interview

"Je ne parle pas d'écologie au sens bobo-gaucho" (Alice Leeuwerck, MR)

©Emy Elleboog

En politique belge, il y a les "usual suspects" qui squattent les affiches électorales depuis des années. Et puis, il y a ces "petits jeunes" qui montent. A l’approche des élections, L’Echo est parti à la rencontre de quelques "étoiles montantes" des partis.

Il y a des gens qui mènent la vie dure aux clichés. Alice Leeuwerck en est une. Cette jeune femme est devenue bourgmestre de Comines-Warneton en octobre 2018, renversant au passage le groupe Action en place depuis 66 ans. De son propre aveu, elle ne correspond pas à l’image qu’elle se faisait d’un bourgmestre. Jeune élue de 28 ans, elle cumule le job avec celui de jeune maman. Pour couronner le tout, la voilà deuxième sur la liste du MR dans la circonscription Mouscron-Tournai-Ath, juste derrière le ministre wallon Jean-Luc Crucke.

A quand remonte votre engagement ?

Vers 19 ans, j’ai pris conscience de l’impact de la politique sur la vie des gens. Avant je n’aimais pas, je ne trouvais pas ça assez concret. Je suis partie au Pérou après ma rhéto et j’ai fait du bénévolat pour aider les populations locales. Ça me semblait, à l’époque, le moyen le plus utile pour agir. Mais une fois que l’on arrête d’aider, que se passe-t-il? Et là j’ai compris l’importance des mesures structurelles. C’est avec ça que l’on fait bouger les choses. J'ai aussi compris le rôle de la politique. On a besoin de politiciens.

Vous avez commencé très tôt la politique. Votre famille était derrière vous?

Chez nous, on était plutôt catho, tendance cdH. Mais je me suis retrouvée dans les idées du MR et je me suis engagée. Ma famille a respecté mon choix.

"Je ne suis pas la stagiaire, je suis la bourgmestre et je préside la réunion."
Alice Leeuwerck
Bourgmestre de Comines-Warneton

Être une jeune femme vous a-t-il posé des problèmes?

Assez bizarrement, la réticence vient plutôt des femmes. Je suis bourgmestre et jeune maman. Souvent, mon entourage me demande: 'Mais comment tu fais ça? Tu arrives à cumuler les deux?' Je crois que la vie ne s’organise plus comme avant. Il y a quelques années, les gens avaient plusieurs vies: une vie de famille, une vie professionnelle, une vie politique et jamais elles ne devaient se rencontrer. Moi, je n’ai qu’une vie. Alors oui, parfois ma fille joue par terre pendant les réunions. Mais globalement j’entends des échos positifs. Parfois ça donne lieu à des situations assez cocasses, où l’on me demande en réunion si je suis stagiaire, mais non, je suis la bourgmestre et je préside la réunion. 

Votre engagement vous montre très proche de votre commune. Pourtant, le niveau régional vous en éloignerait...

Si je dois faire un choix, je choisirai ma commune. Mais si j’ai l’occasion de cumuler alors oui, je prendrai les deux. Ma position sur la liste, je la dois aussi à l’obligation de parité et à la volonté du parti de mettre les jeunes en avant. 

Face aux grandes figures de votre parti, vous avez l’impression d’être entendue?

Entendue et écoutée, oui. Maintenant, de là à dire qu’ils en tiennent toujours compte... Les jeunes ont très clairement droit au chapitre dans notre parti. Nous participons au renouvellement, ça c’est sûr. 

"Je ne me sens ni socialiste ni écolo, je suis libérale."
Alice Leeuwerck
Bourgmestre de Comines-Warneton

Pourtant des jeunes du parti ont émis leur réserve avant d’annoncer leur départ pour rejoindre la liste Destexhe

Je reconnais avoir beaucoup de mal à comprendre. Sans doute sont-ils plus conservateurs. Dans un parti, il y a toujours des ailes plus à gauche et plus à droite. Tout le monde n’a pas toujours le même avis et heureusement! C’est ça aussi la démocratie. 

C’est votre liste Ensemble qui vous l’a enseigné?

Oui, ce n’est pas parce que l’on est en coalition que l’on partage tout. A Comines, nous sommes dans une majorité avec Ecolo et MCI (tendance socialiste). Pourtant, je ne me sens ni socialiste ni écolo. Je suis libérale, mais, c’est vrai, sur certaines décisions nous devons composer avec les avis de nos partenaires même s’ils sont divergents. 

"Je ne crois pas qu’il soit encore pertinent de faire de l’écologie un parti."
Alice Leewerck
Bourmestre Comines-Warneton

L’écologie n’est pas une étape nécessaire quand on est jeune aujourd’hui?

Très clairement l’écologie est nécessaire. Mais je ne crois pas que ça soit encore pertinent d’en faire un parti. Il s’agit plutôt d’une compétence transversale qui, finalement, est inhérente à toute problématique. On doit formater notre cerveau à l’écologie, ne plus se demander 'Tiens, comment améliorer?', mais avoir directement le réflexe. On doit intégrer l’écologie dans tous nos actes quotidiens.

Cela est-il possible au niveau régional ou fédéral?

C’est peut-être plus compliqué, mais oui, c’est possible. Je vous parlais des mesures structurelles et de leur impact, nous y voici. Par exemple, les subsides attribués par le plan Marshall doivent recouvrir une dimension écologique. Je ne parle pas d’écologie au sens bobo-gaucho, pas au sens du parti Ecolo. Je parle ici d’écologie au sens de développement durable, des mesures nécessaires pour garantir l’avenir de la planète.

Lire également

Publicité
Publicité