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Les dossiers chauds des négociateurs bruxellois

©Photo News

Les négociations entre le PS, Ecolo et DéFI débuteront par une mise à plat budgétaire. Si la mobilité fera l’objet de vifs débats, le logement pourrait aussi faire ressortir des divergences entre les futurs partenaires.

Si rien n’est venu jusqu’ici contrarier les ambitions socialistes visant à constituer une coalition dite "progressiste" en Région bruxelloise, les négociations avec Ecolo et DéFI ne seront pas pour autant un long fleuve tranquille. En tant que nouvelle composante de la majorité, les verts voudront très logiquement marquer leur empreinte. Or, les marges budgétaires s’annoncent très faibles, selon les projections du Cerpe (Centre de recherches en économie régionale et politique économique) de l’Université de Namur.

Que ce soit pour l’élaboration d’un vaste plan d’isolation des bâtiments ou le renforcement du réseau de transport public de surface, deux dossiers chers aux yeux des verts, le futur exécutif bruxellois devra commencer par se mettre d’accord sur la manière d’engranger de nouvelles recettes afin de maintenir ses capacités d’investissement. Les problèmes de gestion financière de Bruxelles-Propreté seront également débattus dans ce contexte.

Au sujet de la 5G, il sera difficile pour Ecolo de détricoter une norme environnementale alors même que le cdH s’était abstenu.

La mobilité, qui figure parmi les six axes prioritaires déterminés par les formateurs socialistes, sera forcément un point important des futures négociations. Sur la question du métro, Ecolo et DéFI affichent des différences programmatiques. Les verts sont farouchement opposés à son développement alors que les amarantes préconisent la création de quatre nouvelles lignes. Évoqué dans les rangs socialistes, le compromis suivant pourrait toutefois satisfaire toutes les parties: élaborer un "plan tram" plus étoffé que ce qui est prévu actuellement dans le programme pluriannuel d’investissement de la Stib en l’échange de l’extension du métro 3.

Comme le tronçon nord de la ligne n’est pas attendu avant 2030, le phasage du tronçon sud compris entre Albert et la gare du Nord pourrait même être revu de manière à avancer en priorité sur la construction de lignes en surface.

Au rayon mobilité, Ecolo et DéFI pourraient en revanche s’entendre sur la mise en place d’un péage urbain, permettant de décongestionner Bruxelles tout en dégageant de nouveaux moyens financiers. En l’absence d’un accord conclu entre Régions pour instaurer une taxation kilométrique intelligente, le péage urbain sera mis sur la table des négociations comme solution alternative.

Même si DéFI prône l’instauration d’un péage en cordon autour de Bruxelles alors qu’Ecolo souhaite se concentrer sur une zone élargie autour du Pentagone, ces deux partis pourront former un bloc, au détriment du PS qui rechignera vraisemblablement à porter cette mesure vis-à-vis de la frange wallonne du parti.

La répartition des sièges à Bruxelles. ©MDF

La question du logement pourrait faire ressortir des dissensions entre les partenaires potentiels. Les négociateurs socialistes ont fait comprendre lors de la conférence de presse de vendredi matin que la grille des loyers devrait devenir davantage qu’un simple outil de référence. Or, les amarantes s’étaient clairement opposés à une politique d’encadrement des loyers lors de la formation du gouvernement en 2014 et leur positionnement n’a pas évolué depuis lors.

Alors qu’environ 40.000 personnes sont en attente d’un logement social dans la capitale, les réponses apportées par les partis diffèrent. PS et Ecolo souhaitent notamment augmenter le rythme de production des logements tandis que DéFI penche davantage pour des solutions permettant d’aider les personnes précarisées à accéder au parc locatif normal, par exemple avec un élargissement de l’allocation-loyer.

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Autre potentielle pierre d’achoppement: la 5G. L’ordonnance permettant l’émergence de l’internet mobile ultra-rapide était prête, mais le gouvernement sortant l’a volontairement bloquée pour ne pas brusquer, à la veille des élections, la frange de citoyens sensibles aux questions de santé. On peut logiquement considérer qu’il sera très compliqué pour les écologistes de détricoter une norme environnementale alors même que le cdH s’est abstenu.

Les frontières communales sur la table

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Enfin, les trois partenaires se disent tous volontaristes en matière de gouvernance. PS, Ecolo et DéFI avaient en effet cosigné la proposition d’ordonnance visant à instaurer une incompatibilité entre la fonction de bourgmestre ou d’échevin et celle de membre d’une assemblée parlementaire. Ce vendredi, le ministre-président sortant Rudi Vervoort (PS) a évoqué l’étude du Cevipol commandée en 2018 qui traitait entre autres de la réforme du mandat local.

Selon le socialiste, la revalorisation du mandat d’échevin doit permettre de maintenir un personnel de qualité à la tête des communes. Mais l’étude du Cevipol faisait aussi état de certaines absurdités au niveau des frontières communales. Ecolo voudrait s’aventurer dans le domaine institutionnel, ce qui pourrait en hérisser plus d’un autour de la table des négociations.

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