comprimée".

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