interview

"Il y a plus de chances que la N-VA gouverne avec les socialistes qu'avec les Verts" (Sinardet)

Dave Sinardet, politologue à la VUB. ©Photo News

Pour le politologue Dave Sinardet, l'ennemi de la N-VA n'est plus rouge mais vert. Le débat organisé par L'Echo entre Bart De Wever et Jean-Marc Nollet montre une opposition plus claire qu'avant entre les deux partis. "Un débat qui a surtout profité à Ecolo et Nollet lui-même."

1/ Qu'est-ce que ce duel laisse comme trace en vue des futures élections? 

Avec ce débat, on voit qu'il y a, dans la campagne, une opposition plus claire qu'avant entre la N-VA d'un côté et les écologistes de l'autre. La N-VA et Ecolo sont désormais les deux partis qui s'opposent, un peu comme en 2014, quand la N-VA s'opposait au PS. Le vrai duel, le vrai combat aujourd'hui c'est N-VA versus les Verts. 

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Le débat a surtout été une très bonne chose pour Ecolo et Groen aussi, et aussi pour Jean-Marc Nollet plus personnellement. Car il ne faut pas oublier qu'il y a cinq ans, on pouvait avoir l'impression que c'était la fin de sa carrière politique, après le mauvais score d'Ecolo en 2014. Il était tenu comme étant l'un des responsables de l'échec électoral, surtout qu'il avait été ministre et avait eu des problèmes avec le dossier du photovoltaïque. Et le voilà désormais comme l'alternative francophone de Bart De Wever, ou le représentant de la politique francophone. Pour Ecolo, comme pour lui, ce débat est un boost dans sa notoriété politique.

La N-VA, de son côté, est déjà depuis quelques années dans une position de leader en Flandre. Bart De Wever est considéré comme l'un des politiques flamands les plus importants, donc sa notoriété dans ce débat face à Jean-Marc Nollet n'a pas forcément été renforcée. 

Personne en Flandre ne connaissait Jean-Marc Nollet du côté néerlandophone jusqu'ici, donc en termes de poids politique, c'était beaucoup plus intéressant pour Nollet que De Wever.

2/ Quid s'il avait été face à Paul Magnette? Cette configuration aurait-elle plus profitable à De Wever que d'être face à Nollet?

Ça dépend. C'est clair qu'en 2014, le débat De Wever-Paul Magnette rentrait parfaitement dans le plan de campagne de la N-VA puisqu'elle avait bâti toute sa campagne sur l'opposition entre le modèle N-VA et le modèle PS. De Wever se présentait comme le représentant de la Flandre qui débattait face au représentant de la Wallonie qui était Paul Magnette à l'époque. Aujourd'hui on voit que la N-VA en Flandre définit moins les socialistes comme le grand ennemi. En Flandre aussi, ça a changé. Le sp.a n'est plus l'ennemi symbolique de la N-VA, qui se focalise maintenant beaucoup plus sur Groen. Ce qui est certainement lié au fait qu'à Anvers, la N-VA et le sp.a sont en coalition et qu'il existe beaucoup de signaux indiquant qu'ils pourraient monter ensemble dans une coalition à la Région (flamande, NDLR), et qui sait même au niveau fédéral. Il y a une certaine entente entre la N-VA et le sp.a, c'est assez clair. L'ennemi n'est plus le sp.a, mais Groen.

3/ La N-VA est donc plus susceptible de gouverner avec le PS qu'avec Ecolo aussi au Fédéral?

"La situation a Anvers a donné le ton."

Oui, c'est en tout cas dans la lignée de ce qu'il se passe à Anvers. Il y a quelques années encore, la N-VA parlait d'une coalition avec Groen, parce qu'il était perçu comme un parti anti-establishment, qui n'était pas lié à des piliers. Mais on a vu à Anvers que cette coalition ne s'est pas faite et on voit un retournement. Le nouvel ennemi est devenu Groen et il existe des alliances avec les socialistes. La situation a Anvers a donné le ton. Entre Anvers et la Région flamande, surtout, il y a un lien clair. 

4/ Bart De Wever était-il aussi percutant qu'à son habitude lors du débat?

Une des difficultés de Bart De Wever par rapport à il y a cinq ans, c'est qu'il devait défendre un bilan gouvernemental. Tandis qu'en 2014, c'était lui le challenger, l'opposition. C'était lui l'alternative, la force de changement. Magnette représentait le gouvernement Di Rupo et devait défendre son bilan. De Wever, lui était dans son rôle favori d'opposition, d'alternative, voire d'anti-establishment. Face à Nollet, les rôles étaient inversés. Bart De Wever a dû répondre à certaines critiques sur la gestion socio-économique et budgétaire au niveau fédéral. C'est une position dans laquelle il est un peu moins bon, moins à l'aise. Il a d'ailleurs tenté de renverser les rôles en lançant Nollet sur le bilan gouvernemental d'Ecolo à Bruxelles et en Wallonie dans le passé afin de casser son image de parti représentant l'opposition et donc d'alternative à la N-VA représente plus aujourd'hui l'establishment.  

5/ Nollet a-t-il fait une prestation remarquée en Flandre?

Oui, je pense que les observateurs flamands ont été agréablement surpris, pas forcément sur le contenu, mais par son talent, sa prestation dans le débat. Il a tenu tête à plusieurs reprises à De Wever. Mais sur le fond, on voit que Nollet a un discours plus général, basé sur les valeurs, alors que De Wever était plus dans les faits, les chiffres. Sur le point de la migration d'ailleurs, ils ne se parlaient pas, ils étaient chacun dans leur discours. 

6/ Est-ce envisageable de voir une coalition au niveau fédéral entre les Verts et la N-VA?

Oui, tout est envisageable. Ce n'est pas parce qu'on s'insulte en campagne qu'on ne formera pas de coalition ensemble. Tout est possible. Rien n'est exclut, tout dépendra des résultats. Surtout qu'après le scrutin de mai, on aura cinq années sans élections, ce qui permet aux partis de prendre un virage sans devoir s'en expliquer très vite auprès des électeurs. Ça laisse plus de libertés. Tout est théoriquement ouvert, mais il n'y a pas énormément de chances pour qu'ils gouvernent ensemble. Je vois comme étant plus logique une coalition avec les socialistes qu'avec les Verts pour la N-VA, même si ce n'est pas évident non plus.

7/ Existe-t-il des points de convergence entre N-VA et Verts?

Ce sont tous deux des partis qui ne sont pas liés aux anciens piliers, comme le CD&V est lié au pilier chrétien tant au niveau des syndicats que de l'enseignement. Mais pour le reste... pas beaucoup. Sur l'immigration, il y a un fossé. Et je pense qu'il est encore plus grand que celui avec les socialistes. En fait, presque sur tous les terrains c'est encore plus difficile qu'avec les socialistes, que ce soit sur le communautaire, sur le socio-économique, sur l'immigration...

"Sur l'immigration, il y a un fossé. Et je pense qu'il est encore plus grand que celui avec les socialistes."

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