Les enjeux dans 5 pays européens à la loupe

©AFP

Depuis jeudi, les Européens votent pour élire leur nouveau Parlement, une des plus grandes assemblées démocratiques au monde. Zoom sur les enjeux dans 5 grands pays de l'Union européenne.

1/ France

Emmanuel Macron ©AFP

Deux ans après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le scrutin européen de dimanche aura valeur de bilan de parcours. Pour le président comme pour son Premier ministre, tout l’enjeu est ne pas laisser le Rassemblement national (RN), devancer la liste présentée par la majorité présidentielle. L’objectif est loin d’être acquis. Semaine après semaine, les sondages ont davantage placé la liste Renaissance (celle de la République en marche) en deuxième position. Mais à un peu plus de 20%, quand bien même elle passerait en premier la ligne d’arrivée, elle relativiserait de beaucoup la popularité du chef de l’État. Quoiqu’il en soit du classement final, le résultat devrait officialiser la chute d’affection des Français, relevée depuis près d’un an par les sondeurs à l’égard de leur Président.

Cependant, si les instituts d’opinion ne se trompent pas, la probabilité reste néanmoins en faveur du RN. Dès lors, tout dépendra de la position du curseur. Si la liste présidentielle est trop en retrait par rapport au vainqueur, Emmanuel Macron serait contraint, selon les observateurs, à renverser la table via un remaniement important. En revanche avec un écart faible, il n’y aurait pas lieu de tout révolutionner mais au contraire de laisser le Premier ministre Edouard Philippe poursuivre le chantier des réformes comprenant les retraites, la révision constitutionnelle ou encore l’assurance-chômage.

Si la liste présidentielle est trop en retrait par rapport au vainqueur, Emmanuel Macron serait contraint, selon les observateurs, à renverser la table via un remaniement important.

Pour emporter une première place à portée de main, le chef de l’exécutif s’est personnellement impliqué ces derniers temps, multipliant les interventions, volant au secours d’une tête de liste (Nathalie Loiseau) dont le charisme n’est pas la référence cardinale. D’autant que cette ancienne ministre se trouve fortement concurrencée par d’autres partis (Républicains, socialistes, écologistes, France insoumise…) qui entendent bien profiter de l’occasion pour se refaire une santé politique. "Seule la victoire est jolie", avait théorisé en 1978, le navigateur Michel Malinovsky arrivé second de la Route du Rhum, à quelques secondes près. Les défaites quant à elles, se relativisent.

 2/ Espagne

Pedro Sanchez ©EPA

En Espagne, la question de l’Europe ne se pose pas. Avec 69% d’opinions favorables, selon le dernier Eurobaromètre, elle figure parmi les pays les plus pro-UE. Ici peu d’eurosceptiques. Même le programme de Vox, le parti d’extrême droite qui a fait une percée aux législatives fin avril, commence par "nous croyons en l’Europe car nous sommes l’Europe".

La campagne s’est donc tournée vers d’autres sujets, d’autant plus que ce dimanche se tiennent également des élections municipales et régionales. Dans les trois scrutins, les socialistes (PSOE) sont donnés gagnants. C’est dans cet espoir que le Premier ministre Pedro Sanchez a attendu de former son gouvernement, après son succès aux législatives du 28 avril. Sanchez espère que sa victoire dans des "régions autonomes" clés comme Madrid, aux mains des conservateurs du Parti Populaire, va lui permettre d’assoir son pouvoir. Les municipalités de Madrid et Barcelone vont cependant sûrement lui échapper.

Dans les trois scrutins, les socialistes (PSOE) sont donnés gagnants. C’est dans cet espoir que le Premier ministre Pedro Sanchez a attendu de former son gouvernement, après son succès aux législatives du 28 avril.

À Madrid, la maire actuelle, Manuela Carmena, à la tête d’une formation rivale du parti de la gauche radicale, Podemos, avec qui elle s’était alliée en 2015, devrait garder son poste. À Barcelone, Ada Colau est en moins bonne posture, fortement concurrencée, par les indépendantistes de la Gauche Républicaine (ERC). Quant à l’ancien Premier ministre français, Manuel Valls, qui brigue lui aussi la mairie catalane, il n’est qu’en quatrième position. Le Parti Populaire, qui a essuyé une défaite historique il y a un mois devrait également perdre, selon les deniers sondages, six eurodéputés (pour se retrouver avec dix élus). Quant au président catalan déchu, Carles Puigdemont, il devrait remporter le seul siège de sa formation, Libre pour l’Europe, qu’il ne pourra cependant pas occuper puisqu’il a fui la justice espagnole.

L’Espagne, qui envoie le cinquième contingent de députés européens, veut jouer un rôle plus important au sein de l’UE. Ainsi l’a fait savoir depuis plusieurs semaines le gouvernement de Pedro Sanchez. "L’Espagne pourrait remplir le vide que va laisser le Royaume Uni car nous sommes une société plus européiste", a déclaré le ministre des Affaires Étrangères et tête de liste du PSOE aux européennes, Josep Borrell.

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3/ Autriche

Sebastian Kurz ©EPA

Quel impact le scandale de collusion avec la Russie qui frappe l’extrême-droite autrichienne va-t-il avoir sur l’échiquier politique du pays? Après l’éclatement de la coalition formée entre les conservateurs de l’ÖVP et les nationalistes du FPÖ, le scrutin de dimanche dira dans quelle mesure ces derniers en payeront la note électorale  - et le cas échéant s’ils seront les seuls à boire la tasse. L’"Ibizagate" a sonné le glas d’un tandem satisfait, un an et demi après sa formation.

La presse allemande a diffusé le 17 mai une vidéo montrant le président du FPÖ et vice-chancelier Heinz-Christian Strache en pleine tentative de collusion avec l’oligarchie russe - expliquant être prêt à offrir des contrats publics en échange de financements occultes. Norbert Hofer, un partisan de la sortie de l’Union de l’Autriche, a été forcé de reprendre les rênes du FPÖ à quelques jours du scrutin européen, alors que l’ensemble des ministres envoyés au gouvernement par sa formation ont démissionné en bloc.

Les Autrichiens doivent envoyer 18 élus au Parlement européen, et il va sans dire que dans une telle situation, le scrutin de dimanche a toutes les chances de faire mentir les enquêtes d’opinion périmées. Au dernier sondage publié par le Parlement européen, mi-avril, la coalition entre droite conservatrice et extrême-droite était donnée gagnante, les deux partis obtenant chacun un siège de plus qu’aux dernières européennes - soit 6 pour l’ÖVP (Parti populaire européen) et 5 pour le FPÖ (Europe des nations et des libertés).

Après l’éclatement de la coalition formée entre les conservateurs de l’ÖVP et les nationalistes du FPÖ, le scrutin de dimanche dira dans quelle mesure ces derniers en payeront la note électorale.

La gauche se maintenait à 5 sièges pour le SPÖ (Parti socialiste européen), tout comme les libéraux de NEOS (Alliance des démocrates et libéraux européens). Le grand perdant annoncé était le parti du président du pays  - un certain Alexander Van der Bellen, qui avait de justesse battu Norbert Hofer: les écologistes étaient partis pour tomber de trois à un siège.

Le résultat de dimanche sera un signal qui pourrait influencer la manière dont se comportera le Parlement autrichien: lundi, le chancelier ÖVP Sebastian Kurz fait face à une motion de censure - le FPÖ et les socialistes n’ont pas exclu de voter contre le chancelier, qui espère être maintenu en place, alors que le président veut des élections anticipées en septembre.

 4/ Italie

Luigi Di Maio, à gauche, et Matteo Salvini ©REUTERS

Jamais des élections européennes n’auront revêtu une telle importance politique en Italie. Du résultat des urnes pourrait, en effet, dépendre l’avenir de l’hétérogène coalition gouvernementale qui, depuis un an, dirige la péninsule.

Ce rendez-vous représente pour les électeurs italiens une sorte de référendum sur l’Europe et une profession de foi réitérée (ou pas) pour l’idéal européen, mais aussi un test pour mesurer les rapports de force entre les deux âmes politiques qui cohabitent dans le pays: la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S). Ce scrutin représente aussi, par conséquent, un match entre les deux vice-présidents du Conseil: Matteo Salvini, l’impétueux "capitaine" de la Ligue, et Luigi Di Maio, le visage institutionnel d’un M5S qui ne cesse, depuis son accession au pouvoir, de se métamorphoser.

Or, après un fugace printemps politique, les discours des deux leaders ne convergent désormais en rien. Fièrement souverainiste et complice de la déflagration populiste dans l’Union, Salvini plaide pour une Europe forteresse, protégeant à tout prix ses racines chrétiennes, ses frontières et son identité. Après avoir abandonné la tentation d’une sortie de l’UE et de l’euro, il promet de subvertir l’Union de l’intérieur en accélérant le retour d’une Europe des nations.

Ce rendez-vous représente pour les électeurs italiens une sorte de référendum sur l’Europe et une profession de foi réitérée (ou pas) pour l’idéal européen.

Face à ce discours, le représentant anti-système du M5S, Di Maio, semble être devenu le partisan d’une certaine orthodoxie politique. Flirtant, pour des raisons idéologiques et électorales, avec les idéaux de la gauche, ce dernier s’est souvent présenté comme le défenseur d’une politique migratoire plus humaine et ouverte.

Le même antagonisme oppose les deux hommes en matière économique. Salvini se bat pour une politique anti-austérité souverainiste et conteste la limite du 3% pour le déficit. Une posture à laquelle Di Maio répond désormais avec prudence, en accusant son collègue d’"irresponsabilité".

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 5/ Allemagne

Angela Merkel ©AFP

La "retraite de base", projet cher au parti social démocrate, s’est invitée dans la campagne en vue des élections européennes. À quelques jours du scrutin, les ministres SPD du Travail, Hubertus Heil, et des Finances, Olaf Scholz, ont en effet proposé "un compromis" à leur partenaire de coalition, la CDU, en vue de financer ce coûteux projet (près de 4 milliards d’euros par an, à compter de 2021; 4,8 milliards d’euros à compter de 2025) qui doit permettre d’assurer une pension décente à des millions d’Allemands ayant travaillé toute leur vie pour un petit salaire.

Quelque 150.000 personnes pourraient être concernées, selon les calculs du ministère du Travail.

En faisant passer la CDU pour un parti froid, ami des patrons au détriment des petites gens, le SPD espère redorer son blason auprès d’un électorat en déconfiture.

En proposant aux conservateurs - qui ne pourront que refuser - de financer la retraite de base en mettant fin à l’avantage fiscal dont bénéficient les hôteliers (la "taxe Mövempick") et en instaurant une taxe sur les transactions financières, le SPD prend le risque d’un nouveau conflit ouvert au sein de la fragile coalition d’Angela Merkel. Le SPD joue là son va-tout. Le parti, qui n’est plus crédité que de 15% des intentions de vote, pourrait arriver dimanche en troisième position, derrière les Verts (crédités eux de 18%). En faisant passer la CDU pour un parti froid, ami des patrons au détriment des petites gens, le SPD espère redorer son blason auprès d’un électorat en déconfiture.

Angela Merkel, qui a renoncé à l’automne à la présidence de la CDU, s’est tenue à l’écart de la campagne, à l’exception d’un meeting contesté en Croatie et d’une réunion électorale ce soir à Munich aux côtés des principaux candidats du PPE. Son avenir politique pourrait pourtant dépendre du scrutin. La CDU risque en effet elle aussi de lourdes pertes par rapport à 2014. Les derniers sondages créditent les chrétiens démocrates de 29% des voix, soit une perte de 6,3 points en cinq ans. La presse allemande est convaincue, malgré les démentis répétés de l’intéressée, que la chancelière pourrait anticiper son départ en cas de résultat catastrophique de sa coalition dimanche, afin d’assurer une transition sans heurts à sa dauphine, Annegret Kramp-Karrenbauer.

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