Les clefs du succès pour un arc-en-ciel wallon

"Si le MR garde l'optique, impulsée sous Charles Michel, d'un libéralisme social, ce sera moins difficile de trouver un compromis qu'en affichant un libéralisme plus affirmé tel que le prônait le parti au temps de Reynders président", analyse le politologue Pierre Vercauteren. ©REUTERS

Quels sont les ingrédients pour que PS, MR et Ecolo sortent de leurs "rencontres exploratoires" avec succès? Selon le politologue Pierre Vercauteren, les blocages ne viendront pas des gros dossiers.

Le PS n'y coupera pas, il va donc devoir s'acoquiner avec le MR. Personne (sauf DéFi à la Fédération Wallonie-Bruxelles) n'a voulu arroser le coquelicot de l'extérieur. La Wallonie semble donc bien partie pour une coalition soit arc-en-ciel, soit violette.

Tous les yeux se tournent désormais vers les bleus, qui ont la carte de la négociation en main. En effet, appelés pour discuter d'une note, ils risquent d'en discuter avec virulence chaque point, histoire de rappeler qu'être indispensables numériquement parlant, c'est aussi être incontournables philosophiquement parlant. Ces rencontres "exploratoires" ne vont pas être faciles. Les dossiers qui fâchent sont nombreux entre PS, Ecolo et MR .

"On ne peut pas demander à la troisième formation politique (le MR, Ndlr): voilà, il ne reste plus qu'à signer."
Elio Di Rupo

Le formateur Elio Di Rupo a d'ailleurs indiqué à l'issue d'une première réunion exploratoire qu'il allait tenter d'agencer la note Coquelicot, rédigée par le PS et Ecolo, avec les contributions MR. "Nous travaillerons en fonction des textes. Il y a le Coquelicot. Mais on ne peut pas demander à la troisième formation politique (le MR, Ndlr): voilà, il ne reste plus qu'à signer. Il y a des contributions additionnelles. Je vais tenter d'agencer les différents aspects", a indiqué Di Rupo en quittant le siège du gouvernement de la Communauté française où se déroulait la réunion du jour.

"Mais, regarder les dossiers qui divisent, ce n'est pas prendre la situation par le bon bout", recadre Pierre Vercauteren, politologue à l'UCLouvain FUCaM Mons. "Ils sont condamnés à s'entendre d'une façon ou d'une autre, l'arithmétique impose sa loi."

Grande purge?

Acculés, Ecolo et le PS risquent bien sûr d'avoir mal au ventre. Que restera-t-il de leurs idées censées édifier une coalition hyper progressiste après le balayage des bleus?

Sur les grands principes, il y a des consensus.
Pierre Vercauteren
Politologue à l'UCLouvain Fucam Mons


"Si le MR garde l'optique, impulsée sous Charles Michel, d'un libéralisme social, ce sera moins difficile de trouver un compromis qu'en affichant un libéralisme plus affirmé tel que le prônait le parti au temps de Reynders président", analyse Pierre Vercauteren.

La couleur du libéralisme défendu par les bleus pèsera aussi sur l'avenir d'Ecolo dans ce futur (éventuel) gouvernement. "L'arithmétique impose qu'il faille trouver une solution et ce sera l'habileté des négociateurs d'Ecolo qui fera qu'ils resteront dans la barque ou pas", poursuit le politologue de l'UCLouvain.

Climat, gouvernance et budget

Bien sûr, Ecolo sera au taquet pour que l'urgence climatique imprègne au maximum les lignes qui se dégageront. Selon le politologue, "les trois partis sont conscients du problème climatique, mais il faudra voir quelles sont les implications budgétaires et jusqu'où vont les choix prêts à être posés".

Frictions à craindre aussi sur la gouvernance... Et sur l'enseignement à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour Ecolo, le décumul intégral serait incontournable. Pas du tout pour le MR...

L'arithmétique impose qu'il faille trouver une solution et ce sera l'habileté des négociateurs d'Ecolo qui fera qu'ils resteront dans la barque ou pas.

"Mais sur les grands principes, il y a des consensus", assure Pierre Vercauteren. Cela risque cependant de coincer lors de la finalisation. Entre les libéraux qui prônent l'assainissement budgétaire d'un côté et, de l'autre, socialistes et écologistes qui misent sur une politique d'investissement pour relancer la Wallonie, l'écart est grand.

Jusqu'où le PS et Ecolo seront-ils prêts à aller pour aboutir à un accord, c'est donc la vraie question. "Ils vont devoir remettre en question certains éléments de leur note. Si le MR a l'impression que tout est cadenassé, on arrivera vite au clash", conclut Pierre Vercauteren. 

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