Dix clefs pour décortiquer les résultats du scrutin

La N-VA l'a reconnu: elle a perdu. Mais reste tout de même largement en tête, en Flandre. ©BELGA

Dimanche soir, à écouter les discours, nombreux étaient les partis à avoir gagné. Ou au moins à ne pas avoir trop perdu. Une interprétation pour le moins tronquée de la réalité. Voici une première grille de lecture des résultats du scrutin aux échelons fédéral et régional.

Et voilà. Les urnes ont parlé. Pour nous dire quoi? Ce week-end, nous vous livrions une grille d'analyse de première ligne, faite de dix clefs permettant de comprendre les enjeux du scrutin. Le temps est venu de les repasser en revue, munis cette fois des résultats définitifs. Quels grands enseignements tirer de ce scrutin?

"Repenser la démocratie en Belgique"

1. La N-VA est incontournable... en Flandre.

On l'a dit et réécrit: la N-VA est l'un des pivots de cette élection. Le jeu démarre au Parlement flamand. La N-VA y est-elle incontournable? Le grand patron Bart De Wever avait fixé le seuil à 30% - en cela, c'est un échec, les nationalistes ne captant que 24,83% des voix. Qu'importe, au final, ces 30% étant essentiellement symboliques, constituant au passage un appel à soutenir les troupes nationalistes dans l'urne. La N-VA, avec 35 sièges sur 124, reste, et de loin, le premier parti de Flandre.

La vraie question était plutôt celle-ci: les partis flamands, CD&V et Open Vld en tête, considéreront-ils la N-VA indispensable à la constitution d'une majorité flamande? Une donne à laquelle participe le Vlaams Belang, jugé a priori infréquentable - du moins tant que subsiste le cordon sanitaire. Pour contourner la N-VA, il faut savoir se passer des sièges de la N-VA et du Belang. Eh bien, que pèsent ces deux-là réunis? Beaucoup: 24,83% pour la N-VA et 18,50% pour l'extrême droite, soit 43,33%. En sièges, cela donne tout de même 58 sièges sur 124. 

Pas une majorité, mais un bloc ardu à contourner; pour cela, il faudrait au moins une quadripartite mêlant tous les partis traditionnels flamands. Tous contre la N-VA, en quelque sorte. Autrement dit, la N-VA est incontournable en Flandre. 

À l'échelon fédéral, c'est tout autre chose. Parce que la suédoise n'est plus (lire ci-dessous). Et que Bart De Wever ne veut entendre parler ni du PS, ni d'Ecolo. Ni d'un gouvernement minoritaire du côté flamand. À ce stade-ci, l'avenir fédéral reste hautement incertain.

À Bruxelles, enfin, une majorité peut très bien se former du côté néerlandophone en laissant de côté la N-VA et le Vlaams Belang. Le "blocage bruxellois", maintes fois brandi telle une menace, n'aura pas lieu.

2. Fin de partie pour la suédoise.

En 2014, même si ultra-minoritaire du côté francophone, la coalition suédoise bénéficiait d'une majorité relativement confortable, avec 85 sièges sur 150. Qu'en reste-t-il cinq ans plus tard? Pas grand-chose. La N-VA? En recul (-8 sièges). Le MR? En recul (-6 sièges). Le CD&V? En recul (-6 sièges). Et l'Open Vld? En recul itou (-2 sièges)! Les membres de la coalition sortante ont perdu des plumes de toutes parts, laissant leur majorité dans la foulée. La suédoise, version 2019, ne pèse plus que 63 sièges sur 150 à la Chambre.

Un hypothétique ralliement du cdH, fort de 5 sièges, n'y changerait rien. La majorité reste hors d'atteinte, avec 68 sièges.

Fin de partie donc pour la suédoise. Ce faisant, ce sont les rêves nationalistes et libéraux qui s'évaporent, eux qui auraient souhaité pouvoir poursuivre l'aventure. Par la même occasion, c'est la seule voie "simple" menant à une participation fédérale de la N-VA qui est barrée. De quoi hautement compliquer la donne.

3. Les socialistes restent la première famille politique du pays.

Attention: cette victoire peut s'avérer purement symboliqueArrivés de peu en tête du classement des familles politiques à la Chambre en 2014 – avec 36 sièges, devant les libéraux (34), la N-VA (33) et les centristes (27) –, les socialistes ont fini dans l’opposition fédérale. Il n’empêche qu’à un moment ou un autre, ce type d’argument peut servir, surtout si on le sort au moment de prendre la main dans des négociations.

Qu'en est-il dans cette Chambre recomposée? Les socialistes gardent la main (29 sièges). Devant les libéraux (26), eux-mêmes juste devant la N-VA (25). Les écologistes (21) suivent. Derrière eux, l'extrême droite du Vlaams Belang compte davantage de députés (18) que CD&V et cdH réunis (17 sièges)!  

4. PS à Bruxelles et en Wallonie, N-VA en Flandre.

En Flandre, même si Bart De Wever a acté la défaite de ses troupes, la N-VA reste largement en tête, avec 24,83% des voix. À Bruxelles, après avoir passé une bonne partie de la soirée électorale à courir derrière Ecolo, le PS est repassé en tête (22,03%), talonné par le parti vert (19,12%). Un score rouge assez moyen, similaire à celui de 2009, et éloigné de la claque reçue aux régionales de 1999 (16%). Enfin, en Wallonie, c'est aussi le PS qui garde la main, avec 26,17% des voix. Soit le pire score socialiste depuis au moins 25 ans. Suit le MR et ses 21,42%, tandis qu'Ecolo se contente de la 3e place, avec 14,48%, un fifrelin devant le PTB (13,68%). 

5. Ecolo en deçà des attentes.

Et alors, cette "vague verte"? Les sondages la promettaient puissante: jusqu'à 26 sièges à la Chambre et 17 sièges en Wallonie. La réalité - comme souvent pour les écologistes - s'est montrée plus mesurée. À la Chambre, les verts, avec 21 sièges, sont loin d'être la première famille du pays; ils doivent se contenter de la quatrième place. Si Ecolo y gagne 7 sièges supplémentaires, Groen n'en grappille que 2. 

Certes, dans la capitale, Ecolo réalise son meilleur score, avec 19,12% des voix. Mais cela ne doit pas occulter un résultat en demi-teinte du côté wallon. Oui, Ecolo se redresse par rapport à 2014, où il échouait à 8,62%, mais les 14,48% réalisés ce dimanche sont loin des sommets atteints en 2009 (18,5%) et 1999 (18,2%).

6. Le MR recule nettement.

Premier ministre en partance et patron des libéraux, Charles Michel avait-il raison de se montrer euphorique ce dimanche soir? On peut sérieusement en douter.

À la Chambre, le MR perd 6 sièges. Chute de 5 à Bruxelles. Et côté wallon? La sanction est la même: 5 sièges de moins. Autrement dit, le MR est en net recul. Partout. Même à l'Europe, où il perd son 3e siège.

7. Le carton Vlaams Belang.

Oui, les indépendantistes flamands (N-VA et Vlaams Belang), avec leurs 43 sièges à la Chambre, dépassent largement le score décroché en 2010 (40 sièges), avec l'aide de feue la Liste Dedecker. 

Mais ce qui marque surtout, c'est la progression massive du Vlaams Belang. Presque moribond à la Chambre en 2014, où il ne décrochait plus que 3 sièges. Et là, cinq ans plus tard, l'extrême droite flamande rafle 18 sièges au Fédéral et 23 sièges en Flandre. Un dimanche noir? Sans aucun doute. On rappellera toutefois que le Vlaams Belang a déjà frappé plus fort. Comme aux régionales de 2004, où celui qui se nommait encore Vlaams Blok décrochait 32 sièges. 

8. Le cdH chute encore et toujours.

D'accord, un sondage récent prédisait la disparition des humanistes à Bruxelles. Il n'en est rien, puisqu'ils conservent 6 sièges. Mais le parti de Maxime Prévot n'a aucune raison d'être à la fête: il perd 3 sièges à Bruxelles, 4 au Fédéral et 3 en Wallonie. Une tuile. Et son pire score de tous les temps, puisque le cdH ne fait que décliner depuis des décennies.

9. Côté francophone, la droite de la droite se plante.

La réponse est claire, côté francophone. Non, il n'existe pas de place à la droite du MR. Les Listes Destexhe, fondées par le transfuge du MR? L'échec est total: elles ne décrochent aucun siège. Bérézina pour le Parti populaire, qui perd son siège à la Chambre, ainsi qu'en Wallonie. Et termine tout aussi nu que les Listes Destexhe. Tout au plus ces deux listes auront-elles réussi à grappiller quelques voix au MR.

10. Le PTB rit, DéFI pleure.

La joie était perceptible, dimanche soir, dans le camp communiste. À raison, puisque le PTB et son homologue néerlandophone PVDA passent de 2 à 12 députés à la Chambre. Carton plein à Bruxelles également, le PTB passant de 4 à 10 sièges. La Wallonie frappe même plus fort, le PTB y valsant de 2 à 10 sièges. 

Par contre, les raisons de se réjouir étaient plus rares chez DéFI. Où l'on n'a guère démérité au Fédéral. Bruxelles constitue par contre une légère déception, puisque le parti amarante laisse 2 sièges dans la bagarre, passant de 12 sous la bannière FDF à 10 sous l'appellation DéFI. Surtout, le rêve wallon s'échoue sur le seuil électoral, à 4,14% des voix. DéFI rate, une fois de plus, son implantation wallonne.


Elections | Tous les résultats


Lire également

Publicité
Publicité