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L'Europe aux urnes, entre Renaissance et vague brune

Matteo Salvini et Marine Le Pen ©Photo News

Perte de puissance des partis d’après-guerre, démocrates chrétiens et socialistes. Montée des partis populistes et europhobes. Progression des libéraux alliés à la liste Renaissance du président Macron. Stabilité des Verts. Telles sont les grandes tendances attendues lors d’élections plus cruciales que jamais pour l’avenir du projet européen.

La soirée de dimanche promet d’être chaude à travers une Europe appelée à renouveler son Parlement, la plus grande assemblée démocratique du monde après celle d’Inde. À partir de 18h, les premières estimations tomberont pour douze États. À 20h15, un premier cliché du Parlement, agrégeant les résultats de ces pays et des sondages, sera disponible. Celle-ci évoluera, jusqu’à une projection officielle diffusée à 23h15.

D’Athènes à Dublin, de Lisbonne à Helsinki, les résultats sont attendus avec fièvre. Non seulement parce que le visage politique de l’Europe est en mutation, mais aussi parce que les gouvernements nationaux ont pris l’habitude de scruter l’exercice comme un test de légitimité. Sauf pour la Belgique, qui a choisi de renouveler tous ses Parlements le même jour.

La surprise de Timmermans

Pour Theresa May, démissionnaire au lendemain du vote du Royaume-Uni, le scrutin européen signe la fin de la partie.

Pour Theresa May, démissionnaire au lendemain du vote du Royaume-Uni, le scrutin européen signe la fin de la partie. Pour le Premier ministre libéral des Pays-Bas, Mark Rutte (VVD), c’est une demi-victoire. Un sondage réalisé jeudi à la sortie des urnes attribue quatre sièges à son parti, soit un de plus rogné sur l’électorat démocrate chrétien (CDA). La surprise vient des sociaux-démocrates, cornaqués par le commissaire européen Frans Timmermans, qui se classeraient en tête, raflant cinq sièges, soit deux de plus. Les travaillistes ont cloué sur place le parti d’extrême droite Forum pour la démocratie (FvD) de Thierry Baudet, donné gagnant par les sondages, mais qui ne récolte que trois sièges. La montée des partis populistes europhobes n’est pas inscrite dans les astres. Tel est le premier enseignement de ces élections.

Vendredi, la diffusion de ce sondage a suscité une levée de bouclier. Il pourrait influencer les électeurs dans d’autres États. Mais il n’a rien d’illégal. "Aucun résultat ne peut être publié avant la fin des élections. Mais cette règle n’inclut pas les sondages à la sortie des urnes", résume une porte-parole de la Commission, Mina Andreeva.

La remontée des travaillistes bataves contredit la tendance générale à la baisse dans les sondages pour les sociaux-démocrates européens.

La remontée des travaillistes bataves contredit la tendance générale à la baisse dans les sondages pour les sociaux-démocrates européens. Mais cette victoire locale ne peut être extrapolée aux autres partis socialistes européens, comme le PS ou le sp.a belges. Les troupes de Frans Timmermans ont surtout bénéficié de sa candidature à la présidence de la Commission, largement médiatisée. Du reste, leurs convictions portent bien plus au centre – pour ne pas dire à droite – que leurs coreligionnaires européens.

©Mediafin

Renaissance européenne, recul de la démocratie chrétienne

Ces élections devraient être marquées par un affaiblissement des deux grands partis européens, le PPE (démocrates chrétiens) et le S&D (socialistes) ayant gouverné l’Union ces cinq dernières années. Le PPE détenait 217 sièges sur les 751 du Parlement. Une estimation basée sur plusieurs sondages lui attribue 169 élus (-48) et 150 aux socialistes (-36). Avec 319 sièges contre 403 en 2014-2019, leur majorité a vécu.

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Pour gouverner à l’UE, ces partis représentant l’Europe d’après-guerre devront s’entendre avec la force montante, la famille libérale dirigée par Guy Verhofstadt, agrandie – ou fusionnée? – à la liste Renaissance d’Emmanuel Macron. La vision européenne novatrice portée par le Président français est déjà parvenue à séduire des écologistes et à plaire aux socialistes espagnols et portugais. Cette force est donnée à 105 sièges (+36).

Les Verts, en hausse à 54 sièges (+2), sont aussi attendus autour de la table. Bien qu’ils soient porteurs d’un thème, l’urgence climatique, très populaire en Europe, leur marge de manœuvre reste limitée en raison de leur faible popularité à l’est et au sud de l’UE.

Les démocrates chrétiens ne pourront plus, cette fois, s’offrir tous les postes à la tête des institutions européennes.

Les démocrates chrétiens ne pourront plus, cette fois, s’offrir tous les postes à la tête des institutions européennes. La nouvelle répartition, selon la majorité en vue, sera débattue lors d’un sommet européen informel ce mardi 28 mai. Le "spitzenkandidat" du PPE, Manfred Weber (CSU), sera-t-il président de la Commission? Ou le président Macron, qui voit plutôt Michel Barnier (PPE, LR) à ce poste, sera-t-il écouté? Les négociations, sur fond de psychodrame lié au Brexit inaccompli, s’annoncent âpres mais déterminantes pour le projet européen en grave difficulté.

Vague brune

L’extrême droite est attendue en hausse. Il ne devrait pas y avoir de raz-de-marée brun dimanche, mais une vague populiste europhobe portée par l’extrême droite. Le score des partis europhobes (extrême droite, M5S italien, non-affiliés) pourrait passer de 154 sièges acquis en 2014 à 165. Le groupe formé par le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, l’Alliance européenne des peuples et des nations (AEPN), constituerait le noyau dur de cette mouvance populiste, avec 73 élus. Il remplacerait l’Europe des nations et des libertés (ENL), qui détenait 37 sièges lors de la précédente législature. Le RN de Marine Le Pen est donné gagnant (25%) par rapport au parti En Marche (23%) d’Emmanuel Macron. Il constituerait la deuxième force de l’AEPN, avant l’AfD allemand.

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La Ligue, le parti d’extrême droite italien dirigé par Salvini, pourrait décrocher 25 députés, ce qui la mettrait dans les flancs de la CDU d’Angela Merkel, attendue à 30 sièges. Mais comme l’enseigne le sondage aux Pays-Bas, il est possible que le score des partis d’extrême droite soit surévalué.

La force de cette vague brune dépendra du score du parti pour le Brexit de Nigel Farage, une formation populiste rassemblant des électeurs d’extrême droite et d’autres déçus des Tories et du Labour.

Une formation volatile et dénuée de personnalités fortes.

Tout dépendra aussi de la capacité de Salvini à fédérer, ailleurs que lors d’un meeting, les europhobes, comme le rêve leur trait d’union américain Steve Bannon.

©Vadot

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