interview

"L'unique stratégie des Michel, père et fils, est de s'allier au PS" (Alain Destexhe)

©Jonas Lampens

Alain Destexhe se plaint souvent d’être boycotté par les médias. Le voici qui court les interviews. L’Echo retrouve l’ex-MR dans son QG de campagne, rue de la Loi. "Une partie des gens attend une offre de droite classique, ils trouvent que le MR n’aurait pas dû signer le pacte des migrations de l’ONU, sortir du nucléaire, voter la loi climat. Certains en ont marre du népotisme du clan Michel ou de Reynders qui met son fils en ordre utile à Liège." Le ton est donné.

Le MR est donc un parti trop à gauche, dites-vous, après cinq ans de coalition avec la N-VA et aucun parti de gauche. Crédible?

Tout le monde a oublié que l’unique stratégie des Michel père et fils a toujours été l’alliance avec le PS. En 2014, le MR tapait sur la N-VA, avait exclu de faire un accord avec elle, et c’est seulement lorsque le PS et le cdH ont fait un accord dans les Régions que Michel s’est tourné vers la N-VA. Ce fut un choix par défaut. Aujourd’hui, la situation est la même: pour revenir dans les Régions, le MR devra faire alliance avec le PS et la condition sera, pour le PS, de remonter au fédéral.

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Pourtant, le PS dit chaque jour qu’il préfère une alliance progressiste.
Je n’ai pas dit que le PS voulait faire une alliance avec le MR, mais que le MR voulait une alliance avec le PS. Notre objectif à nous est de proposer une offre de centre droit, de droite classique. Voter MR c’est renoncer jusque 2025, voire pour toujours, à une alternative de droite classique pour la Wallonie et Bruxelles. C’est-à-dire poursuivre des politiques médiocres qui ne sont pas à la hauteur, du moins si l’on souhaite retrouver la croissance et sortir Bruxelles et la Wallonie du déclin. Il y a 20 ans, à Bruxelles, le PIB par habitant était encore supérieur à celui de la Flandre, ce n’est plus le cas. Nous voulons imposer des idées de droite dans le débat francophone qui est dominé par la gauche.

Voter MR, c'est renoncer à une alternative de droite classique jusqu'en 2025.

La gauchisation du MR ne date-t-elle pas finalement du libéralisme social de Louis Michel? Pourquoi ne pas être parti à ce moment-là?
à un moment, "trop is te veel". Sur le communautarisme, j’ai avalé les dérives de Miller, Schepmans et De Wolf pendant des années.

Quelles dérives?
Miller qui signait une proposition de loi avec Khattabi et Laaouej pour lutter contre l’islamophobie, un concept inventé par les mollahs iraniens pour que la critique d’une religion soit assimilée à du racisme. Le fait que De Wolf a autorisé une manifestation de Sharia for Belgium que l’ambassade du Maroc lui demandait d’interdire; que Schepmans se rende à des cérémonies de rupture du jeûne, en tant que bourgmestre, pour draguer l’électorat musulman. J’ai failli être viré quand j’ai proposé l’interdiction du voile à l’école. Puis il y a eu Pacte migratoire, la sortie du nucléaire….

Je ne surfe pas sur les peurs, j’ai peur. J’ai peur pour mes enfants.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de surfer sur la peur de l’immigration qui subsiste dans la société?
Mais Monsieur, j’ai peur! J’ai peur pour mes enfants. Avec les gens qui me rejoignent, nous avons peur. J’ai été sur le marché de Molenbeek, 80% des femmes sont voilées. Il y a 25 ans il n’y avait pas 10% de femmes voilées. Je ne surfe pas sur les peurs, je pose des problèmes, souvent très longtemps avant les autres. Dans un livre écrit avec Claude Demelenne, il y a dix ans, on a dit qu’il y avait une menace terroriste en Belgique. Il y a eu des attentats. Oui, il y a un problème d’islamisme. Oui, Ecolo est un parti qui fait du communautarisme. Je suis stupéfait qu’on fasse une polémique autour d’un tract alors que tout cela est connu. Nous pensons qu’il faut lutter contre l’islamisme et le communautarisme. Le MR n’aborde ces questions qu’en période électorale.

Que dites-vous aux communautés musulmanes? Quelles sont vos recettes contre ce communautarisme?
Je leur dis: intégrez-vous! Acceptez l’égalité homme-femme, l’homosexualité, qu’on puisse critiquer votre religion, acceptez qu’on puisse changer de religion et ne soyez pas antisémites.

Vous ne craignez pas de généraliser en tenant ce type de propos?
Non, je ne généralise jamais, mais quand je vois que 30% de la population bruxelloise est musulmane, je me dis que si on ne réussit pas l’intégration autour des valeurs, la société va exploser. Plus rien ne nous liera ensemble pour faire une société.

Si on ne réussit pas l'intégration autour des valeurs, la société va exploser.

Est-il possible que vous reveniez au MR après les élections?
Non. Mon but est de créer un mouvement de centre droit qui me survive. Je ne serai pas le président de ce parti dont le nom changera. Je le dis tout de suite, je n’aime pas les termes de droite "dure", "décomplexée" ou "ultra". Ce sont des termes de journalistes pour discréditer mon positionnement. Nous représentons une droite classique qui existe en Flandre avec l’Open Vld.

Que proposez-vous pour régler le problème des groupements de migrants à la gare du Nord?
De les mettre dans des centres de transit, de les loger, de les nourrir, de les soigner et puis de les renvoyer chez eux.

S’ils ne sont pas expulsables?
Ce sont des illégaux qui ne veulent pas de mander l’asile. Mais globalement, on doit les empêcher d’arriver en Europe. Il faut traiter les demandes d’asile dans les pays limitrophes, voire dans les ambassades.

Votre structure d’accueil, n’est-ce pas ce que refusent le MR ou la N-VA qui craignent un appel d’air?
Je ne suis ni pour un centre d’accueil ni pour laisser pourrir la situation. Je suis pour les héberger, mais ils doivent retourner chez eux.

Pour traiter la migration en dehors de l’Europe, il faut une coopération internationale. C’est précisément le but du Pacte de Marrakech que Charles Michel est fier d’avoir fait accepter par la Belgique.
C’est une vaste blague. L’Europe a déjà un tas d’accords avec d’autres pays, on n’a pas besoin de l’ONU.

Quel sont les lignes force de votre programme socio-économique?
Notre mesure-phare: la réduction de 1% par an des dépenses de l’administration publique. La Belgique est à 53% du PIB en dépenses publiques, l’Allemagne ou les Pays-Bas à 44%. Les soins de santé, les pensions sont-ils moins bons dans ces pays? Non! Nous sommes les seuls à expliquer comment nous allons financer des baisses d’impôts, une hausse des pensions et une hausse en soins de santé. Car ces derniers doivent mécaniquement augmenter.

Nous prônons une baisse des dépenses de 1% par an dans les administrations publiques.

Cela veut dire des fonctionnaires en moins?
Oui. Chaque administration doit réduire son budget de 1% en Région bruxelloise, en Wallonie, les mutuelles, toutes les administrations. C’est ce qu’ont fait la Suède et le Canada. Mais on ne diminue pas le budget des soins de santé et on fait une exception pour les fonctions régaliennes: police, Justice et armée. Cette diminution va avoir un effet d’entraînement sur le secteur privé qui ne sera plus étouffé par le secteur public. On affectera ces économies pour moitié à la réduction des impôts et pour moitié à la hausse des pensions et des soins de santé.

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Vous êtes contre la sortie du nucléaire. Pourquoi?
C’est un des sujets de fond qui ne sont pas abordés durant cette campagne. Je pense que la sortie du nucléaire en 2025 ne se fera pas. Et elle ne doit pas se faire car cela aura pour conséquence d’augmenter les émissions de CO2 puisqu’il faudra importer de l’électricité produite avec du charbon. Et cela va faire exploser la facture pour les citoyens. Le seul point pour lequel je suis d’accord avec le PS et le PTB c’est l’idée d’abaisser la TVA sur l’électricité à 6%. Car quand on paye cette facture, on a déjà été taxé.

Le maintien du nucléaire doit donner lieu à des investissements qui se répercuteront aussi sur la facture, non?
Nous ne maintenons que les deux centrales les plus récentes. Ne nous privons pas d’une énergie propre, qui ne produit pas de CO2. On ne va pas détruire les paysages wallons pour mettre des éoliennes.

On a assisté à un clash médiatique entre vous et M. Modrikamen, président du Parti Populaire, dans la Dernière Heure cette semaine. Ne seriez-vous pas plus fort à deux?
Je regrette cette interview. Je n’ai pas de commentaire à faire. Je demande simplement à ses électeurs: après 10 ans sans résultats du PP, qui a le plus de chance de créer une alternative de droite?

Il y a tout de même un groupe technique – une disposition spéciale qui permet à des petits partis de se regrouper pour augmenter leur chance d’être élus – pour le Parlement bruxellois entre vous et le PP...
C’est un accord technique, sans dimension politique. Energie, dépenses publiques, réduction du nombre de mandataires, nous proposons une offre politique qui constitue la seule opportunité d’empêcher une dérive supplémentaire du MR vers la gauche. Sans force de droite, il ne sera plus incité à ne pas se coller au PS ou à Ecolo.

Vous allez surtout affaiblir le MR, non?
Ce n’est pas notre but. Il s’agit de forcer le MR à revenir à une politique plus centriste, plus de droite, comme l’a fait la N-VA en Flandre. Est-ce que la Wallonie et Bruxelles veulent retrouver le chemin de la prospérité, de la fierté? Ce sera avec nous, car nous ne ferons pas d’alliance avec le PS.

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