analyse

Le climat, étendard et épée de Damoclès de von der Leyen

Ursula von der Leyen ©AFP

La présidente élue de la Commission a fait du climat la première de ses priorités. Mais certains des députés qui l’ont élue à une très courte majorité neuf voix menacent déjà de ne pas soutenir sa Commission si elle ne revoit pas ses ambitions à la hausse.

En exposant aux eurodéputés sa vision de l’Union européenne ce mercredi, Ursula von der Leyen a fait de la lutte contre le réchauffement climatique le premier des défis de l’Union – un développement symbolique très remarqué alors que ses prédécesseurs avaient toujours relégué ce sujet derrière la croissance et l’emploi. Ursula von der Leyen, toujours basée à Berlin même si elle a désormais des bureaux dans le bâtiment Charlemagne de la Commission à Bruxelles; a repris à son compte le plaidoyer de l’équipe Juncker pour mener l’Europe à la neutralité carbone en 2050. Elle a surtout annoncé vouloir y ajouter l’objectif intermédiaire de réduire les émissions européennes de CO2 "de 50, voire 55%" d’ici 2030, comme le demande notamment le secrétaire général des Nations unies.

1.000
milliards
La future patronne du Berlaymont a fait cette promesse sonnante et trébuchante: 1.000 milliards d’euros pour la transition écologique sur dix ans.

Annonçant un "Green Deal for Europe" dans les cent premiers jours de son mandat, elle a égrené des propositions concrètes pour que l’Europe devienne "le premier continent neutre en carbone". Estimant que les émissions de gaz à effet de serre doivent "avoir un prix qui change nos comportements", elle entend introduire une taxe carbone aux frontières de l’Union pour protéger les entreprises du continent de la concurrence de celles qui ne sont pas soumises au même degré d’ambition. Ou encore créer un "fonds de transition juste" – une réponse, laconique pour l’instant, aux attentes conjuguées des défenseurs de l’environnement et de la justice sociale qui ne veulent pas opposer "fin du monde et fin de mois".

La future patronne du Berlaymont a surtout fait cette promesse sonnante et trébuchante: 1.000 milliards d’euros pour la transition écologique sur dix ans. Il s’agit de transformer une partie de la Banque européenne d’investissement (BEI) en "Banque climat". Ursula von der Leyen ne part pas de zéro. La France avait déjà plaidé pour la création d’une "banque climat" – les autres États membres refusant de démultiplier les structures, la future présidente de la Commission fait donc la synthèse d’un débat qu’elle prend en cours.

Si l’on traduit sa proposition, Ursula von der Leyen entend dégager en moyenne 100 milliards d’investissements par an au cours de la prochaine décennie. Sachant que la BEI a investi l’an dernier un peu plus de 16 milliards d’euros dans des projets verts qu’elle finance à hauteur de 30 à 40%, l’ambition annoncée revient à la grosse louche à doubler les opérations de la banque publique dans ce secteur.

"Scénario idéal"

Pour inédites qu’elles soient, les ambitions de la présidente-élue sur le climat ne suffisent pas à elles seules à répondre aux besoins identifiés par la Cour des comptes de l’Union, selon laquelle il faudrait 1.115 milliards d’euros par an au cours de la prochaine décennie pour atteindre les objectifs européens de réduction des émissions. Or, face à une présidente qui arrive en position de faiblesse, d’aucuns se préparent à faire monter les enchères. Car après avoir gagné de justesse la présidence de la Commission, Ursula von der Leyen doit maintenir à flots sa fragile majorité jusqu’au bout de la négociation qui s’annonce sur les détails de son programme, en vue de l’entrée en fonction de son équipe au 1er novembre.

"Je ne pourrais pas voter pour la prochaine Commission tant qu’on n’aura pas un budget climat supplémentaire de 100 milliards par an."
Pierre Larrouturou
Eurodéputé français (S&D)

"J’ai voté pour elle, mais j’ai dit au groupe socialiste que je ne pourrais pas en âme et conscience voter pour la prochaine Commission tant qu’on n’aura pas un budget climat supplémentaire de 100 milliards par an", indique l’économiste français Pierre Larrouturou, fraîchement élu avec l’étiquette socialiste. Un budget climat ambitieux comme condition sine qua non d’un soutien à la future équipe? Le Français assure qu’ils sont "un bon nombre" au sein du groupe socialiste à avoir voté pour Ursula von der Leyen et à suivre ce résonnement (plus que neuf à ce stade, dit-il sans donner de liste). À ses yeux, "c’est le scénario idéal" pour aborder la négociation.

Anticipant la menace permanente de blocages qui pèserait sur une Commission élue trop chichement, le président du Conseil européen Donald Tusk avait misé sur une collaboration avec les écologistes. Leur co-président Philippe Lamberts a présenté le devis: quatre commissaires verts.

Lire également

Publicité
Publicité