analyse

Face aux listes Destexhe, le MR veut sortir de l'ambiguïté

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Les frontières entre MR et listes Destexhe sont de moins en moins poreuses. Des déclarations de Georges-Louis Bouchez sèment le doute.

Le MR resserre les lignes face à la menace Destexhe. On a pu déceler une petite période de flottement quant à l’appréhension du mouvement libéral dissident chez les réformateurs. Au niveau wallon, le discours s’est très vite musclé au moment de la défection de la députée Potigny. Fort de deux députés wallons, André-Pierre Puget et Patricia Potigny, Alain Destexhe avait proposé une discussion avec son ancien parti en vue du vote de la réforme des aides à l’emploi (APE) du ministre MR Pierre-Yves Jeholet, désormais privé de majorité au Parlement wallon.

Le sénateur bruxellois fut vertement remballé. Pierre-Yves Jeholet annulait finalement la rencontre et son collègue des Finances, Jean-Luc Crucke, évoquait rapidement et publiquement, au sujet des Listes Destexhe, un groupuscule de droite extrême avec lequel il serait tout simplement impossible de pactiser.

"Au moindre dérapage d’un candidat Destexhe, Bouchez devra faire machine arrière."
un libéral anonyme

Au vu de ces déclarations, une des nombreuses apparitions télévisées de Georges-Louis Bouchez, porte-parole de la campagne MR, a pu, à un moment, semer le doute. Contexte: une personnalité de son groupe "Mons en mieux" venait de voir un conseiller communal indépendant, David Bouillon, rejoindre l’aventure Destexhe. Georges-Louis Bouchez n’a pas jugé bon de l’exclure de son mouvement local au motif que ce dernier associait des personnalités d’horizons divers. Il ne s’agit pas d’un groupe strictement MR, disait-il, Opaline Meunier, candidate cdH, faisant exemple. "Mons en mieux" craint comme la peste une désagrégation qui annihilerait sa percée aux élections communales. Pareille déconvenue sonnerait comme une défaite personnelle de Georges-Louis Bouchez.

Cette tolérance de circonstance à l’égard de ce mouvement vers Destexhe tranchait avec les déclarations des autres poids lourds du parti. En sus, Georges-Louis Bouchez avait cru bon de rajouter, toujours en télé: "En Belgique il y a souvent des coalitions. Et donc le fait que des partis s’opposent aujourd’hui ne veut pas dire que certains d’entre eux ne gouverneront pas ensemble au lendemain des scrutins". La petite phrase accréditait l’idée que des alliances MR-Destexhe pourraient finalement voir le jour après les élections de mai. Jean-Luc Crucke était donc démenti. "Pure interprétation", dit aujourd’hui le montois, ajoutant qu’il a simplement voulu rappeler le contexte politique belge. Dont acte. "Au moindre dérapage raciste d’un candidat Destexhe, Georges-Louis devra faire machine arrière, prédit un libéral. Soit Destexhe est fréquentable, soit il ne l’est pas."

Lamotte éjecté à Woluwe

À Bruxelles aussi, certaines ambiguïtés demeuraient. Aymeric de Lamotte et Victoria de Vignoral, ex-conseillers MR, ont rejoint la liste régionale "Destexhe" mais le premier cité demeurait dans le groupe MR à Woluwe-Saint-Pierre en tant qu’indépendant. Il était seulement suspendu, ce qui traduisait sans doute quelques différends internes quant à la façon de gérer le cas de Lamotte. Cette situation n’est plus depuis lundi. "On m’a précisé que je ne faisais plus partie du groupe", confirme Aymeric de Lamotte qui aurait pourtant souhaité y rester. "C’est le groupe que je soutiens au niveau local", dit-il. C’est aussi celui d’Alexia Bertrand, cheffe de cabinet de Didier Reynders et n°3 de liste MR à la Région bruxelloise. À l’évidence, l’association de Woluwe-Saint-Pierre ne pouvait perdurer plus longtemps.

À ceux qui au MR – la réflexion existe – voient déjà la réintégration d’Alain Destexhe et de ses candidats dans le cadre d’un mouvement interne orienté plus à droite qui ferait face à une frange libérale plus à gauche, Aymeric de Lamotte répond clairement: "Notre ambition est bien de créer un parti après les élections". Dont acte. À nouveau.

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