Le plan d'investissement de la Stib, pierre d'achoppement entre Ecolo et PS?

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Depuis les bancs de l’opposition, Ecolo s’est montré très critique envers le projet de métro Nord. Adopté en fin de mandature, le programme d’investissement de la Stib sera au cœur des négociations entre PS et Ecolo.

Alors que les consultations en vue de former un gouvernement bruxellois se poursuivent, l’annonce de la délivrance d’un permis d’urbanisme pour la création de la future station Toots Thielemans a remis en lumière les divergences de vue existant entre les socialistes et les écologistes en matière de mobilité.

6,25 milliards €
Valable dix ans (2019-2028), le programme pluriannuel d’investissement de la Stib prévoit un budget total de 6,25 milliards d’euros.

Pour mémoire, cette station, qui doit sortir de terre dans le quartier Stalingrad, à proximité de la gare du Midi, fait partie du projet de métro Nord qui permettra de relier Forest et Evere d’ici 2030 en réaménageant la ligne de prémétro existante entre Albert et la Gare du Nord. Il s'agira aussi de construire un nouveau tronçon ainsi que sept nouvelles stations entre la gare du Nord et Bordet.

Consultations compliquées en vue 

Ce projet, porté par le gouvernement sortant dont font partie les socialistes, est vivement remis en question depuis des années par les verts qui dénoncent les budgets exorbitants qui y seront consacrés en échange de gains jugés minimes en matière de mobilité. En apprenant, par Le Soir, qu’un permis d’urbanisme avait été délivré par l’administration bruxelloise deux jours avant les élections, le sang de la tête de liste Ecolo n’a visiblement fait qu’un tour. "Délivrer un tel permis et attribuer les marchés à quelques jours des élections. La grande classe et la grande confiance au projet, de la part du #brugov sortant", a lâché Alain Maron dans un tweet qu’il n’a ensuite pas tardé à supprimer.

Alors qu’un axe PS-Ecolo-DéFI semble se dessiner depuis les élections communales, qui ont vu une telle coalition émerger à la Ville de Bruxelles, cet accrochage laisse présager des difficultés lorsqu’il s’agira de négocier le volet mobilité, l’un des six axes prioritaires définis par Laurette Onkelinx (PS) dans le cadre des consultations en cours.

Désormais seconde force politique de la Région, Ecolo, qui ne préconise pas l’abandon du futur métro, espère toutefois peser de tout son poids dans les négociations pour obtenir davantage d’investissement dans le transport de surface. L’argent ne coulant pas des murs dans la capitale, la marge de manœuvre réside notamment dans le phasage du projet de métro Nord.

Investissements prévus

Approuvé en même temps que le nouveau contrat de gestion de la Stib en fin de mandature, le programme pluriannuel d’investissement risque dès lors de se retrouver au cœur des négociations entre socialistes et écologistes. Ce document, resté pour l’heure confidentiel, dresse la liste de tous les investissements prévus d’ici 2028, pour un montant total de 6,25 milliards d’euros. Il permet de voir quelle part des budgets est allouée au transport souterrain et de quel montant hérite le transport de surface.

Sept stations de métro doivent s’ajouter aux 69 (dont Pannenhuis) que compte déjà Bruxelles. ©Shutterstock

L’un des arguments principal d’Ecolo à l’encontre du métro consiste à dire que ce projet hypothèque, en raison de son coût important, le déploiement d’autres solutions de mobilité. Cette crainte est-elle fondée? On constate en tout cas que c’est le métro qui se taille la part du lion avec 2,6 milliards d’euros investis par la Stib auxquels s’ajoutent 409 millions de Bruxelles Mobilité. Côté Stib, le budget est destiné principalement à l’extension vers Bordet (environ 1 milliard), à la transformation du prémétro entre Albert et la gare du Nord (plus de 530 millions) et au matériel roulant (461 millions).

Le tram vers Tour & Taxis prévu pour 2023

La part des investissements consacrés au tram s’élève à 1,2 milliard pour la Stib et à 127 millions pour Bruxelles Mobilité. Un montant qui comprend l’achat de matériel roulant, la construction de deux nouveaux dépôts (à Molenbeek et au Heysel), la maintenance et l’extension du réseau. À ce sujet, le phasage des investissements laisse penser que le tram vers Tour & Taxis devrait être opérationnel d’ici 2023 tandis que celui vers Neder-over-Heembeek serait achevé l’année suivante.

La création d’un tunnel de trams sous la place Meiser ne semble finalement pas abandonnée, un montant de 96 millions d’euros d’ici 2025 figurant au programme.

Selon le plan pluriannuel, d’autres projets sont encore à déterminer: l’extension du tram 62 vers l’aéroport, une nouvelle rocade ouest avec la tramification du bus 49, une nouvelle rocade est allant de Roodebeek au centre Adeps. Notons qu’un budget de 782 millions est pour l’heure alloué au réseau de bus dont une part substantielle doit servir à l’achat de matériel roulant et à la construction de dépôts. Reste à voir si la ventilation prévue par le gouvernement sortant passera la rampe des négociations entre PS et Ecolo.

consultations à bruxelles: l’Open VLD invité à ralentir le rythme

Après avoir rencontré Ecolo et le MR la semaine passée, le PS, qui est arrivé -tout juste- en tête du scrutin en Région bruxelloise, a poursuivi son premier tour de chauffe ce lundi en consultant le président de DéFI, Olivier Maingain, et la tête de liste Bernard Clerfayt.

À l’issue de la rencontre, la présidente de la Fédération bruxelloise du PS Laurette Onkelinx a déclaré que le jeu restait ouvert tandis que le ministre-président sortant Rudi Vervoort a rappelé que le PS avait quand même affiché un certain nombre de préférences. Sans doute en référence à leur volonté, affichée en campagne, de nouer des alliances dites progressistes.

Est-ce que l’axe PS-Ecolo-DéFI, qui se dessine depuis les élections communales, pourrait être remis en question à la suite des négociations aux niveaux fédéral et wallon? "Nous ne sommes bien entendu pas aveugles sur l’évolution de la situation au fédéral, mais, en tout état de cause, cela ne changera pas notre volonté d’autonomie sur les particularités bruxelloises. De plus, imaginez que la situation se bloque au niveau fédéral", a déclaré Laurette Onkelinx à l’agence Belga.

Ce lundi à Bruxelles, la surprise est surtout venue du côté des néerlandophones. Les négociateurs de l’Open Vld ont reçu pour consigne en bureau de parti de temporiser les négociations en cours avec Groen et le sp.a afin de favoriser la montée des libéraux francophones dans les futures négociations.

La formation des coalitions se déroule traditionnellement de manière séparée à Bruxelles. Mais l’Open Vld a peut-être entendu l’appel lancé vendredi par le nouveau député David Leisterh (MR) qui les invitait à ne pas monter dans une majorité sans les libéraux francophones.

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