interview

"Les jeunes veulent obtenir des réponses claires" (Julien Matagne, cdH)

©Dieter Telemans

En politique belge, il y a les "usual suspects", qui squattent les affiches électorales depuis des années. Et puis, il y a ces "petits jeunes" qui montent. A l’approche des élections, L’Echo est parti à la rencontre de quelques "étoiles montantes" des partis.

Série 2/5

À 34 ans, Julien Matagne est déjà dans la place. Arrivé en cours de mandature comme échevin en 2015, depuis quelques mois, ce jeune carolo vient de rempiler pour un second mandat comme échevin cdH dans la commune de Gerpinnes. Poussé aujourd’hui par son parti comme tête de liste sur l’arrondissement de Charleroi-Thuin pour les prochaines élections régionales, cet amoureux du folklore local des marches militaires de l’Entre-Sambre-et-Meuse pourrait fouler le parquet du Parlement wallon après le scrutin du 26 mai.

Mener la liste pour les régionales dans votre arrondissement, est-ce une surprise?

Je n’ai jamais eu la volonté ni l’ambition de faire autre chose que de m’investir dans ma commune. Mais mener une liste pour les élections régionales représente un défi intellectuel qui mérite d’être relevé. C’est une opportunité de sensibiliser les instances supérieures face aux défis des communes.

La fonction politique n’a jamais été autant critiquée. Cela vous fait-il peur?

La politique, c’est un engagement plus qu’un métier. Et c’est vrai que les hommes et femmes politiques sont très critiqués. Il suffit de voir toutes les personnes qui se sont servies plutôt que de servir. On peut comprendre les réactions des citoyens. Il faut réconcilier ces derniers avec le monde politique et cela passe, notamment, par une meilleure participation citoyenne. Cela doit nous permettre de confronter le citoyen face aux difficultés de la fonction politique. Ce job est passionnant mais aussi ingrat.

"Ce job est passionnant mais aussi ingrat."

Justement, que pensent vos proches de votre engagement en politique?

Ils sont fiers. Je suis issu d’une famille très modeste. À la maison, tout le monde a toujours travaillé. Nous n’avons pas peur de mettre la main à la pâte. On aime la récompense par rapport à l’effort. À l’aube de mon premier mandat en 2012, j’ai commencé par me former à la fonction publique, notamment en suivant des formations "finances" à l’École d’administration du Hainaut ainsi que celle de conseiller en mobilité. Ces formations m’ont aidé à gagner en performance.

Qu’est-ce qui manque dans la politique pour qu’elle soit plus moderne et intéressante aux yeux des jeunes?

De la réactivité. Les jeunes veulent que ça bouge sans plus attendre. Préférons les actes aux paroles. Aujourd’hui, les jeunes veulent obtenir des réponses claires et non pas se contenter de jeux politiques. Depuis le temps que l’on nous met en garde face au réchauffement climatique, il est plus que temps de prendre des mesures concrètes sans se tromper de cible. Il faut s’attaquer aux vrais pollueurs sans pour autant sanctionner le pouvoir d’achat des citoyens qui se lèvent tous les jours pour aller travailler.

"Depuis le temps que l’on nous met en garde face au réchauffement climatique, il est plus que temps de prendre des mesures concrètes."

Votre engagement est-il récent? Comment cela s’est-il fait?

Jamais un membre de ma famille n’a fait de politique. C’est un ancien bourgmestre socialiste qui m’a convaincu de mettre le pied à l’étrier en 2010. J’avais le profil disait-il: "Scoutisme, théâtre en wallon, musique, folklore, sports", j’ai toujours été très investi dans ma commune et c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec les humanistes gerpinnois, très présents sur le terrain. C’est davantage une question de sensibilité plutôt que d’opportunité qui a guidé mes choix.

Qu’est-ce que vous détestez en politique?

Les petits jeux d’opposition entre les partis sont fatigants et font perdre énormément de temps.

C’est pourtant le jeu démocratique…

Certainement, la démocratie doit rester le fondement de notre société. Mais il y a une manière de dire les choses. Inutile de hausser le ton pour exprimer ses propos. Le respect est fondamental pour assurer un dialogue cohérent et constructif. Les petites guéguerres entre partis n’apportent rien au débat.

"Les petits jeux d’opposition entre les partis sont fatigants et font perdre énormément de temps."

À Namur, n’avez-vous pas peur de voir votre action politique ralentie par la lourdeur du processus parlementaire?

C’est une opportunité de mieux saisir les mécanismes. Et pourquoi pas une opportunité de s’attaquer à réduire les lourdeurs administratives; on peut rêver!

En cas de victoire, quelles seront vos priorités au Parlement wallon?

Je suis logiquement sensibilisé par les différentes matières dont j’ai actuellement la responsabilité à la commune (finances et économies d’énergie, NDLR). Ayant étudié à Mons et travaillant à Bruxelles, j’ai beaucoup souffert de l’image négative qu’ont certaines personnes à propos de Charleroi et des Carolos. Certains nous considèrent "fainéants". Je me suis toujours battu contre cette image négative et erronée. C’est pourquoi j’estime qu’il est important de développer l’activité économique sur Charleroi et les environs. Il faut développer des projets et surtout donner des perspectives d’avenir aux jeunes. Il convient aussi de s’occuper du vieillissement de la population. Ce thème figure parmi les priorités de mon parti. Garantir le maintien à domicile est une nécessité. L’assurance autonomie est une première réponse à cette problématique.

La mobilité, c’est aussi mon cheval de bataille. Il existe un projet de liaison autoroutière au sud de Charleroi, la E420. Nous devons garantir à tous les citoyens des communes impactées par ce projet l’assurance que cet aménagement ne viendra pas nuire à leur qualité de vie.

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