Le SPF Intérieur lance une enquête sur les "couacs" du vote électronique

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De 17 à 19h30 dimanche, les 30% de bureaux de vote qui n’avaient pas encore rentré leurs résultats, surtout en Wallonie, ont essuyé une congestion de taille. À qui la faute? La question est à l’étude.

Après les ratés informatiques de 2014 et, dans une moindre mesure, de 2018, le vote électronique version révisée était attendu au tournant lors des élections de dimanche. Pourtant, cela n’a pas empêché d’importants couacs en Wallonie et à Bruxelles, survenus entre 17h et 19h30.

En cause? Un problème de transmission des résultats, intervenu entre les bureaux principaux de canton, qui agrègent les votes récoltés par les bureaux de vote locaux, et le SPF Intérieur, qui centralise toute l’information avant communication. À compter du moment où 70% de ces fameux bureaux principaux se sont connectés au système pour remonter les résultats, une congestion de taille s’est fait sentir, empêchant par effet domino toute liaison avec le système central. Résultat, un retard important a été pris dans le comptage des voix et la diffusion des résultats.

De par une Wallonie plus touchée que Bruxelles, quand la Flandre a, elle, été épargnée, certains voient déjà dans ce couac une nouvelle polémique communautaire En réalité, il n’en est rien. Cette disparité tient au simple fait que la Flandre vote à 50% électroniquement, ce qui a accéléré la connexion des bureaux au système central, là où, en Wallonie, il aura d’abord fallu passer par un dépouillement manuel, débouchant sur une surreprésentativité des cantons du sud du pays parmi les plus touchés.

Proximus en faute?

Voilà pour le constat. L’heure est donc désormais à l’introspection.  Concrètement, qui est en faute parmi les acteurs impliqués? Les versions divergent pour l’heure.

"En 2014, ça a été 1.000 fois pire. Ici, on peut déjà dire globalement que tout s’est bien passé."

Chez Proximus, chargé de l’aspect connectivité pour le compte de Civadis, "nous n’avons pas rencontré de problème du côté de notre réseau", nous indiquait-on déjà dimanche. Depuis, les ingénieurs de l’opérateur télécoms confirment, même s’il est "compliqué de savoir où le problème se situe sans une vue d’ensemble de la chaîne". Et pour cause, "quand on parle de problème de transmission de données, comme dans le cas qui nous occupe ici, cela concerne aussi bien l’envoi et le transport que la réception des votes", souligne Haroun Fenaux, porte-parole.  Proximus n’a de vue que sur l’aspect transport pour lequel il a été contracté.

À un échelon supérieur dans la chaîne, NRB, prestataire de services IT liégeois et maison-mère de Civadis qui gère le système de vote électronique, on indique ne toujours pas être certain de ce qui a coincé dimanche Les premiers éléments relevés par les équipes semblent indiquer que "la faute ne se trouverait pas de notre côté".

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Face à ces positions, le SPF Intérieur a décidé de lancer une enquête. Objectif? Déterminer où les problèmes sont réellement survenus. Avec sanction à la clé? Peu probable car "tous les résultats sont finalement arrivés" grâce à 700 interventions techniques, dont la moitié a été résolue par téléphone, souligne Peter Grouwels, porte-parole du SPF Intérieur. D’ailleurs, vers 21h, le taux de dépouillement des cantons des élections de 2014 a même été… rattrapé, débouchant sur un petit pied-de-nez. "En fait, malgré la congestion rencontrée, on a au final terminé le dépouillement plus tôt qu’en 2014", nous apprend Peter Grouwels.

"Fiablité prime sur rapidité"

Ce qui amène le SPF a résumer: "S’il ne faut pas minimiser ce qui s’est passé dimanche, globalement, on peut dire que les élections se sont bien passées." Et pour cause, le couac informatique constaté "n’a rien à voir avec 2014 où des votes (au nombre de 2.000, NDLR)ont été perdus. C’était 1.000 fois plus grave", martèle Peter Grouwels.

Surtout qu’"il faut bien comprendre que de plus en plus de données nous sont transmises. Ca nous met face à un certain challenge. On parle tout de même de 8 millions de votes. Alors, chaque année, on essaie de faire plus vite et mieux. Mais obtenir des résultats fiables prime tout de même sur le fait d’obtenir des résultats rapides. En principe, il faudrait les deux, mais en cas de couac, le choix est vite fait. Et foert la vitesse."

"Les prochaines élections ne sont pas attendues pour demain. Nous aurons donc le temps d’évaluer les procédures dans la semaine qui vient."

Peut-on pointer du doigt une erreur de jeunesse de "Martine", le nouveau système central chargé de recevoir les fichiers de bureaux principaux, puis du calcul et de l’attribution des sièges, des votes par parti et par candidat, et ce, au niveau régional, fédéral et européen? "Martine avait déjà été utilisé lors des élections communales d’octobre dernier où nous n’avions connu aucun problème de calcul", tient-on à rappeler au SPF Intérieur. Et de repointer la pierre d’achoppement: la transmission des données. "C’est vraiment là qu’il y a eu un problème."

Quid de la suite? "Les prochaines élections ne sont pas attendues pour demain. Nous aurons donc le temps d’évaluer les procédures dans la semaine qui vient - c’est le temps que cela devrait prendre. Ce lundi, nos gens sont partis à midi du bureau, vu l’heure à laquelle ils ont fini de travailler dimanche."


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