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Ecolo se prononce en faveur d'une "rencontre exploratoire" avec le PS et le MR

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C'était attendu, c'est maintenant officiel. Ecolo s'est prononcé mercredi soir pour une "rencontre exploratoire" avec les socialistes et les libéraux pour former un gouvernement en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les délégués se sont prononcés à une large majorité.

Mercredi soir, Ecolo a réuni son Conseil de Fédération, sorte de Parlement interne qui rassemble les délégués des 15 régionales du parti. Il faisait suite à l’échec de l’opération "Coquelicot" qui a tenté de rassembler une majorité parlementaire autour d’une note rédigée par PS et Ecolo sur base d’une consultation large de la société civile.

Le Conseil de fédération sera, au moment que les co-présidents jugeront le plus opportun, appelé à évaluer ce qui pourrait se dégager de la négociation.
Ecolo
Dans un communiqué

Les délégués du parti se sont prononcés à 40 voix pour "donner mandat aux co-présidents de répondre favorablement à l’invitation formulée par le PS d’examiner lors d’une rencontre exploratoire avec le MR l’élargissement possible des cohérences déjà construites entre le PS et Ecolo et consignées dans les lignes directrices pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles et, le cas échéant, d’entamer - accompagnés des négociateurs désignés pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles - la négociation en vue d’élaborer des déclarations de politique (pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles) qui traduisent le plus loin possible notre volonté d'une transition écologique, solidaire et démocratique", indique le parti dans un communiqué.

"Le Conseil de fédération sera, au moment que les co-présidents jugeront le plus opportun, appelé à évaluer ce qui pourrait se dégager de la négociation", conclut-il. Notons que 6 délégués ont voté contre et 9 se sont abstenus lors du vote.

Pas indispensable

Ecolo et PS ne disposent, pour rappel, pas ensemble des 38 sièges nécessaires à une majorité. On le sait, l’arithmétique rendue par les urnes ainsi que le retrait du PTB et du cdH n’autorisent plus que deux majorités au Parlement wallon: PS-MR ou PS-MR-Ecolo. Une association avec le MR constituant un problème politique pour les deux partis. Le PS étant attaqué durement sur sa gauche après 5 ans de gouvernement Michel et Ecolo ayant été particulièrement visé par les libéraux durant la campagne.

Dans une tripartite, les verts ne sont donc pas indispensables. La question qui se pose à eux est donc la suivante: est-il raisonnable d’entamer une négociation alors que l’on est pas nécessaire à la majorité que l’on tente de former? C'était l’enjeu du débat de mercredi soir.

En tant que président du parti formateur du gouvernement régional, Elio Di Rupo a invité ce mercredi MR et Ecolo à s’installer à la même table. Ecolo ne s'est donc pas opposé à une négociation avec les deux autres partis. Ceci malgré l’hostilité que nourrissent les écologistes à l’égard des bleus, tant sur le plan du projet politique que sur le plan relationnel. Car pour Ecolo, c'est du moins ce qu'on y entend, entrer en négociation n’est pas s’enfermer dans une coalition. Tout dépendra du projet qui doit sortir des discussions, dit-on chez les verts. Souple en apparence, cette posture entre en contradiction avec une position de principe qui veut qu’Ecolo ne prenne pas le pouvoir s’il n’est pas numériquement indispensable.

Des dangers qui ne disparaissent pas

Cette participation à une négociation à trois est toutefois facile à comprendre compte tenu du contexte né de l’épisode "Coquelicot". La marque de fabrique d’Ecolo, c’est la consultation et la participation de la société civile en vue de façonner un projet politique "citoyen" en rupture avec les usages politiques. Comment dès lors justifier auprès de l’opinion publique un refus de tout dialogue alors que l’opportunité de défendre le projet vert dans une majorité est offerte?

Avec PS et MR, Ecolo s’allie à ce qu’en interne, on n'hésite pas à appeler la coalition "Publifin" potentiellement porteuse d’un certain conservatisme en matière de gouvernance comme dans d’autres domaines.

Poser la question, c’est y répondre. Avec pareille attitude, les verts échoueraient un peu vite à exploiter leur sensible progression électorale du 26 mai.

Cet élément ne fait pas pour autant disparaître les dangers qui accompagnent toute participation au pouvoir sans être numériquement indispensable. Avec PS et MR, Ecolo s’allie à ce qu’en interne, on n'hésite pas à appeler la coalition "Publifin" potentiellement porteuse d’un certain conservatisme en matière de gouvernance comme dans d’autres domaines. Par ailleurs, à tout moment, le couple PS-MR, majoritaire avec 43 sièges sur 75, peut éjecter les écologistes ou provoquer leur départ en tentant de leur faire avaler quelque chose d’imbuvable. Pareil scénario projeté par exemple à quelques mois des élections de 2024 pourrait s’avérer électoralement dévastateur pour Ecolo.

En raison de ces dangers, la position de principe qui veut qu’Ecolo ne participe pas à une majorité sans que ses 12 sièges soient nécessaires n’a à ce stade en rien évolué.

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