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Le PS face à un mur communiste en Wallonie

©Photo News

On se dirige vers une rupture dans les discussions entre le PS et le PTB en Wallonie. Après l’exit du cdH, le départ du PTB rend maintenant le MR incontournable pour une alliance avec le PS.

La séquence semble être un remake des discussions qui ont suivi les élections communales de 2018. Pressé par la FGTB et une partie de son électorat de mettre sur un pied un gouvernement progressiste en Wallonie, le PS tente le tout pour le tout depuis quelques jours pour agripper le PTB dans une majorité!

Après une première rencontre il y une dizaine de jours, Elio Di Rupo et Paul Magnette, le président du Parti socialiste et l’ancien ministre-président de la Région wallonne, revoyaient ce mardi à Namur les représentants du PTB. La rencontre, entrecoupée par la prestation de serment des députés wallons, aura finalement duré une heure en matinée pour reprendre sur le coup de 17h avec comme objectif d’aller jusqu’au bout des discussions avec le PTB. "Nous avons jusqu’à ce soir, et même toute la nuit pour discuter", disait-on du côté socialiste.

"J’espère vraiment que nous pourrons trouver des convergences avec le PTB et que nous pourrons les convaincre qu’il y a moyen d’agir en Wallonie, avec les moyens wallons."
Paul Magnette

À la manœuvre en Wallonie, le Parti socialiste estime qu’il est temps de voir clair dans les projets du PTB. Entendez par là savoir si le parti communiste, représenté par Raoul Hedebouw, Peter Mertens et Germain Mugemangango, entend véritablement rentrer en négociation en vue de former un gouvernement. "Notre priorité est de faire la coalition la plus progressiste possible. Il y a des convergences avec le PTB comme sur le logement ou le transport en commun. J’espère vraiment que nous pourrons trouver des convergences avec le PTB et que nous pourrons les convaincre qu’il y a moyen d’agir en Wallonie, avec les moyens wallons, car ce qui compte, c’est ce qu’on fait pour les gens", a expliqué Paul Magnette à son arrivée au Parlement wallon.

Les communistes en appoint depuis le Parlement

Pris en tenaille entre son aile gauche qui pousse le PS à mouiller les communistes dans un gouvernement et une partie de son électorat qui verrait comme une trahison une coalition avec les libéraux en vue de former un gouvernement en Wallonie, les socialistes jouent une partie compliquée. Depuis l’exit du cdH, les options en vue de former un gouvernement ne sont plus tellement nombreuses. Outre une coalition avec le MR, et éventuellement l’appoint d’Ecolo, l’autre scénario est la tripartite PS-Ecolo-PTB.

Une troisième voie circule cependant depuis ce week-end. Il s’agit de mettre en place un gouvernement minoritaire PS-Ecolo avec l’appoint du PTB depuis les bancs du Parlement. L’idée que défend le PS serait de compter sur le vote des 10 députés communistes au moment de l’investiture du gouvernement. Pour la suite, moyennant un accord préalable sur les grandes orientations politiques et budgétaires, les députés PTB s’abstiendraient au moment du vote sur les décrets.

"On a un programme à défendre. Si le but (du PS, NDLR) est de faire du fake pour avaler la couleuvre, on n’est pas là pour cela."
Raoul Hedebouw

Ce scénario est évidemment un pari risqué car rien ne dit que les députés du PTB ne retourneront pas leur veste après un mois. L’exemple de la perte de majorité du gouvernement sortant MR-cdH a d’ailleurs montré les limites d’un exécutif minoritaire au moment de faire voter certains décrets.

Paul Magnette ne semblait pourtant pas écarter cette piste mardi. "On pourrait proposer d’avoir un gouvernement minoritaire PS-Ecolo soutenu par le PTB au parlement. C’est une piste sérieuse. Cette formule existe dans 9 pays sur 28 au sein de l’Union européenne. C’est une piste tout à fait sérieuse qui donne plus de droits au Parlement." Elio Di Rupo parle, lui, d’une démarche "réelle et sincère". Le président du PS estime que "le PTB doit arrêter de chercher des prétextes".

Reste à savoir si la parade amoureuse du Parti socialiste suffira pour amadouer un PTB sur ses gardes depuis les négociations qui ont suivi les élections communales. Les déclarations de Raoul Hedebouw quelques minutes avant d’entamer la réunion ne laissaient guère de place à l’optimisme. "On a un programme à défendre. Si le but (du PS, NDLR) est de faire du fake pour avaler la couleuvre, on n’est pas là pour cela. C’est clair qu’il y a un jeu de dupe. La première option du PS était d’aller avec le cdH. On n’est pas là pour boucher les trous mais pour mener une politique de gauche."

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Quelques heures plus tard, sur le coup de 19h30, tout était pratiquement dit. Tout en dénonçant "le round de communication" mené par le PS, Raoul Hedebouw semblait enterrer toute idée d’alliance avec le PS. "Nous voulons une rupture franche avec le passé. C’est mal parti. La discussion a tourné sur des thèmes très généraux, sans réelle remise en cause de la part du PS. Nous allons discuter en interne mais je crois qu’il ne faudra pas trop compter sur le PTB pour faire l’appoint".

Malgré une dernière tentative de déminage prévue lors d’une nouvelle rencontre entre les deux partis jeudi, la messe semble dite. "Ce mardi, nous avons tenté de parler d’avenir alors que le PTB revient sans cesse sur le passé. Nous avons discuté et nous avons des points de rupture mais nous sommes là pour trouver des solutions", à condition que "le PTB soit prêt à assumer ses responsabilités", a conclu Elio Di Rupo.

Mais n’est-ce pas finalement ce que voulait tout simplement prouver le PS?

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