Les 28 se quittent en désaccord sur les postes clés de l'UE

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron lors du sommet des 20 et 21 juin ©AFP

Les dirigeants européens se sont quittés vendredi peu après minuit en désaccord sur les nominations aux postes clés de l'Union européenne. Un nouveau sommet aura lieu le 30 juin prochain, à la veille de la première session du Parlement européen. Si l'impasse persiste au-delà des vacances, l'Europe risque une crise institutionnelle.

Les vingt-huit dirigeants européens, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, n'ont pu se mettre d'accord sur les nominations aux postes clé de l'Union européenne. Qui présidera la Commission, le Conseil, le Parlement, la BCE? Qui sera le Haut représentant aux Affaires étrangères? Un accord n'a pu être trouvé, l'Allemagne ne digérant pas l'éviction de son candidat Manfred Weber.

"Renew Europe et les socialistes n'ont pas soutenu Manfred Weber, contrairement au PPE", a déploré la chancelière allemande Angela Merkel à la fin du sommet, "il ne suffit plus que deux familles politiques soient d'accord, désormais, il faut l'avis trois. Et nous ne souhaitons pas de crise avec le Parlement européen", a-t-elle ajouté. 

La question devra être tranchée lors d'un prochain sommet, prévu le 30 juin, à la veille de la première session du Parlement européen.

Le grand mercato a débuté jeudi soir, lors d'un dîner ultra-secret, les téléphones étant brouillés et les conseillers priés de quitter la salle. "Les dirigeants ne veulent pas la moindre fuite afin qu'aucun candidat cité ne soit compromis" a expliqué un diplomate.

Aux heures historiques de l'Europe, les réunions importantes sont souvent marquées par un coup de théâtre, voire un sacrifice. Guy Verhofstadt, en 2004, l'apprit à ses dépens, lui qui devait présider la Commission par la volonté de la France et l'Allemagne. Le Britannique Tony Blair mit son veto, ne pardonnant pas au "grand bleu" de s'être opposé à la guerre en Irak.

Manfred Weber "sacrifié"

Manfred Weber, le candidat démocrate chrétien (PPE) à la présidence de la Commission ©EPA

Cette fois, il semble que "l'agneau sacrificiel" soit le Bavarois Manfred Weber (CSU), le candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne. Après avoir sillonné l'Europe durant plusieurs mois pour défendre sa candidature, le dauphin d'Angela Merkel a été désavoué d'entrée de jeu, jeudi après-midi, par les socialistes et les libéraux. Sans l'appui de ces deux grands partis, il n'a pratiquement aucune chance de diriger l'exécutif européen. 

La désignation du président de la Commission européenne, le poste le plus puissant d'Europe, peut tourner à une lutte impitoyable. Le jeu est d'autant plus serré que, pour la première fois, le résultat des élections européennes est tel que chacun des trois plus importants groupes politiques, démocrates-chrétiens, socialistes et libéraux, peut bloquer toute décision

"Les Allemands bloquent tout", dit une source européenne. Le recul important du PPE aux élections ne lui offre plus le confort de dicter sa loi aux autres partis, comme ce fut le cas lors des dernières législatures. Manfred Weber, le "spitzenkandidat" du PPE, était le candidat trop cité, trop évident et, pour de nombreux observateurs, trop peu expérimenté pour décrocher un poste qui revient, depuis plus de vingt ans, à un ancien Premier ministre.

Angela Merkel n'a pas apprécié le désaveu. L'Allemagne, sans qui rien ne se décidera, a décidé de tout bloquer pour marquer le coup, ce qui risque de conduire ce sommet à une impasse.  "Il se pourrait qu'on ne trouve pas de solution ce soir" a-t-elle dit à son arrivée.

Pour rappel, le Conseil européen propose au Parlement un candidat à la présidence de la Commission en décidant à la majorité qualifiée, ce qui implique l'accord de 21 Etats et 65% de la population européenne. L'Allemagne, l'Etat le plus peuplé d'Europe, a le dernier mot. Le Parlement doit ensuite voter en faveur de ce candidat à la majorité absolue de ses 751 membres. s

De son côté, le président du Parlement Antonio Tajani (PPE) veut encore croire à la candidature de Manfred Weber. "Manfred Weber nest pas mort, j'ai déjeuné avec lui", a-t-il dit à un confrère de l'AFP.

Michel Barnier favori

©REUTERS

Le scénario le plus citépostule que la Commission serait présidée par un PPE, le Conseil européen par un libéral, le Parlement par un Vert qui alternerait après deux ans et demi avec un socialiste. Le poste de chef de la diplomatie reviendrait à un socialiste.

Le Président français Emmanuel Macron insiste pour que la présidence de la Commission revienne à un Français. Michel Barnier (PPE) brillant négociateur du Brexit, apparaît comme le candidat idéal. Mais Angela Merkel ne serait pas encore prête à accepter la désignation d'un Français pour le poste. Du côté de l'Élysée, on affirme que "le président français a au moins une dizaine de candidats en vue pour la présidence de la Commission".

D'autres noms reviennent, comme celui de Kristalina Gueorguieva, la directrice générale de la Banque mondiale, ancienne commissaire au Budget. La Danoise Margrethe Vestager, candidate des libéraux ("Renew Europe"), conserve toutes ses chances. "La Belgique soutiendra Margrethe Vestager", dit une source. 

Charles Michel cité à la présidence du Conseil

©REUTERS

Le Premier ministre belge Charles Michel est fréquemment cité à la présidence du Conseil européen. "Charles Michel n'est candidat à aucun poste européen", dit un membre de son cabinet."Dans un tel climat, s'il était candidat, ce serait le meilleur moyen de s'exposer", résume un diplomate européen. Charles Michel a surtout retenu la leçon de l'éjection de Guy Verhofstadt en 2004. 

"La porte n'est pas fermée", nous avait indiqué un proche du Premier ministre. D'après le média en ligne Politico, le président du Conseil européen Donald Tusk aurait rencontré Charles Michel pour évoquer cette question. 

L'horloge tourne

Les vingt-huit se retrouveront le 30 juin afin de pourvoir à la désignation des postes clés lors d'un sommet extraordinaire. Le temps presse. Le Parlement européen tient sa première session le 2 juillet à Strasbourg, et il a besoin d'un président. 

Par ailleurs, l'Europe a besoin de ses dirigeants, fût-ce pour traiter avec le futur Premier ministre britannique, qui pourraient être le très turbulent et europhobe Boris Johnson.

Si l'impasse perdurait au-delà des vacances d'été, elle tournerait en crise institutionnelle majeure. "Il n'y a pas encore de crise, du moins tant que cette situation ne dure pas trois mois", dit un diplomate français. 

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