"Le climat est constructif en Wallonie"

©anthony Dehez

Face au MR et au PS, Ecolo a affirmé des revendications plus marquées en Wallonie. Les Verts ont déposé une note de seize pages relative à la mobilité, l’énergie, l’agriculture. De quoi alimenter les tensions dans les négociations? Non, le climat serait constructif, nous dit-on.

Alors qu’ils avaient déjà pu définir leurs priorités et objectifs dans le cadre de leur tête-à-tête avec le PS – ayant abouti sur un premier document cosigné par les deux formations –, les Écolos ont déposé un addendum particulièrement coloré sur la table des négociateurs wallons, révélait Le Soir ce vendredi.

Dans les seize pages que contient le document, les Verts évoquent une série de revendications nouvelles "plus vertes que dans le coquelicot initial". Il en va aussi bien d’une "sortie du plastique à l’horizon 2030" et d’une "facturation des déchets au poids pour soutenir les communes et les citoyens dans leurs efforts de réduction à la source et de tri", que d’un "dialogue approfondi avec les fédérations industrielles (…) pour décarboner en profondeur leurs processus de fabrication"; d’un recadrement des dossiers de demande de crédit de la part des PME via un "canevas unique d’analyse" intégrant "les impacts directs et indirects du projet sur l’emploi, mais aussi les gaz à effet de serre, l’empreinte carbone et la biodiversité"; de développer "le plus rapidement possible la production d’électricité d’origine renouvelable"; d’une offre de transports en commun "plus respectueux de l’environnement"; d’"une stratégie de développement de l’usage du vélo comme moyen de déplacement utilitaire", ou, encore, d’une utilisation "prioritaire" des aides européennes pour une "transition agroécologique de l’agro-alimentaire". Proposition est aussi faite de garantir des pratiques de chasse "compatibles avec l’éthique par une actualisation du cadre législatif et réglementaire".

Dernière danse?

Qu’en penser? La démarche en tant que telle n’a rien d’étonnante – en plus d’être datée de plus de trois semaines déjà. En effet, la note a été expressément demandée par le formateur wallon Elio Di Rupo. Il s’agissait d’inspirer sa synthèse – attendue pour la mi-août, et devant rouvrir la porte aux discussions –, avec des sujets non abordés jusqu’ici dans les travaux. "Tout comme une vingtaine d’autres documents qui auraient aussi pu fuiter", peste-t-on en coulisses.

"Cette note parue dans la presse montre aux militants qu’Écolo pèse dans le débat face aux socialistes et aux libéraux."
Pascal Delwit
Politologue à l’ULB

Là où la note est plus surprenante par contre, c’est dans sa teneur. Écolo revient ici aux fondamentaux. Pour Pascal Delwit, politologue à l’ULB, "il s’agit de montrer aux militants que le parti pèse dans le débat et qu’en cas d’association avec les socialistes et les libéraux, les Verts ne sont pas dans une démarche d’affaiblissement par rapport à leurs revendications". Ce que l’arrivée du MR, en juillet, à la table des négociations avait quelque peu initié, venant enterrer définitivement l’idée, un temps évoquée, de coalition coquelicot minoritaire ouverte à des personnalités issues de la société civile.

Mais l’on pourrait aller encore plus loin. Via cette fuite, ne s’agirait-il pas aussi de sauver la face, lors d’une dernière danse, dans le cadre d’un possible évincement à venir des Verts, laissant s’envoler une coalition violette viable en Wallonie? Après tout, ils sont mathématiquement contournables. Côté MR et PS, on essaie de jouer le jeu de la discrétion pour aboutir. Tout au plus entend-on, du côté du boulevard de l’Empereur, que "personne n’a jamais exprimé quoi que ce soit de négatif à l’égard d’Écolo lors des réunions passées".

"Il n’y a rien de tangible qui amènerait à percevoir que nous pourrions travailler à autre chose qu’une coalition à trois"

Et ce, même si les socialistes liégeois ont pourtant pour réputation de privilégier un attelage PS-MR. Du côté des libéraux, même son de cloche. Certaines préoccupations des Écolos ont été en général "accueillies positivement" en interne. "Le climat des négociations est constructif, nous souffle-t-on. Il n’y a rien de tangible qui amènerait à percevoir que nous pourrions travailler à autre chose qu’une coalition à trois". D’ailleurs, "la dynamique devrait s’accélérer", nous dit-on.

Mais sans qu’il soit possible de prédire un atterrissage avant la fin de l’été. Ni même si la base militante d’Écolo donnera son "go" à une coalition arc-en-ciel, d’ailleurs.

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