L'Europe indécise sur le choix de son candidat à la tête du FMI

Christine Lagarde, directrice générale du FMI et Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU. ©Photo News

L’UE s’était donné jusqu’à fin juillet pour choisir son candidat à la présidence du FMI, sans résultat. Son indécision pourrait profiter aux pays tiers.

Les Européens avaient convenu de choisir leur candidat à la direction générale du FMI avant fin juillet. Mercredi, aucun nom n’est tombé.

La décision fait à chaque fois l’objet d’intenses palabres. En 2011, les grands argentiers s’étaient accordés sur le nom de la Française Christine Lagarde pour remplacer Dominique Strauss Kahn. Cette fois, le processus prend du temps. Au point où, en coulisses, on se demande si l’UE réussira à conserver ce poste prestigieux. Après tout, le FMI compte 189 pays membres. Comme le monde, il a évolué en 75 ans. Dans l’esprit de nombreux pays tiers, il n’y a pas de raison que le Vieux continent enraye sa direction.

Une règle non écrite

Lors de la création du FMI et de la Banque mondiale en 1945, les alliés se partagèrent la direction des deux institutions selon une règle tacite. La direction générale du FMI revint aux Européens et la présidence de la Banque mondiale aux Etats-Unis.

L’indécision des Européens pourrait profiter aux pays tiers qui réclament de longue date la direction du FMI.

Un Belge, Camille Gutt, deux Suédois, un Néerlandais et cinq Français ont présidé le FMI. Trois Américains en ont assuré l’intérim en période creuse, John Lipsky ayant occupé la fonction durant trois mois, lorsqu’éclata l’affaire Strauss Kahn. En plus de quarante ans, la France s’est imposée quatre fois à la tête du FMI. Il est temps, pour elle, de passer le flambeau.

L’avis de Paris reste déterminant. Les ministres européens des Finances ont confié à leur homologue français, Bruno Lemaire, la mission de mener des consultations pour choisir un candidat unique de l’UE. Depuis une semaine, les téléphones chauffent. Une liste de cinq noms a fini par sortir le week-end dernier. Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, la Bulgare Kristalina Georgieva, actuelle numéro deux de la Banque mondiale, le Portugais Mario Centeno, président de l’Eurogroupe, le gouverneur de la banque de Finlande Olli Rehn et la ministre espagnole de l’Économie, Nadia Calvino. Mais lundi, la liste s’est réduite à trois noms. Le président français Emmanuel Macron soutient officieusement la Bulgare Kristalina Georgieva. Les deux autres candidats encore en lice sont Jeroen Dijselbloem et Olli Rehn.

La Bulgare semble avoir la cote. Elle a dirigé la Banque mondiale par intérim après le départ du brillant américano-coréen Jim Yong Kim, avant que Donald Trump n’y propulse en avril dernier David Malpass.

L’Allemagne incontournable

Kristalina Giorgieva a une longue expérience de commissaire européenne, de 2010 à 2016. Elle a été citée en juin dernier comme une candidate plausible à la présidence de la Commission européenne. Il se dit qu’elle bénéficie aussi du soutien de Washington. Pour autant que Trump accepte de renvoyer l’ascenseur aux Européens après la nomination de Malpass.

Le problème, c’est que la décision ne peut être prise sans le feu vert de l’Allemagne.

Le problème, c’est que la décision ne peut être prise sans le feu vert de l’Allemagne. Or selon certaines sources, Berlin soutiendrait Olli Rehn. L’indécision des Européens pourrait profiter aux pays tiers qui réclament de longue date la direction du FMI. Les pays émergents ne manquent pas de personnalités très compétentes. Pour cela, la procédure devrait se fonder sur le mérite. Et non l’appartenance à l’une ou l’autre puissance mondiale. Le temps presse, le dépôt des candidatures a commencé mardi et prendra fin le 6 septembre.

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