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Les deux éléments décisifs de cette fin de campagne électorale

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Les électeurs ont été bombardés de news à sensation ces derniers jours. Y seront-ils sensibles dimanche? En tout cas, deux éléments décisifs sont apparus en cette fin de campagne électorale.

Cette fin de campagne a été chahutée avec la médiatisation de pas mal d'affaires: l'#Ecologate, "Air Francken", le tract d'Emir Kir, etc. Mais est-ce que tout cela travaille l'électeur? La plupart des partis ont, en outre, modifié en dernière minute leur stratégie. Cela va-t-il changer les résultats des scrutins de ce dimanche? 

Jean-Benoît Pilet, professeur de sciences politiques à l'ULB, nous éclaire: "Ce n'est pas sur les 'affaires' que cette fin de campagne est décisive", assure-t-il. Par contre, il pointe deux éléments décisifs de ce dernier round:

  • l'émergence de certains partis, peu présents jusque là;
  • une certaine clarification de la situation concernant les futures coalitions.

"Il risque d'y avoir des grandes difficultés à former une coalition au niveau fédéral. Mais dans l'espace francophone, la conflictualité Ecolo/MR s'est étendue à une polarisation gauche/droite plus large, ce qui pourrait rendre le jeu assez rapide après les élections", note Jean-Benoît Pilet.

A-t-on changé de disque?

Le climat, qui était le grand thème de la campagne, n'a plus semblé être l'enjeu principal ces derniers jours. Jean-Benoît Pilet tempère néanmoins: "L'enjeu climatique reste, mais la question n'est plus "comment va-t-on concrètement atteindre les objectifs climatiques?" mais "comment paie-t-on tout cela, quid de la fiscalité?". On est revenu à des enjeux socio-économiques plus classiques." Ce recentrage a été implémenté principalement par le MR et la N-VA.

Le débat englobe donc désormais davantage la fiscalité et la mobilité. L'électeur y sera-t-il sensible? "On verra si l'électeur estime que c'est bien le moment de parler d'un cadeau de 1.000 euros dans le contexte actuel", glisse Jean-Benoît Pilet, en référence à la promesse du MR de rendre au minimum 1.000 euros par an de salaire net supplémentaire.

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Le thème de la migration a aussi été touché, en cours de route, par une réorientation. "De la problématique 'faut-il accepter de nombreux migrants', on est passé à la question de la gestion des populations musulmanes, à la capacité à les intégrer." Un changement décisif? Sans doute pas en Wallonie, mais davantage au nord du pays. Et cet enjeu-là touche aussi particulièrement l'électorat musulman de Bruxelles, ce qui pourrait peser.

Le PS retrouve la scène

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Il y a un parti qu'on a peu vu durant la majorité de la campagne: le PS, qui s'est attaché à un travail de terrain plutôt qu'à une forte présence médiatique, "surtout que les thèmes mis en exergue n'étaient pas ceux qu'il privilégie: le climat, là où le PS a du mal à convaincre, ou la fiscalité, alors que le Bureau du Plan n'a pas pu chiffrer son programme. En outre, les socialistes se sont dit qu'ils n'avaient pas intérêt à entrer dans l'affrontement MR/Ecolo", commente Jean-Benoît Pilet. Mais ça a changé. Ces derniers jours, Elio Di Rupo était partout, sur tous les plateaux, derrière tous les micros, dans tous les journaux.

"A un moment, le PS doit pouvoir se positionner s'il veut rester le premier parti et avoir la main dans l'après-élections."  Et face à l'attitude assez agressive du MR, le PS en a profité pour prendre la tangente, d'autant qu'Ecolo et le cdH avaient embrayé eux aussi en mode "attaque". "Le PS veut apparaître comme le parti de la sérénité, du sérieux. Cela peut plaire à un électorat qui en a marre du grand jeu théâtral..."

Le cdH a dû clarifier

Dans l'espace francophone, la conflictualité Ecolo/MR s'est étendue à une polarisation gauche/droite plus large, ce qui pourrait rendre le jeu assez rapide après les élections.
Jean-Benoît Pilet
Professeur de sciences politiques à l'ULB

Autre parti à avoir subitement multiplié ses sorties ces derniers jours, le cdH, qui a fait largement entendre ses exigences en termes de coalitions éventuelles. Si on savait que les humanistes éprouvaient des difficultés face au programme des nationalistes flamands, le président Maxime Prévot a bien remis les choses au clair: le cdH ne soutiendra pas une suédoise bis. "Pour des raisons de conviction profonde, analyse le politologue de l'ULB, d'autant que la N-VA a mené une campagne plus à droite que ce que l'on attendait."

Le MR, rattrapé par la concurrence

Mais si deux partis ont sorti grand leurs voiles en fin de campagne, d'autres ont, tout à coup, semblé plus absents. Surtout le MR, qu'on avait jusque là vu bien en verve face aux verts. Mais ce retrait n'est eut-être pas une volonté des libéraux, soupçonne Jean-Benoît Pilet. "C'est peut-être une stratégie des médias? Mais il est de toute façon logique que cette campagne ne se résume pas au final à un duel!"

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La N-VA et le grand écart

"Si la N-VA peut faire au moins 30%, elle doit faire le grand écart entre des électeurs de centre-droit intéressés par des enjeux socio-économiques et des personnes aux intérêts plus identitaires qui hésitent encore avec le Vlaams Belang", rappelle le politologue de l'ULB. Si au début, la N-VA a davantage été chasser sur les terres du CD&V et de l'Open Vld, on l'a sentie beaucoup plus présente sur le terrain de la migration par la suite, même si l'impulsion n'était pas toujours venue d'elle.... "Voyant le risque de perdre son électorat plus à droite, le parti a durci sa campagne." Et l'affaire des "razzias" de migrants et des avions de "Air Francken" ne risque-t-elle pas de chambouler la donne? Ce n'est pas forcément mauvais, juge le politologue, parce que ce que le parti peut perdre du côté des électeurs choqués, il peut le regagner plus à droite.

L'élément interpellant: le PTB

Le PTB s'est fait discret tout au long du jeu, préférant cibler les populations déjà proches de son programme, comme les milieux paupérisés, les sympathisants syndicaux, les déçus du PS..."C'est la même méthode que lors des communales... On pourrait donc être bien surpris du résultat. Ce parti applique une stratégie de croissance graduelle: il ne veut pas monter au gouvernement, il veut grandir pour se faire entendre, et passer au niveau supérieur en 2024." À suivre de très près, donc...

N.B. : Cet article a été rédigé avant la diffusion de cette vidéo qui tombe mal pour Didier Reynders.

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