Le discours de la méthode

Paul Magnette entame sa mission.

Paul Magnette a cité Lao Tseu pour décrire sa mission d’information: "Celui qui n’essaie pas ne se trompe qu’une fois". Il va donc essayer, un peu contraint et poussé par le Roi, de concilier l’inconciliable et mettre sur les rails la formation d’un gouvernement fédéral. Une gageure tant, comme il l’a souligné lui-même, les antagonismes entre partis sont profonds. Se disant optimiste par nature, il se donne deux à trois chances sur dix d’aboutir. C’est dire si la tâche s’annonce délicate.

Pour réussir ce qui s’apparenterait à un exploit, l’informateur va changer de méthode: élargir les consultations à dix partis, objectiver des chiffres, tenter de cerner quatre ou cinq priorités communes… En bref, parler du contenu d’abord, puis de la coalition ensuite.

La balle est plus que jamais dans le camp de deux partis flamands: l’Open Vld et le CD&V.

La stratégie est intelligente. Elle présente le mérite de n’exclure personne automatiquement – pas même la N-VA honnie par les socialistes –, d’impliquer tout le monde, de mettre chaque parti devant ses responsabilités… et de ne pas laisser le PS seul porter le poids d’un échec potentiel. Tactiquement, c’est bien joué. Paul Magnette sort de la dichotomie "coalition arc-en-ciel" contre "coalition jaune pourpre". L’informateur a la carrure pour la fonction.

Tout cela est très positif. Mais, aussi habile soit-il, ce "discours de la méthode" très cartésien ne peut masquer la réalité: les problèmes de fond demeurent. Politiques bien sûr: on l’a dit, le gouffre est abyssal entre partis. Mais aussi économiques: la Commission européenne a indiqué ce jeudi, dans ses prévisions pour 2020, que la Belgique serait, avec l’Italie, le plus mauvais élève de la zone euro en termes de croissance et de déficit public.

La balle est plus que jamais dans le camp de deux partis flamands: l’Open Vld et le CD&V. C’est eux qui doivent désormais trancher une question quasi existentielle: vont-ils (continuer à) courir après la N-VA, tant dans ses aspirations indépendantistes que dans son programme socio-économique de droite dure? Ou vont-ils opérer un recentrage, plus compatible avec les vœux d’une majorité de francophones, vers le libéralisme social pour les uns et la démocratie chrétienne traditionnelle pour les autres, tout en freinant toute fuite en avant séparatiste? La sortie médiatique de Mathias De Clercq, bourgmestre libéral de Gand, plaidant pour un "arc-en-ciel", montre que le débat vit. De la réponse à cette question dépendra en grande partie l’issue de la mission de Paul Magnette mais, peut-être plus largement, l’avenir du pays.

Pour décrire sa mission, l’informateur aurait pu utiliser une autre maxime célèbre du sage chinois: "Un voyage de mille lieues commence par un premier pas". Paul Magnette en est là: au premier pas.

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