interview

Elio Di Rupo: "Il y a quelque chose d'enfantin dans l'attitude de Charles Michel"

©Dieter Telemans

Il compte les points, Elio Di Rupo, depuis que MR et Ecolo rythment la campagne comme sur un ring de boxe.

Ce n’est pas pour déplaire au président du PS qui a imposé une ligne stratégique se voulant "crédible et sérieuse", hors du bac à sable. Il y a bien quelques événements de campagne qui font un peu tache mais on est à la marge. Les militants du PS font le job. Dernier invité de notre tour des présidents, Elio Di Rupo ne ferme aucune porte en attendant la partie de poker qui va démarrer dimanche pour la formation des prochains gouvernements. C’est Elio-le-prudent qui reçoit L’Echo dans son bureau présidentiel. Entretien néanmoins musclé.

Les libéraux accusent Solidaris et la FGTB de faire campagne pour le PS. Ils annoncent saisir la commission des dépenses électorales. Réaction?
Le MR est dans le ridicule absolu. Je n’ai vu aucun tract, aucune publicité de la FGTB disant de voter PS. Ca ne me déplairait pas au demeurant mais ça n’est pas le cas.

"Quand on écoute la FEB on pourrait croire que le gouvernement Michel est le meilleur du monde."

Le cas échéant, serait-ce un problème?
La question ne se pose pas. Le syndicat, c’est le syndicat, le Parti socialiste, c’est le Parti socialiste. Il n’y a pas de confusion des genres. Je ne suis pas membre du bureau de la FGTB et je n’ai rien vu. Quant à la mutuelle, elle a toujours fait des campagnes en faveur des soins de santé, des études d’opinion, remis des sondages aux médias. Je ne sais pas de quoi se plaint Charles Michel. Moi je n’ai pas l’habitude de me plaindre, je préfère l’action. Je respecte tout le monde mais j’ai tout de même entendu des déclarations enflammées de la FEB au sujet de ce gouvernement. Quand on l’écoute, on pourrait croire que nous avons eu le meilleur gouvernement du monde. Je ne m’en suis jamais plaint. J’invite M. Michel à la modération. S’il a envie de faire du cirque, qu’il le fasse.

Certains événements perturbent la campagne du PS, notamment à Bruxelles avec une fraude électorale présumée à Molenbeek, des consignes de vote dans des logements sociaux à Anderlecht. Et il y a les polémiques sur les communications du candidat Emir Kir. Le PS réagit peu.
Va-t-on continuer à m’interroger sur des fraudes présumées à Molenbeek dont je ne connais rien? Si j’en crois les sites d’information, un médecin a accordé des certificats, lui-même étant candidat et donc ces procurations auraient été remises à la fédération bruxelloise. Dont acte. Qu’ont-ils fait de ces procurations? Qui est allé voter? Nous n’en savons absolument rien. Où est la fraude? Par rapport à Emir Kir, j’ai fait traduire son courrier. Il n’y dit rien d’autre que ce qu’il a dit à la Chambre: qu’il y a eu une attitude extrêmement agressive du gouvernement, et singulièrement du ministre de l’Intérieur, à l’égard de certaines catégories de personnes. Où est le scandale?

"Je n’ai vu aucune publicité de la FGTB disant de voter PS."

On lui a aussi reproché d’avoir comparé la Belgique à l’Allemagne des années 30 lors d’une interview accordée à une chaîne saoudienne.
Je vous en supplie. Arrêtez de vous moquer de nous. Ca, c’est autre chose! On va revenir au passé? Vous allez me parler de la préhistoire? Allons il faut rester sérieux.

Ce n’est pas de la préhistoire, cette interview date de quelques semaines tout au plus.
Nous sommes à la veille d’une élection majeure et vous venez me parler d’un truc qui s’est passé il y a 15 jours, 3 semaines. Quel est le fait politique? J’ai clairement indiqué à M. Kir qu’il avait commis une erreur et qu’il ne devait pas s’embarquer dans des comparaisons de cette nature. Ce sont des erreurs individuelles, pas des faits de campagne. Quand un président de parti, celui du MR, se répand avec des fake news, ça, c’est un fait de campagne!

"Il y a quelque chose d'enfantin dans l'attitude de Charles Michel."

Quel regard portez-vous sur ces échanges très tendus entre MR et Ecolo?
Je déteste les invectives. Dans un débat de présidents, il s’agit d’expliquer son bilan. Je l’ai fait il y a cinq ans. Les partis flamands qui étaient avec moi (dans le gouvernement Di Rupo, entre 2011 et 2014, NDLR) sont sortis avec 140.000 voix supplémentaires et nous, comme premier parti à Bruxelles et en Wallonie. It’s not so bad! Aujourd’hui, le bilan qu’on doit examiner, c’est celui de Charles Michel et de son gouvernement et les propositions de chaque parti. Ce qui est insupportable, c’est qu’on ne peut pas avoir un seul débat avec Charles Michel sans qu’il revienne à 2010 ou 2012.

Qui a fait mieux? Di Rupo ou Michel?

Le gouvernement Michel a-t-il fait mieux que le gouvernement Di Rupo? A un mois des élections, L'Echo vous propose de comparer vous-même l’impact du gouvernement sortant sur base de cinq indicateurs.

> Faites le test <

Au lieu d’expliquer son projet. Il y a quelque chose d’enfantin dans cette attitude. Je vois de très grandes publicités disant "on va donner 1.000 euros par an au citoyen". Dont acte mais quand on lui demande où il va trouver les sous: il n’y a pas une ligne. Il parle d’effets retour mais avec un raisonnement comme celui-là, on supprimerait tous les impôts, toutes les cotisations sociales et nous n’aurions que des effets retour. Nous serions au paradis sur terre. Ce sont des raisonnements économiques qui ne tiennent pas la route. Nous sommes un parti sérieux qui présente des mesures en dépenses et en recettes.

©Dieter Telemans

Et sur le ton de la campagne. Qu’a-t-elle eu de particulier?
C’est une campagne marquée par beaucoup de mensonges et d’affirmations erronées, ce n’était pas le cas quand les formations politiques défendaient leur point de vue sans aller jusqu’aux fake news. On entend tout et n’importe quoi.

Exemple?
La globalisation des revenus. C’est clair qu’elle a pour objectif de réduire les impôts sur le travail et d’assimiler les revenus du capital aux revenus du travail. Les revenus du travail et de l’argent sont des revenus à part entière et chez nous, c’est la page 774 de notre programme, nous avons clairement exonéré de cette globalisation et les loyers et les comptes épargne. On ne sait pas être plus clair mais malgré tout, durant toute la campagne, M. Michel a dit que les loyers et l’épargne seraient taxés. C’est un flagrant délit de mensonge.

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La fermeté plus affirmée du cdH à l’égard de la N-VA vous rassure-t-elle? Cela donne a priori moins de chance à une ‘suédoise bis’ de se mettre en place.
La N-VA exige le confédéralisme. C’est un acte d’agression puisque cela signifie ni plus ni moins que la fin du pays. Pendant des années, la N-VA a fait sa campagne contre les Wallons, contre le PS. À l’issue du débat qu’il a eu avec Jean-Marc Nollet, avec la prétention qu’on lui connaît, Bart De Wever a dit "nooit avec Ecolo" et "nooit avec le PS". Dont acte. Je cherche d’autant moins à être rassuré qu’en réalité, tout va dépendre des partis flamands. Ce sont eux qui vont décider si Bart De Wever se retrouvera au Fédéral. Je n’ai pas de raison de ne pas croire mon collègue du cdH qui a clairement affirmé qu’il ne voulait pas aller avec la N-VA.

Un petit mot sur votre duel avec Zakia Khattabi dans le cube de la RTBF. Certains y ont vu une entente préélectorale…
Je ne peux pas vous empêcher de faire des commentaires ridicules. Ma nature n’est pas conflictuelle. Nous avons répondu à des questions de journaliste sans nous boxer. C’est un drame? Il n’y a aucun accord.

"Le MR est divisé. Ce que dit Charles Michel n’est pas apprécié par tous les libéraux."

En 2009, vous aviez marqué la campagne régionale en indiquant que vous ne gouverneriez de toute façon pas avec le MR. Pourquoi ne pas le faire aujourd’hui, a fortiori après cinq ans de ce que vous avez appelé le gouvernement des droites?
Je l’ai fait à l’époque car j’avais eu des indiscrétions selon lesquelles M. Reynders, qui était président du MR, allait venir sur ce terrain. Comme je n’étais pas né de la dernière pluie, j’ai préféré prendre les devants. Aujourd’hui nous disons que nous voulons un programme de gouvernement le plus progressiste possible en Wallonie et au Fédéral. Je ne vais pas commencer avec des exclusives à l’égard des partis francophones alors qu’on a déjà tout ce cirque avec la N-VA.

Quelle serait votre coalition préférée?
Cela dépendra des négociations. Chaque parti devra faire un pas vers l’autre.

Vous êtes prêt à négocier avec le MR?
En interne le MR est très divisé. Le sentiment exprimé par Charles Michel n’est pas apprécié par tous les libéraux. Il y a de tout chez les libéraux.

Il y a des ouvertures avec le MR?
Je n’ai nullement besoin d’ouvertures de la part de libéraux, mais tout dépendra des négociations. Ca n’a pas beaucoup de sens d’en parler avant de connaître le nombre de sièges de chacun.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Suivez la campagne pas à pas dans notre dossier >

Zakia Khattabi assume une forme de libéralisme philosophique, Kristof Calvo, de Groen, affirme pouvoir faire du bon travail avec les libéraux. Les verts sont-ils si à gauche qu’on le dit, selon vous?
Cette question-là est la réponse à votre question sur le débat Khattabi/Di Rupo. Ecolo et Groen sont libres.

Pas de mariage naturel avec les verts, donc?
Pas du tout. Je n’ai pas autorité pour dire si Ecolo ou Groen sont de gauche. Ils ont toujours indiqué qu’ils n’étaient ni de gauche ni de droite. Je respecte cela. Il n’y a pas alliance naturelle avec qui que ce soit.

"Le PTB était absent hier, le PTB sera absent demain."

Si vous avez la main après le 26, inviterez-vous le PTB à la table?
Le président du PTB était absent du débat des présidents (sur la RTBF mercredi, NDLR), il a préféré débattre avec Maggie De Block. Le PTB était absent hier, le PTB sera absent demain. Le PTB a une vision communiste de la société, une vision selon laquelle c’est par la révolution de la rue qu’on change les choses. Il n’ira au pouvoir que si les règles de l’économie de marché changent. Le PS veut modifier les traités européens et limiter une maximalisation du profit mais nous voulons le faire en mettant les mains dans le cambouis en prenant nos responsabilités. C’est trop facile d’attendre la révolution pour gouverner.

Le seul parti de gauche crédible, c’est le PS. J’inviterais tous les partis démocratiques, y compris celui-là.

À quoi ressembleront les prochains gouvernements?

Rien que pour vous, L'Echo a dressé la liste des coalitions possibles au Fédéral, à Bruxelles et en Wallonie. En privilégiant les plus vraisemblables et rayant les plus improbables. Promenez-vous donc dans cette forêt de gouvernements grâce à notre outil interactif, disponible ici

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