interview

Gladys Kazadi (cdH): "Mes modèles? Céline Fremault et Nafissatou Thiam"

Gladys Kazadi a obtenu le sixième siège du cdH à la région bruxelloise avec ses quelque 2.088 voix. ©Siska Vandecasteele

À 25 ans, Gladys Kazadi (cdH) fait le grand saut de la politique régionale à Bruxelles. De quoi permettre à cette fan d’athlétisme de défendre sa commune de Berchem-Sainte-Agathe au Parlement, mais aussi d’œuvrer à l’avènement d’une ville "reliante".

Depuis plusieurs semaines maintenant, c’est la course pour Gladys Kazadi. Les rendez-vous s’enchaînent, les réflexions aussi. Et pour cause, à 25 ans à peine, celle qui sautait des haies il y a quelques années encore au Stade Roi Baudouin lorsqu’elle pratiquait l’athlétisme devra franchir de nouveaux obstacles. Elle fait son entrée au Parlement bruxellois, dans un vaste mouvement de renouvellement (et de rajeunissement) de l’hémicycle régional qui a vu débarquer 46% de nouvelles têtes.

"Cela faisait 20 ans que la commune de Berchem-Sainte-Agathe n’avait plus eu de nouveau député à Bruxelles."

Une surprise. Marquée par l’émotion. Bref retour en arrière. On est le 26 mai. Alors que le haut commandement du cdH est réuni à la Gare centrale, à Bruxelles, en cette soirée électorale pour attendre les résultats, elle doit s’absenter à mi-parcours. En cause, sa petite soeur qui l’accompagnait doit rentrer car elle a école le lendemain. Là, la ministre bruxelloise de l’Environnement sortante, Céline Fremault, l’appelle. Et lui demande de revenir pour assister à ce moment particulier dans la vie d’un parti.

→ (Re)lire le premier épisode de notre série sur les nouveaux visages de la politique belge

"Jeune, j'étais persuadée que j'allais travailler à l'usine" (Fatima Ahallouch, PS)

D’autant que ce soir-là, l’heure n’est pas à la joie dans les rangs des démocrates-humanistes. Cela fait partie du jeu. Des choses à voir une fois dans sa vie. Elle s’exécute. Après tout, on ne refuse pas une demande émanant de sa mentor, qui a repéré en elle quelque chose de différent, à tel point qu’elle l’engage dans son cabinet en novembre, au sortir de ses études. Et visiblement, elle a bien fait.

Après quelques heures, alors que les scores tombent peu à peu, la bonne nouvelle éclate lors du dépouillement du dernier canton, celui de la ville de Bruxelles: un siège a basculé en faveur du cdH, elle pourra donc investir l’hémicycle régional. Elle ne peut contenir ses larmes. De joie, évidemment. C’est un rêve qui s’accomplit pour celle qui devient l’une des plus jeunes députées bruxelloises.

"Aujourd’hui, il est difficile pour un Molenbeekois de savoir ce que fait un Ucclois et inversement. Il faut des synergies communales."

Mais aussi un tournant pour Berchem, la ville qui l’a vue grandir, de ses 10 ans à aujourd’hui – conseillère communale, elle y habite toujours aux côtés de ses parents et de ses trois frères et soeurs. "Cela faisait 20 ans que la commune de Berchem-Sainte-Agathe n’avait plus eu de nouveau député à Bruxelles", sourit l’intéressée, rencontrée dans les murs de l’université Saint-Louis, là où tout a commencé. On marche alors dans les couloirs, affublés d’affiches éparses pour des conférences diverses.

Climat, politique, économie,.... au fil des sujets, elle se remémore ses études en sciences politiques, complétées par un master en relations internationales à l’UCL. "C’est là qu’on passait les oraux". Mauvais souvenir? "Non, heureusement, je n'étais pas un cancre", confie-t-elle.

©Siska Vandecasteele

De son passage en ces murs, elle retire surtout un engagement fort, né et nourrit par les EDH, les étudiants démocrates-humanistes, "où j’ai retrouvé des valeurs d’humanisme, de solidarité et de bienveillance, avec lesquelles je suis en phase". Mais aussi du cours d’IPB (institutions politiques de la Belgique), "qui m’a fait comprendre que les décisions qui avaient un réel impact se prenaient au niveau politique". Grâce à sa formation, elle apprend "à décoder la mécanique" institutionnelle, mais aussi "à amener des solutions réalisables" aux problèmes rencontrés.

Une occasion de poursuivre l’action localement…
  • Si elle continue à courir et à se rendre à la salle de sport, elle qui a pratiqué le 300m haies étant plus jeune au Royal Excelsior Sports Club Brussels (RESC) où elle faisait beaucoup de compétition, c’est dans le monde associatif qu’elle se ressource réellement, raconte-t-elle. Auprès de jeunes âgés de 6 à 12 ans principalement.
  • "J’aime beaucoup les enfants, dit-elle. Ils me permettent de souffler, mais aussi de jouer un rôle éducatif que je trouve particulièrement important."
  • C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle est devenue animatrice, après une formation. Ce qui lui a permis de très vite devenir visible dans sa commune, auprès des jeunes notamment. D’ailleurs, en visite avec elle au centre sportif local, nombre sont ceux qui s’arrêtent pour la saluer, ou même la féliciter pour ses nouvelles fonctions.

Ascension rapide

De quoi lui permettre de garder les pieds sur terre, à terme, alors qu’elle expérimente une ascension fulgurante dans la vie politique – sur le modèle, dans le sport, de Nafissatou Thiam qu’elle dit admirer. "C’est vrai que cela va peut-être un peu vite, avoue-t-elle sur le sujet, mais cela reste logique par rapport à la ligne que je me suis fixée". Notamment de travailler à faire de Bruxelles une "ville reliante" ("linking city", en anglais).

Lire, que si la capitale de l’Europe est "cosmopolite et petite, il y a pourtant encore pas mal de travail à fournir sur les échanges entre nord et sud. Il faut y faire quelque chose. Car aujourd’hui, force est de constater qu’il est difficile de savoir pour un Molenbeekois ce que fait un Ucclois et inversement. Il faut développer des synergies communales, une pluralisation réelle,... afin de casser cette impression de deux cultures différentes qui cohabiteraient sur le territoire. La question du dialogue est très importante. Ce qui passera aussi par une amélioration de l’offre en matière de mobilité entre ces deux parties de la ville".

Des idées qu’elle tire de son parti, mais aussi de sa commune, ce "village urbain". Ici, "tout le monde se connaît", dit-elle, alors que l’on arrive à Berchem, après avoir pris le train à la gare du Nord. Sauf qu'à Berchem, la question du dialogue tient plus de l’"intergénérationnel". "C’est un défi, mais je suis persuadée que tout un chacun a à apprendre l’autre. Beaucoup de familles viennent s’installer dans la commune, venant rajeunir une population jusqu’ici plutôt vieillissante".

En tout cas, elle s’est construite ici. Sous l’influence notamment du bourgmestre local, Joël Riguelle, connu pour avoir été comédien à une époque – il participait à la revue humoristique Sois Belge et tais-toi. Un attachement qu’elle entend porter au Parlement.

"Je serais fière d’avoir contribué à mieux inclure les personnes handicapées"

Quand on l’interroge sur la proposition qui lui tient le plus à coeur, Gladys Kazadi n’y va pas par quatre chemins. En priorité, elle vise à travailler au "handistreaming", contraction de "handicap" et "mainstreaming".

"Il faut inclure les personnes qui souffrent de handicap dans notre société. On le fait déjà pour les grandes stations de métro par exemple, mais quid de celles où il y a moins d’affluence", interroge-t-elle. "C’est sur ce sujet que j’aimerais focaliser mon action", confie-t-elle.

En fait, "je serais fière, en fin de législature, de pouvoir dire que j’ai contribué à répondre aux besoins primaires de certaines personnes.  L’épanouissement de tous est très important pour moi".

Aide aux personnes

Une réflexion plus large d’ailleurs. La jeune députée aimerait en effet se concentrer, de manière générale, sur les questions d’aide aux personnes, sur la Cocof et la Cocom. De même que les questions environnementales. "Mais j’aurai un pied un peu partout", sourit-elle. Histoire de se former. Tout en essayant d’amener un peu de fraîcheur et de dynamisme dans l’approche.

Fin de semaine passée, elle effectuait sa première intervention au Parlement bruxellois concernant l’accord sur la Cocof. Elle y a pointé du doigt des enjeux "fondamentaux" des Bruxelloises et des Bruxellois, à savoir "la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes, la promotion de la diversité, la liberté d'association et d'initiative citoyenne,..."

Et pour cause, "ce sont là des problématiques pour lesquelles le gouvernement devrait apporter plus d’actes concrets", évoque-t-elle. Pour autant, "je salue néanmoins l’ambition de vouloir mieux faire et j’espère sincèrement que le budget alloué permettra de mettre en place des actes plus concrets dans ces secteurs, j’y veillerai particulièrement".

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