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Le "non" du cdH relance le MR en Wallonie

©anthony Dehez

Fin du faux suspense en Wallonie. Après le MR et le PTB, le cdH a rejeté la note coquelicot. PS et Ecolo vont devoir discuter avec les libéraux.

Sans trop de surprise, après le PTB et le MR, le cdH a dit "non" mardi à la note coquelicot envoyée par le PS et Ecolo vendredi soir. Ce troisième refus met donc définitivement un terme à un faux suspense en Wallonie et au projet de gouvernement minoritaire porté par le PS et Ecolo au lendemain des élections du 26 mai.

Pas d’unanimité au cdH

Le résumé

Sans surprise, le cdH a dit non à la note coquelicot du PS et d’Ecolo.

PS et Ecolo vont maintenant consulter leurs instances avant d’inviter le MR à la table des négociations.

Le MR appelle de son côté les partis à prendre leurs responsabilités.

Comme le MR lundi, les humanistes ont critiqué la manière dont le tandem PS-Ecolo a tenté d’attirer les députés cdH dans leur projet. Maxime Prévot, le président du cdH juge ainsi "très cavalier, pour ne pas dire vexatoire, la démarche visant à tenter de débaucher les uns ou les autres". Il voit surtout, derrière cette note corédigée avec une série d’organisations de la société civile, une tentative de "préparer le mental des assemblées générales du PS et d’Ecolo" à négocier avec le MR. François Desquesnes, le chef du groupe cdH au Parlement wallon, qualifie de son côté le coquelicot de "paravent pour introduire la suite de l’histoire".

La prise de position du cdH en bureau mardi matin n’a cependant pas fait l’objet d’une unanimité. Comme attendu, le député fédéral Josy Arens a plaidé pour que son parti participe à un projet porté par les enjeux climatiques. L’ancien député wallon Benoît Drèze a, quant à lui, exprimé son inquiétude pour l’avenir de son parti une fois rangé dans l’opposition. Il a été rejoint par François Kinard, échevin dans le Luxembourg. Ces voix dissonantes n’ont cependant pas fait le poids face à la machine du parti.

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Retour à la case départ

Après l’échec du coquelicot, on en revient donc au point de départ. À savoir que PS et Ecolo n’ont toujours pas de majorité pour gouverner en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, sans le cdH et le PTB qui refusent de monter dans une majorité, il ne reste plus que l’option libérale. Les choses en sont toujours là.

Avant d’envoyer officiellement les invitations au MR, PS et Ecolo vont réunir leurs instances. Du côté du boulevard de l’Empereur, un bureau de parti est prévu ce mercredi matin. Il s’agira avant tout d’acter l’échec dans la mise en place d’un pôle des gauches. "Il y avait une volonté sincère de faire un pôle des gauches avec le PTB. Cela a pris du temps mais ce n’est pas une perte de temps. Il ne faut pas oublier qu’on sort de cinq années où les partis francophones ont été très critiques à l’égard du MR au Fédéral", fait remarquer un cadre du parti.

"Se retrouver dans un gouverne-ment avec les libéraux mais sans Ecolo, ce n’est certaine-ment pas la meilleure chose."

Nervosité socialiste

Et après? L’échec digéré, "il n’a pas tellement d’autres solutions que de prendre langue avec le MR et voir ce qu’ils veulent amener comme marqueurs par rapport à la note que nous avons rédigée avec Ecolo", analyse logiquement ce cadre socialiste. Un autre se dit rassuré par les "déclarations du MR qui sont relativement souples depuis lundi", même s’il sait qu’il faudra trouver "un point d’équilibre" entre les deux partis.

La question qui agite les socialistes, ce n’est pas tellement s’il faudra aller aux négociations avec le MR mais si Ecolo les suivra. Alors qu’Elio Di Rupo parlait d’un PS lié à Ecolo le week-end dernier dans L’Echo, certains redoutent une mauvaise surprise du côté des verts. "Dans un contexte budgétaire pas facile, se retrouver dans un gouvernement avec les libéraux mais sans Ecolo, ce n’est certainement pas la meilleure chose."

Ecolo très attendu

Sans être arithmétiquement indispensables dans une tripartite PS-MR-Ecolo, les verts vont-ils ainsi prendre le risque d’être la cinquième roue du carrosse? On devrait en savoir plus à la fin du conseil de fédération qui se réunit mercredi soir.

©Photo News

Si certains se montrent "perplexes" en interne, les premiers échos laissent à penser qu’Ecolo acceptera de négocier avec le MR malgré une campagne électorale tendue entre les deux partis.

De toute façon, c’est l’AG qui approuvera ou pas l’accord qui en sortira. "Ce n’est donc pas la dernière étape", dit une source Ecolo. Cette dernière insiste aussi sur la nature du projet qui sera sur la table. Jean-Marc Nollet, le coprésident d’Ecolo, a expliqué samedi dans L’Echo, que "si on déchire la note, pour nous, il y aura un problème".

Les mentalités ont également évolué chez les verts. Si la ligne du parti était plutôt de refuser de monter dans une majorité sans être numériquement nécessaire, aujourd’hui, la posture est d’autant plus difficile à tenir qu’Ecolo sort d’un processus qui a été loin dans la prise en compte des aspirations de la société civile. Enfin, depuis la campagne, le parti affiche une volonté ferme d’agir sur le réel de façon radicale, ce qui rend plus difficile à faire passer dans l’opinion un refus de monter au pouvoir.

Le MR joue l’apaisement

Tout est donc dans tout et la façon dont les libéraux vont aborder les négociations sera également déterminante pour la suite des discussions en vue de former une tripartite. Conscient des enjeux, le libéral Jean-Luc Crucke, ministre de l’Énergie en Wallonie, se montre ouvert. "Si on veut prendre des grandes réformes basculantes, il faut être à trois afin de disposer d’une majorité confortable au Parlement. Il faudra donc d’abord apprendre à se respecter et à comprendre la différence de l’autre. Il est temps d’avancer. La campagne est terminée."

Sans déchirer la note coquelicot, le MR viendra évidemment avec une série d’exigences en matière de développement aéroportuaire, par exemple, ou la mise en place d’une circonscription régionale ou le rapprochement de l’enseignement qualifiant, aujourd’hui logé dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans la Région. "Aujourd’hui, nous avons une note de deux partis de gauche qui ne correspond pas au programme du MR. Il faudra donc la faire évoluer, mais il y a des éléments comme sur le climat où on doit pouvoir suivre. Mais il ne faudra pas avoir de tabou. Le système institutionnel est en train de mourir par la lasagne. Il faut prendre des mesures. La Fédération Wallonie-Bruxelles connaît de grandes difficultés financières mais elle n’a pas de capacité fiscale. Elle aura donc besoin de la Région wallonne."

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