Les patrons montent au front: "On voyait bien la colère venir en Flandre"

Duco Sickinghe, ex-CEO de Telenet et actuel patron de la société d'investissement Fortino. ©Dieter Telemans

Surprise ou plutôt refus d'accepter l'impensable quant à la percée du Vlaams Belang? La colère était palpable nous indiquent les patrons du nord du pays. Ce vote de contestation est un signal adressé aux partis traditionnels.

Si la percée significative du Vlaams Belang (VB) a pu en surprendre plus d’un au nord – pas par naïveté, mais plutôt par refus d’accepter l’impensable, serait-on tenté d’analyser –, "on voyait bien la colère venir en Flandre", commente Duco Sickinghe, depuis l’étranger, "même si je n’aurais pas pensé que cela se transcrirait en votes pour le VB".

Je n’aurais pas pensé que la colère en Flandre se transcrirait en votes pour le Vlaams Belang
Duco Sickinghe
CEO de Fortino

Patron de la société d’investissement Fortino, président du conseil d’administration de KPN et ex-homme fort de Telenet pendant une douzaine d’années, l’homme d’affaires pointe du doigt un "gouvernement trop court-termiste, un processus décisionnel lent, une transformation des services gouvernementaux qui traîne, un flou autour du climat, un besoin d’investissements, des tensions internationales,… Et surtout le fait que l’on perçoit que la politique n’y a pas réagi clairement".

"Défaut de fermeté" du gouvernement Michel

"La réaction à droite de la Flandre est surprenante car en contradiction complète avec les marches pour le climat auxquelles on a assisté", glisse pour sa part François Van Hoydocnk, CEO de Sipef. Mais, selon lui, "la colère tient principalement au manque de détermination du gouvernement précédent, au défaut de fermeté dans la prise en charge consistante des problèmes". Résultat, "cela a attiré les jeunes électeurs vers des partis sans compromis, que ce soit à gauche ou à droite de l’échiquier politique. Espérons que ce signal permettra aux partis établis de réfléchir à ce qui est attendu d’eux lors de la prochaine législature."

En fait, "les sondages ont tronqué la réalité", d’après Toon Vanparys. CEO de la scale-up flamande spécialisée dans l’internet des objets Sentiance, l’homme se dit "préoccupé". "Je trouve dommage que la coalition précédente n’ait pas saisi à deux mains l’opportunité incroyable qui lui a été offerte de faire rayonner économiquement le pays". D’ailleurs, " je crains qu’une seconde chance pareille ne se reproduira plus de sitôt. Tout cela pour cause de positionnement idéologique et de disputes intestines".

Bref, le terrain était donc grand ouvert pour une percée d’un parti extrémiste. Et quel parti. "Le Vlaams Belang s’est transformé pour combiner une logique doucement nationaliste à une logique presque sociale, fortement inspirée de l’extrême-gauche", analyse Benoît Mintiens, CEO de de la marque horlogère Ressence, basée en plein Meir à Anvers. "En fait, ils ont fait un copier-coller de ce qu’a fait Marine Le Pen en France ici en Flandre".

"Alternative punchy"

En alliant nationalisme et aspects sociaux, le Vlaams Belang a fait un copier-coller de ce qu’a fait Marine Le Pen en France ici en Flandre
Benoît Mintiens
CEO de Ressence

Puis, est venue la communication. "Les bases du VB ont été méga-polissées. Ils ont réussi à se montrer comme une alternative plus punchy par rapport aux autres acteurs de la vie politique". A coups de grands moyens. En effet, le parti "a mis le paquet sur les réseaux sociaux et investi aux alentours d’un demi-million sur Facebook. A côté de cela, les autres acteurs ont été ridicules.

Résultat, l’extrême droite a touché un public que les autres ne touchent pas". Ce qui est sans compter sur le fait que le parti a "développé un certain humour dans les médias traditionnels, parfois limite, mais qui semble montrer qu’ils ne se prennent pas au sérieux, les faisant de facto passer pour les sympathiques de service quand les autres n’osent surtout pas faire la mauvaise blague. Les gens se disent alors qu’ils sont un peu comme eux."



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