carte blanche

L'appel de 20 patrons au monde politique: "Ce pays a besoin d'une ambition"

Dans une carte blanche, vingt-trois personnalités, dont beaucoup de patrons du Nord et du Sud du pays, déplorent l’absence de vision à long terme sur une série de thèmes pourtant prioritaires: immigration, mobilité, énergie, etc. À la veille du triple scrutin du 26 mai, ils interpellent les partis politiques: cette vision du futur, faites-en votre priorité.

Le constat

Analyser objectivement l’évolution de notre pays n’est pas chose aisée.

Mais quel que soit le point de vue choisi, nous avons du mal à tirer des conclusions enthousiasmantes des tendances actuelles.

Le World Economic Forum classe la Belgique à la 20e place selon l’indice de compétitivité (2017), en régression par rapport aux années précédentes, alors que les Pays-Bas sont 4es et l’Allemagne 6e. La Suisse se classe en tête.

La Belgique occupe la 52e place au classement des pays avec lesquels il est aisé de faire des affaires (World Bank 2017), après la Russie et la Bulgarie. Très loin de nos voisins et du Danemark, le leader européen.

"Ni l’immigration/intégration, ni la mobilité, ni l’énergie, ni les pensions et le vieillissement, ni l’environnement, ni la transition digitale ne disposent d’objectifs clairs (à 10 ou 20 ans) et de plans d’actions détaillés et chiffrés, de nature à tracer la voie pour les législatures qui suivent."

La complexité institutionnelle, les coalitions différentes selon les niveaux de pouvoir et une particratie de plus en plus déconnectée des grands enjeux, enlisent le pays dans l’immobilisme.

Quelques grands sujets, identifiés comme prioritaires par les gouvernements en place, méritent pourtant un alignement sur un plan d’actions à moyen et long termes. Ni l’immigration/intégration, ni la mobilité, ni l’énergie, ni les pensions et le vieillissement, ni l’environnement, ni la transition digitale ne disposent d’objectifs clairs (à 10 ou 20 ans) et de plans d’actions détaillés et chiffrés, de nature à tracer la voie pour les législatures qui suivent.

Enfin, les réactions populaires récentes confirment à profusion que les citoyens, de toutes natures et de tous âges, sont de plus en plus insatisfaits de la société dans laquelle ils vivent et se mobilisent pour exprimer, au mieux leurs doutes, au pire leur rejet vis-à-vis des dirigeants. L’internet et les réseaux sociaux amplifient le phénomène, souvent de façon incontrôlée.

Les manifestations des gilets jaunes, les marches pour le climat, les mouvements pour une Justice plus moderne et mieux équipée, ne sont que quelques exemples parmi d’autres.

"Cela nécessite une remise en cause fondamentale de la façon de fonctionner des partis et du personnel politique. Cela nécessite d’accepter de travailler ensemble sur les enjeux essentiels (…) Qu’on soit dans la majorité ou dans l’opposition, aux différents niveaux de pouvoir."

Une opportunité

Ce sursaut citoyen peut être considéré comme une opportunité. Il est le signe d’une inquiétude pour l’avenir mais aussi d’un intérêt renouvelé pour la chose publique.

Le sentiment d’urgence est bien présent. Le terreau est favorable au changement et il n’y a pas de raison objective de se résigner à l’idée que nos enfants vivront moins bien que nous.

"La complexité institutionnelle, les coalitions différentes selon les niveaux de pouvoir et une particratie de plus en plus déconnectée des grands enjeux enlisent le pays dans l’immobilisme."

Il est temps de reformuler positivement le futur, d’en décrire précisément les contours et de rassembler les citoyens belges autour d’une ambition inspirante et progressiste.

Le monde change très vite. Nous devons redéfinir ensemble dans quelle société nous voulons vivre dans les années qui viennent. Nous devons prendre en compte des exigences de compétitivité économique, incontournables parce que la Belgique est un pays très interdépendant dans ce domaine et que nous ne pouvons partager que la richesse que nous avons créée. Nous devons aussi y intégrer rapidement des objectifs environnementaux plus respectueux de notre planète.

Notre modèle social, basé sur la solidarité et l’égalité des chances, doit évoluer mais ses fondamentaux devront en sortir renforcés. C’est la clé de la cohésion sociale. Cette société du futur doit aussi reposer sur deux piliers essentiels dans lesquels nous devons continuer à investir: l’enseignement et la culture. Ils constituent nos fondements, en concrétisant et en propageant nos valeurs. Précisément ce qui nous différencie et nous rend uniques.

Concrètement…

Dans chacun des domaines clés, il est indispensable de développer cette vision à 10, 15 ou 20 ans. D’en déduire des projets et plans d’actions qui dépasseront l’échéance des législatures et qui ne devraient pas être constamment remis en cause au fur et à mesure des alternances politiques. De dégager les moyens financiers et humains nécessaires à leur réalisation.

C’est le rôle du politique de lancer cette démarche et de la mener à bien dans la durée, dans le respect et avec le support des citoyens.

"Les partis politiques veulent-ils répondre à cette attente? Sont-ils prêts à y travailler ensemble, quel que soit le résultat issu des urnes le 26 mai prochain? Nous leur demandons d’en faire leur priorité."

Dans le contexte institutionnel belge, particulièrement complexe, cela nécessite une remise en cause fondamentale de la façon de fonctionner des partis et du personnel politique. Cela nécessite d’accepter de travailler ensemble sur les enjeux essentiels, avec un regard critique mais constructivement, au-delà des intérêts immédiats des partis, des régions et sous-régions. Qu’on soit dans la majorité ou dans l’opposition, aux différents niveaux de pouvoir.

Nous avons tous besoin de cette vision positive du futur. Ce pays a besoin d’une ambition. Les partis politiques veulent-ils répondre à cette attente? N’est-il pas primordial qu’ils nous disent comment ils voient notre avenir et comment ils comptent nous y mener? Sont-ils prêts à y travailler ensemble, quel que soit le résultat issu des urnes le 26 mai prochain? Nous leur demandons d’en faire leur priorité.

Une carte blanche de Luc Bertrand (Ackermans & van Haaren), François Blondel (KitoZyme), Rodolphe Collinet (Carmeuse), Bart De Baere (directeur M HKA), Wouter De Geest (BASF), Bernard Delvaux (Sonaca), Etienne Denoël, Eric Domb (Pairi Daiza), Paul Dujardin (Bozar), Vincent Engel (professeur et écrivain), Eric Everard (EasyFairs), Gaëtan Hannecart (Matexi), Hilde Laga (présidente GIMV), Eric Mestdagh (vice-président UWE), Baudouin Meunier (UNamur), Leo Neels (Itinera), Serge Rangoni (directeur Théâtre de Liège), Pierre-Olivier Rollin (directeur BPS22), Michèle Sioen (Sioen Industries), Vic Swerts (fondateur-président de Soudal), Johnny Thijs (administrateur de sociétés), Bart Verhaeghe (Uplace), Pierre Wolper (recteur ULiège).

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