En Flandre, la famille chrétienne au bord de l'éclatement

©BELGA

L’ACV et la Mutualité chrétienne, d’une part et le CD&V d’autre part se renvoient la responsabilité de la débâcle électorale de dimanche dernier.

Entre le CD&V et le pilier chrétien, quelque chose s’est irrémédiablement cassé. Chacun se renvoie la responsabilité de la débâcle électorale de dimanche dernier qui a vu le parti perdre 25% de ses électeurs.

"La coalition suédoise a été punie pour sa politique injuste", a lancé le patron de l’ACV (CSC flamande) Marc Leemans, allant jusqu’à inviter ses membres à ne pas voter pour le CD&V. Du jamais vu.

Luc Van Gorp, le président de la Mutualité chrétienne, n’y est pas allé de main morte non plus, pointant "le grand dédain du politique à l’égard des petites gens".

 

Discours reporté

Piquée au vif, Hilde Crevits, celle que le parti a lancée pendant la campagne comme ministre-présidente potentielle, a décidé d’annuler le discours qu’elle comptait tenir à Rerum Novarum, sorte de 1er mai chrétien organisé chaque année à l’Ascension par le MOC (Mouvement ouvrier chrétien).

Étiqueté MOC comme Hilde Crevits, l’ancien ministre Etienne Schouppe a remis Marc Leemans à sa place, l’accusant d’avoir "semé à gauche et récolté à droite".

"Marc Leemans a semé à gauche et récolté à droite."
Etienne Schouppe
Ancien ministre CD&V

Depuis l’arrivée de la coalition suédoise en 2014, syndicat chrétien et mutualité chrétienne sont entrés en mode rébellion contre le parti, alors que ce dernier estime au contraire avoir fait le maximum pour freiner le programme de droite de la suédoise. Le CD&V s’est également démené pour défendre les coopérateurs d’Arco contre la N-VA et les libéraux, mais aussi contre la Commission européenne.

"Même l’aile gauche du parti en a plus qu’assez de messieurs Leemans et Van Gorp, peut-on entendre dans les couloirs du CD&V. Après nous avoir matraqués sans relâche depuis 2014, ils vont jusqu’à appeler à voter pour d’autres partis."

La CSC et le MOC ne se considèrent plus comme les relais exclusifs du cdH et ont des connexions avec d’autres partis, chez Ecolo notamment.

Du côté de la troisième composante du pilier chrétien, à savoir l’influente coupole de l’enseignement catholique, le ressentiment à l’égard du parti n’a pas atteint de telles proportions. Le ministre en charge de l’Enseignement en Flandre n’était autre que Hilde Crevits. Or sa réforme visant, comme en Communauté française, à mettre en place un tronc commun était cautionnée par le réseau libre. C’est finalement sous les coups de boutoirs de la N-VA que le projet a été remisé au placard en toute fin de législature.

Côté francophone, cela faisait déjà un certain temps que les liens entre le cdH et les organisations qui composent la famille chrétienne ne respiraient plus la complicité d’antan. La CSC et le MOC ne se considèrent plus comme les relais exclusifs du cdH et ont des connexions avec d’autres partis, chez Ecolo notamment.

Qui après Wouter Beke?

En attendant, au vu de l’ampleur des divisions qui agitent la famille chrétienne, on ne se bouscule pas pour reprendre la présidence de Wouter Beke, que l’on dit en partance.

Hilde Crevits a fait un bon score en Flandre occidentale, mais on lui reproche de ne pas avoir pu stopper la montée du Vlaams Belang dans une province où l’extrême droite n’avait jamais fait grand-chose jusqu’ici.

Hilde Crevits reste la candidate par défaut. Les cadres du parti continuent de la soutenir. Elle a fait un bon score en Flandre occidentale, mais on lui reproche de ne pas avoir pu stopper la montée du Vlaams Belang dans une province où l’extrême droite n’avait jamais fait grand-chose jusqu’ici. La jeune garde du parti, incarnée par Benjamin Dalle (directeur du service d’études CEDER) et Sammy Mahdi (président des jeunes CD&V), n’est pas encore mûre pour assurer la relève.

Reste Koen Geens, le seul des ministres CD&V à avoir réalisé un score honorable, dans son arrondissement de Louvain. Mais il observe pour l’instant un silence radio.

En tout état de cause et vu son état de faiblesse, le CD&V ne se pressera pas pour aider Bart De Wever et les deux informateurs. Le temps semble révolu où le CD&V se sacrifiait dans l’intérêt supérieur du pays.

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